Yémen

Depuis 2015, une guerre totale fait rage au Yémen. En 2017, des épidémies et l’intensification des combats ont aggravé une situation humanitaire déjà effroyable.

Une grande partie de l’infrastructure publique, dont des structures de santé, a été détruite par les belligérants. L’embargo sur certaines importations imposé en 2015 par la coalition dirigée par l’Arabie saoudite, couplé à une forte inflation, a entravé l’accès des Yéménites aux soins et autres services essentiels. De plus, nombre des 50 000 soignants que compte le pays n’ont plus été payés depuis août 2016 et ont donc quitté le système de santé public, à la recherche d’autres sources de revenus.

Het totaal verwoeste ziekenhuis in Hajjah. Bij een luchtaanval, onder Saoedische leiding, kwamen daarbij nog eens 19 mensen om het leven. © Rawan Shaif
Des hommes et des enfants se rassemblent autour des bâtiments détruits de l'hôpital d'Abs à Hajjah, au Yémen, soutenu par MSF.  Le 15 août 2016, l'hôpital a été bombardé par la coalition dirigée par l’Arabie saoudite. 19 personnes ont péri dans l'incident et 24 personnes ont été blessées. © Rawan Shaif, août 2016

Tous ces facteurs ont causé l’effondrement du système de santé et l’apparition d’épidémies, telles que le choléra et la diphtérie. Lorsque des structures médicales fonctionnent encore, la plupart des gens ne peuvent payer les frais de transport pour s’y rendre et ne peuvent donc être soignés à temps. Or, non traitées, certaines maladies facilement curables deviennent mortelles.

Intensification des activités

Pour répondre aux besoins humanitaires croissants, Médecins Sans Frontières (MSF) a intensifié ses activités au Yémen en 2017 et travaille dans 13 hôpitaux et centres de santé dans 12 gouvernorats et soutient 20 structures de santé publiques. Les équipes de MSF sont retournées dans les hôpitaux de Haydan et Abs, qui avaient été bombardés par la coalition, respectivement en octobre 2015 et août 2016. MSF emploie plus de 1790 collaborateurs nationaux et internationaux et soutient plus de 1000 salariés du ministère de la Santé, ce qui fait du Yémen une de ses missions les plus importantes en termes de ressources humaines.

En 2017, les équipes de MSF ont pratiqué 19 728 interventions chirurgicales dans le pays. Pendant l’année, le service de chirurgie d’urgence que MSF gère à Aden a enregistré une hausse des admissions de patients venant non seulement des lignes de front mais aussi de la ville, à cause de la flambée de violence.

Beaucoup de cas basiques ne peuvent être soignés, à cause du délai avant d’arriver dans les cliniques de MSF. Ainsi, un nombre croissant de femmes accouchent à domicile ou arrivent avec des complications. À Taizz, la deuxième ville du pays, théâtre de violents combats depuis plus de deux ans, MSF a assisté plus de 7900 accouchements en 2017 à l’hôpital mère-enfant d’Al-Houban. Des deux côtés de la ligne de front à Taizz, la violence aveugle menace chaque jour la vie des civils. MSF a aussi fourni du matériel médical, dont des kits de chirurgie et des médicaments, à plus de 20 hôpitaux et structures de santé du gouvernement à travers le pays.

Le choléra : une crise dans la crise

En 2017, MSF a admis 101 475 patients dans ses centres de traitement du choléra (CTC). L’épidémie illustre les conséquences du conflit pour les Yéménites. Sans la guerre, ils n’auraient pas été confrontés aux mêmes difficultés pour accéder à l’eau potable, éliminer les déchets et se faire soigner.

MSF a réagi dès le début de l’épidémie en avril, en ouvrant 37 CTC et points de réhydratation orale dans neuf des 22 gouvernorats du Yémen. Rapidement dépassée, l’unité de traitement de 15 lits installée à l’hôpital Khamir à Amran, a dû être remplacée par une unité de 100 lits. À Hajjah, l’un des gouvernorats les plus durement touchés, le CTC d’Abs a, à lui seul, admis 15 769 patients, soit près d’un sixième du nombre total de cas admis par MSF pendant l’épidémie. Dans le gouvernorat d’Ibb, MSF a ouvert des CTC et aussi formé du personnel hospitalier à l’identification et au traitement du choléra, et orienté les patients les plus vulnérables vers les centres de traitement. Les équipes des CTC ont formé aux bonnes pratiques de prévention et organisé des activités de terrain pour surveiller la qualité de l’eau, distribuer des kits de décontamination et sensibiliser les populations.

La troisième semaine de juin, au pic de l’épidémie, MSF a admis 11 139 patients. Puis, le nombre d’admissions a commencé à baisser pour tomber à quelques centaines en octobre.

La diphtérie : réémergence d’une maladie négligée et oubliée

Alors que l’épidémie de choléra s’essoufflait, les équipes ont commencé à voir les premiers cas de diphtérie. Près de 70% des cas suspects ont été identifiés à Ibb, les autres étant dispersés dans 15 autres gouvernorats. Cette maladie, qui peut être mortelle dans jusqu’à 40% des cas si elle n’est pas traitée, a été éliminée dans la plupart des pays après des campagnes systématiques de vaccination des enfants. Le Yémen avait enregistré son dernier cas en 1992 et connu sa dernière épidémie en 1982.

MSF a ouvert une unité de traitement de la diphtérie à l’hôpital Nasser d’Ibb et à l’hôpital Al Nasr à d’Ad-Dhale. L’équipe a aussi aidé les hôpitaux de Yarim et Jiblah, en fournissant une capacité en soins intensifs dans ce dernier, et mis sur pied un système de transfert des patients en ambulance. De plus, MSF soutient le transport d’échantillons vers un laboratoire et mène des activités de promotion de la santé dans les communautés. En 2017, MSF a soigné plus de 400 cas de diphtérie.

Een verpleegster van Artsen Zonder Grenzen tijdens een consultatie, aan de mobiele kliniek in het district van Abs. © Gonzalo Martinez, maart 2017
Une infirmière de MSF lors d'une consultation à la clinique mobile du district d'Abs. © Gonzalo Martinez, mars 2017

Traitement de l’insuffisance rénale

Depuis 2015, quatre des 32 centres de néphrologie du Yémen ont été forcés de fermer leurs portes. Les 28 centres restants manquent de matériel essentiel et doivent fréquemment interrompre les traitements.

Ces deux dernières années, MSF a importé plus de 800 tonnes de matériel de dialyse et assuré plus de 83 000 séances pour quelque 800 patients, tout en soutenant six centres de dialyse. Trois ont depuis été transférés à une autre organisation. Plus de 4400 insuffisants rénaux restent privés de soins urgents.

Défis pour les programmes de MSF au Yémen

Le respect des principes humanitaires et la sécurité des structures médicales et du personnel soignant restent des préoccupations majeures pour MSF, tout comme l’embargo sur certaines importations et ses effets sur le système de santé du Yémen.

Les autorités de Sanaa et d’Aden continuent d’imposer des exigences et des restrictions nouvelles et souvent arbitraires aux opérations humanitaires dans le pays. En novembre 2017, la coalition a imposé un embargo complet sur le personnel et le fret humanitaires aux ports et aéroports qu’elle contrôle, entravant ainsi la capacité de MSF à porter secours aux communautés vulnérables dans le besoin.

En 2017, MSF a acheminé 500 tonnes de matériel et produits médicaux et 1’200 membres du personnel au Yémen, via sa base logistique de Djibouti.