Éthiopie

En Éthiopie, MSF comble les graves lacunes dans les soins et luttes contre les épidémies, et porte secours aux déplacés internes et réfugiés.

Fin 2019, l'Éthiopie abritait 750 000 réfugiés venant pour la plupart d'États voisins, comme le Soudan du Sud, l'Érythrée et la Somalie. Deuxième pays le plus peuplé d'Afrique, l’Éthiopie a connu des épisodes de violences intercommunautaires qui ont causé des vagues de déplacements. Elle est aussi à l'origine de flux migratoires vers l'Arabie saoudite, principalement pour des motifs économiques.

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Des sages-femmes MSF à l'hôpital de Gambella, où MSF soutient les urgences, la salle d'opération, le service d'hospitalisation et la maternité.  © Susanne Doettling/MSF, octobre 2019.

MSF a poursuivi sa collaboration avec les autorités éthiopiennes pour faire face à des urgences, telles que des épidémies de choléra et de rougeole, pour soigner des communautés isolées, des réfugiés et des déplacés, et pour traiter des morsures de serpents, le kala-azar (leishmaniose viscérale) et d'autres maladies négligées.

Crise des déplacés

Au premier trimestre de l'année, des équipes assuraient encore des soins d'urgence et l'approvisionnement en eau et l'assainissement pour les populations déplacées par la violence dans certains woredas (entités administratives) de l'ouest du pays, à la frontière entre les régions de Benishangul-Gumuz et Oromia. Nous avons clos ces activités en avril.

Le même mois, nous avons lancé une nouvelle intervention d'urgence dans la zone Gedeo, au sud du pays, trois mois seulement après en avoir fermé une au même endroit. Il s'agissait cette fois de répondre à une forte dégradation de la situation humanitaire des populations déracinées et à des évaluations révélant des taux alarmants de malnutrition chez les enfants et les femmes allaitantes.

En cinq mois, des équipes de MSF ont soigné 5100 patients, dont 3820 enfants de moins de cinq ans atteints de malnutrition sévère, dans des programmes de nutrition thérapeutique en hospitalisation et en ambulatoire. En août, nous avons fermé ces activités, les admissions ayant nettement baissé après que le gouvernement a relocalisé la plupart des déplacés internes dans l'ouest de la zone Guji voisine.

Au plus fort de ces deux crises, les pires qu'ait connues l'Éthiopie en 2018 et 2019, les tensions et conflits ethniques qui en sont la cause avaient fait quelque 1,2 million de déplacés.

Après d’autres flambées de violence, les équipes de MSF ont mené des interventions plus courtes et plus circonscrites, notamment à Moyale, en région Somali, et à Gondar et Metekel, dans les régions Amhara et Benishangul-Gumuz.

Migrants expulsés

Des Éthiopiens quittent toujours les campagnes pour rejoindre l’Arabie saoudite et d'autres pays du Golfe, en quête d'emplois mieux rémunérés. Selon l'Organisation internationale pour les migrations, 138 000 migrants – principalement d’Éthiopie, mais aussi d'autres pays africains – ont traversé le Golfe d'Aden en direction du Yémen en 2019, soit plus que les flux migratoires en Méditerranée vers l'Europe. Parallèlement, les autorités saoudiennes ont expulsé en moyenne 10 000 Éthiopiens par mois de Jeddah vers Addis-Abeba, dans le cadre d'un programme lancé en 2017.

Nos équipes ont poursuivi un projet de dépistage médical à l'aéroport et apporté un soutien en santé mentale dans un centre de counselling en ville. Pendant leur périple très périlleux, la plupart des migrants voient ou subissent des incidents violents traumatisants commis par des passeurs ou durant la traversée du Yémen déchiré par la guerre, ou encore en détention dans des prisons saoudiennes.

Région Somali

Dans la zone Doolo, nous avons étendu nos activités aux communautés pastorales les plus vulnérables. En fin d'année, nos cliniques mobiles se déployaient sur 18 sites flexibles pour offrir des soins généraux complets, dont des services en santé maternelle. Nous avons aussi renforcé un système dynamique de surveillance sanitaire grâce à nos « équipes du thé » qui nouent le contact avec la communauté autour d'une tasse de thé, selon la tradition locale.

 En septembre, nous avons transféré aux autorités sanitaires locales nos dernières activités médicales à Dolo, dans la zone Liben, après une présence continue de près d'une décennie. Au cours de ces années, les indicateurs de santé s'étaient stabilisés et il n'y avait plus d'arrivées importantes de réfugiés de Somalie.

Région Gambela

Nous avons poursuivi notre soutien à l'hôpital de Gambela, la seule structure de la région à dispenser des soins médicaux spécialisés à quelque 800 000 personnes, dont la moitié sont des réfugiés du Soudan du Sud. Chaque mois, les équipes de MSF ont admis 60 à 70 nouveau-nés en soins intensifs et assisté environ 250 naissances. Nous avons aussi pratiqué de la chirurgie et traité des dizaines de patients par jour aux urgences, dont des blessés dans le conflit au Soudan du Sud et les violences intercommunautaires.

Le nombre de réfugiés sud-soudanais a baissé durant l'année. Mais, selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), ils étaient 309 000 dans la région de Gambela en décembre 2019. Nous avons poursuivi nos interventions dans les camps de réfugiés de Kule, Tierkidi et Nguenyyiel et au centre d'accueil de Pamdong. Nous avons mené quelque 264 000 consultations ambulatoires, assisté environ 2230 naissances et soigné 2950 patients admis au centre de santé.

En fin d'année, nous avons fermé nos activités au camp de Nguenyyiel et réduit nos opérations au camp de Tierkidi pour nous recentrer sur la fourniture de soins de qualité dans des zones où aucun autre prestataire de santé n'était présent.

Région du Tigré

Plus de 70 000 demandeurs d'asile érythréens se sont réfugiés en Éthiopie en 2019, ce qui a submergé les centres d'enregistrement et d'accueil et aggravé les conditions de vie déjà pénibles dans les camps. Dans celui de Hitsats, au Tigré, nos équipes ont mené plus de 3000 consultations psychiatriques en ambulatoire et 1160 consultations individuelles en santé mentale pour les réfugiés et membres de la communauté hôte.

Région Amhara

À Abdurafi et aux alentours, en région Amhara, nous avons continué de mettre l’accent sur la leishmaniose viscérale, aussi appelée Kala Azar, et sur la prise en charge des morsures de serpents. Ce sont surtout les saisonniers qui sont touchés par ces deux pathologies négligées car ils ne sont pas immunisés contre le Kala Azar, et leurs mauvaises conditions de vie et de travail dans les champs en font des cibles faciles pour les serpents.

Nous avons dépisté plus de 2100 patients suspectés de Kala Azar, et en avons traité 320. Nous avons aussi poursuivi nos recherches cliniques pour développer des traitements plus sûrs et améliorer les outils de diagnostic.

Nos équipes qui soignent les morsures de serpents ont noté une hausse exponentielle des cas, de 647 en 2018 à 1431 en 2019, ce qui illustre l’ampleur du problème et la nécessité d'investir plus dans la recherche de traitement des morsures de serpents.

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