Afrique du Sud

En Afrique du Sud, Médecins Sans Frontières (MSF) élabore de nouvelles stratégies de dépis­tage et traitement du VIH et de la tuberculose (TB), prend en charge les victimes de violence sexuelle et plaide pour un meilleur accès aux médica­ments vitaux.

District de King Cetshwayo, KwaZulu-Natal

Le projet de MSF de lutte contre le VIH et la tuberculose dans le district de King Cetshwayo, au KwaZulu-Na­tal, fait appel à des stratégies com­munautaires novatrices pour réduire l’incidence, la morbidité et la morta­lité de ces maladies.

Depuis 2012, dans le cadre de ses services de terrain, MSF réalise en moyenne 4500 dépistages du VIH par an dans plus de 30 écoles secon­daires. Cette activité améliore non seulement la couverture des dépis­tages du VIH dans le district mais elle prouve aussi qu’il est possible de pro­poser des services en santé sexuelle et génésique dans les écoles.

La décentralisation de la prise en charge de la TB résistante (TB-R) est en cours dans le district, afin que les patients puissent être soignés plus près de leur domicile. Dans un hôpi­tal du district, MSF a mis 135 patients atteints de TB-R sous un traitement à base de bédaquiline, un nouvel antituberculeux.

Khayelitsha, Cap-occidental

Le projet de Khayelitsha près du Cap continue d’innover dans la prise en charge du VIH et de la TB-R, afin d’in­fluencer les politiques locales, natio­nales, régionales et internationales de traitement de ces maladies.

Un médecin ausculte une patiente dans l’unité VIH/tuberculose du Centre de santé communautaire Michael Mapongwane de Khayelitsha, Cap-Occidental, où MSF collabore avec le ministère de la Santé pour fournir une gamme de services intégrés de lutte contre la tuberculose. © Oliver Petrie, juillet 2018
Un médecin ausculte une patiente dans l’unité VIH/tuberculose du Centre de santé communautaire Michael Mapongwane de Khayelitsha, Cap-Occidental, où MSF collabore avec le ministère de la Santé pour fournir une gamme de services intégrés de lutte contre la tuberculose. © Oliver Petrie, juillet 2018

Ce projet a réussi à améliorer l’ac­cès des patients atteints de TB-R à de nouveaux antituberculeux, utili­sés seuls ou en combinaison, et figure parmi ceux qui traitent le plus grand nombre de patients. Il a dès lors été choisi pour intégrer un essai multi­centrique, qui tente de révolution­ner la prise en charge des formes les plus résistantes de la TB. En 2017, l’une des principales interventions du projet en soutien aux patients a ciblé l’abus d’alcool qui est le motif le plus fréquent d’interruption du trai­tement. L’efficacité du dépistage oral comme outil permettant d’augmenter le nombre de personnes conscientes de leur séropositivité a été étudiée. Le projet a aussi testé, en partena­riat avec Mothers2Mothers, des clubs de soutien postnatal pour les mères et leurs bébés, dans des structures de soins primaires, dans le but de four­nir des soins intégrés et de prévenir la transmission du virus de la mère à l’enfant. Aucun cas n’a été recensé chez ces femmes 18 mois après l’accouchement.

Rustenburg, Nord-Ouest

En 2017, MSF a poursuivi son sou­tien au département provincial de la Santé en intensifiant l’accès des victimes de violence sexuelle à une prise en charge médicale et psycho­sociale dans le district de Bojanala. Dans la ceinture d’extraction du pla­tine en Afrique du Sud, un quart des femmes âgées de 18 à 49 ans ont été violées. Au total, 1088 victimes de violences ont été traitées dans trois structures de soins primaires soute­nues par MSF. Appelées « centres de soins Kgomotso », elles proposent un ensemble essentiel de soins médi­caux, examens médico-légaux et ser­vices psychosociaux.

En 2017, pour accroître le nombre de patients qui consultent ces services ou y sont adressés, MSF a déployé des assistants sociaux dans une organisa­tion communautaire et un poste de police. Le personnel soignant de MSF soutient la fourniture de services en santé sexuelle et génésique, y com­pris les interruptions volontaires de grossesse, dans deux centres de soins primaires. Au total, 775 patientes ont avorté durant le premier trimestre de grossesse dans des structures soute­nues par MSF entre janvier et mars.

Atelier de « body mapping » organisé par MSF en juin 2018 auquel ont participé des survivantes de violences sexuelles de la région de Rustenburg. Le body mapping est utilisé pour aider les survivants de violences sexuelles à identifier les cicatrices internes et externes et les difficultés avec lesquelles elles vivent. © Melanie Wenger, juin 2018
Atelier de « body mapping » organisé par MSF en juin 2018 auquel ont participé des survivantes de violences sexuelles de la région de Rustenburg. Le body mapping est utilisé pour aider les survivants de violences sexuelles à identifier les cicatrices internes et externes et les difficultés avec lesquelles elles vivent. © Melanie Wenger, juin 2018

MSF continue de plaider pour amé­liorer l’accès des victimes de violence sexuelle à des services intégrés dans les structures de santé de tout le pays. Dans un rapport, les résultats d’un sondage téléphonique réalisé par MSF auprès des structures du pays désignées pour prendre en charge les victimes de cette violence montre que 73% d’entre elles ne fournissent pas ou ne sont pas en capacité de fournir, tous les services nécessaires.

Campagne « Corriger la législation sur les brevets »

Lancée en 2011 avec MSF en membre fondateur, la campagne « Corriger la législation sur les brevets » est une coalition de 36 groupes de patients et organisations qui plaident pour une réforme des lois sud-africaines sur la propriété intellectuelle, pour lever les obstacles à l’accès à des médicaments abordables. En août 2017, le départe­ment du Commerce et de l’Industrie a lancé une consultation publique sur un nouveau projet de politique en la matière. La coalition s’est réjouie de cette action, qui reconnaît la néces­sité de trouver un équilibre entre santé publique et protection de la propriété intellectuelle. La coalition continue d’exhorter le gouvernement à accélérer le processus. Les projets définitifs de réforme de cette politique devraient être débattus au Parlement en 2018.

Stop aux ruptures de stocks (Stop Stockouts)

Le projet Stop Stockouts est un consortium d’organisations qui s’emploie à aider les milliers de personnes en Afrique du Sud dont la vie et les moyens de subsistance sont menacés par des ruptures chroniques de stocks de médicaments essentiels. Il collecte les informations sur les pénuries via des systèmes participatifs alimentés par les usagers des services de santé, les soignants et des volontaires, et cartographie les cas signa- lés. Il contacte les fournisseurs, le gouvernement et d’autres parties prenantes pour les pousser à résoudre rapidement ces pénuries et ruptures de stocks.

À la conférence 2017 de la Société internationale sur le sida, le projet a présenté une analyse économique de l’impact financier des ruptures de stocks de médicaments contre le VIH et la tuberculose sur les individus concernés et le système de santé. Ces pénuries peuvent appauvrir au moins 40% des usagers des services de santé. De plus, les efforts déployés par les soignants pour trouver des médicaments en cas de ruptures de stocks font peser un lourd fardeau financier sur le système de santé.