La crise négligée du Nord-Kivu

Négligée, la crise du Nord-Kivu ? Ne la voit-on pas régulièrement ces derniers mois dans la presse ? Vous-mêmes, MSF, ne nous parlez-vous pas régulièrement de l’épidémie d’Ebola dans cette région ?

Tout cela est vrai. Mais n’oublions pas une chose : le Nord-Kivu, c’est deux fois la superficie de la Belgique. Une zone escarpée, divisée par des montagnes que peu de routes traversent. Alors qu’Ebola ravage le « grand nord » de la province, les projecteurs se sont éteints sur le « Petit Nord » comme l’on surnomme les zones de Masisi, Rutshuru et Walikale. Pas de fièvre hémorragique ici qui appelle les caméras et l’aide humanitaire ; mais une crise chronique qui dure depuis des décennies et s’est aggravée ces derniers mois.

Vue aérienne du Nord-Kivu
Vue aérienne de la région de Masisi, dans le "petit nord" du Kivu ©  Pablo Garrigos/MSF. 

Les humanitaires, comme MSF, font ce qu’ils peuvent, mais ce n’est jamais assez face à l’ampleur des besoins de la population. Hommes, femmes, jeunes, vieux, luttent au quotidien pour sauvegarder un espace de normalité dans l’anormal d’une crise humanitaire qui frappe sans distinction, tout le monde, tous les jours. Sans compter que face à l’augmentation des violences il devient encore plus difficile pour les organisations humanitaires d’apporter les secours si nécessaires. Beaucoup ont quitté la région. MSF, qui elle-même y travaille au maximum de ses capacité, tire la sonnette d’alarme: n’oublions pas le "Petit Nord".

Les ravages de l'insécurité constante

Le « Petit Nord », c’est d’abord une insécurité constante, difficilement imaginable. La région n’a pas connu de véritable paix depuis la fin des années 1990, et le chaos créé par ce conflit donne libre cours aux bandits, sont souvent violents. Depuis plusieurs mois, les équipes MSF ont constaté une augmentation du nombre de blessés par balles ainsi que des victimes de violence sexuelle.

Des villageois portent une vieille femme au centre de santé de Louashi
Des villageois amènent une femme âgée au centre de santé de Louashi ©  Pablo Garrigos/MSF. 

 

Intervention chirurgicale MSF
L’équipe chirurgicale MSF nettoie les blessures de Bisore à l’hôpital de Masisi.
Bisore fuyait son village en proie à des affrontements entre l’armée congolaise et d’autres groupes armés lorsqu’il a été attaqué sur la route. Bisore a été blessé par cinq balles : une dans chaque membre, une autre à l’estomac. Son père et son oncle ont été tués. Grâce à l’intervention médicale il est maintenant sorti d’affaire, mais il cherche un moyen de retrouver sa femme et ses enfants qui sont, eux, de l’autre côté d’une des multiples lignes de front qui quadrillent la région où avec plus d’une douzaine de groupes armés sont actifs.©  Pablo Garrigos/MSF. 

Plus d'un demi-million de déplacés

On estime à 687 500 le nombre de personnes déplacées par la violence dans le « petit nord ». La majorité d’entre elles trouvent refuge dans des familles d’accueil qui partagent avec ces déplacés leurs maigres ressources. Les autres (environ 92 000), vivent dans des camps où les conditions de vie, déjà très précaires, deviennent encore plus difficiles puisque l’augmentation de la violence conduit à un gonflement du nombre de déplacés.

Une fille de 12 ans profite des dernières lueurs du jour pour faire ses devoirs devant sa « maison » dans le camp de déplacés de Katale.
Une fille de 12 ans profite des dernières lueurs du jour pour faire ses devoirs devant sa « maison » dans le camp de déplacés de Katale ©  Pablo Garrigos/MSF. 

La malnutrition, un problème constant

Avec leurs maisons et l’accès à leurs terres, beaucoup de déplacés ont perdu leur source principale de revenu, et en sont réduits à trouver tout moyen pour gagner un peu d’argent. L’insécurité constante empêche beaucoup d’habitants du « Petit Nord », qu’ils soient déplacés ou non, d’accéder à leurs champs, de travailler, voire de se déplacer jusqu’au centre de santé lorsqu’eux ou leurs enfants sont malades. Ces conditions entraînent une augmentation des cas graves de malnutrition qui sont traités à l’hôpital MSF de Masisi. 

Portrait d'une famille
Depuis deux ans qu’elle habite cette tente au camp de Katale, Espérance Zawadi tente de joindre les deux bouts en travaillant sur le champ d’autres personnes, ou transportant des marchandises à la force de ses bras. Elle ne gagne qu’environ que l'équivalent d'1,52 euros par jour et n’a pas reçu d’aide humanitaire depuis six mois. Ses enfants souffrent de malnutrition. « Notre communauté a besoin d’argent. Nous avons faim ». ©  Pablo Garrigos/MSF. 

La réponse de MSF dans "le Petit Nord"

MSF est l’une des seules organisations à fournir de l’aide dans ces territoires. Face aux besoins médicaux et non-médicaux croissants, MSF appelle les organisations humanitaires à réinvestir d’urgence dans cette région négligée.

De janvier à septembre 2019, les équipes MSF actives dans les territoires de Masisi, Walikale et Rutshuru ont soigné plus de 11 220 enfants en situation de malnutrition, 2310 victimes de violences sexuelles et 1980 personnes blessées par arme. Dans la zone de santé de Masisi, le nombre de cas de violences sexuelles pris en charge par MSF a doublé cette année, et l’organisation constate une hausse des cas de malnutrition.

Equipe chirurgicale de MSF à Masisi
Equipe chirurgicale de MSF à Masisi  ©  Pablo Garrigos/MSF. 

Dans le territoire de Masisi, MSF soutient l’ensemble des services des Hôpitaux Généraux de Référence de Masisi et de Mweso. L’organisation soutient également l’ensemble des services de 7 centres de santé, assure un appui partiel à 14 autres centres et postes de santé et vient en aide aux déplacés des camps de Bushani, Bukombo, Katale et Kalinga via des équipes mobiles et/ou des activités en eau, hygiène et assainissement.

Dans le territoire de Walikale, MSF soutient l’hôpital Général de Référence de Walikale et 4 centres de santé dans la zone avec un paquet complet d’activités. L’organisation assure également un appui à la prise en charge du paludisme, des diarrhées et des infections respiratoires dans les structures de santé à Kirundu, Luvungi, Ngora, Kasindi, Ndofia, Obaye et à Shabunda. 

Avion transportant du matériel pour l’hôpital de Walikale
Avion transportant du matériel pour l’hôpital de Walikale ©  Gwenn Dubourthoumieu. Février 2017. 

Dans le territoire de Rutshuru, MSF appuie l’hôpital de Rutshuru depuis 2018 dans les services des urgences, le bloc opératoire, la chirurgie, les soins intensifs et assure une prise en charge médicale et psychologique gratuite aux victimes de violence sexuelle et aux enfants souffrant de la malnutrition. En plus des activités hospitalières MSF appuie 9 structures de santé primaire pour faciliter l’accès aux soins gratuits aux enfants de moins de 15 ans, la prise en charge des enfants souffrant de la malnutrition aux victimes des violences sexuelles.