Nord-Kivu : en un mois, MSF a soigné 65 patients atteints d’Ebola

Une équipe retire son équipement de protection individuelle après avoir monté une tente dans la zone de haut risque dans le Centre de traitement Ebola. C’est un travail difficile à faire avec l’équipement de protection.
Une équipe retire son équipement de protection individuelle dans la zone de haut risque dans le Centre de traitement Ebola de Mangina.  © Karin Huster, août 2018

Médecins Sans Frontières (MSF) a soigné 65 cas confirmés d’Ebola au cours de son premier mois d’intervention au Nord-Kivu, en République démocratique du Congo. Cela représente plus de 80%[1] du nombre total de cas confirmés hospitalisés dans les centres de traitement d’Ebola depuis le début de l’épidémie. Parmi ces cas confirmés au sein du Centre de traitement de Mangina, 29 ont guéri et sont retournés auprès de leurs familles et trois patients sont encore sous traitement.

« Nous sommes à un moment crucial de l’épidémie, explique Bérangère Guais, coordinatrice d’urgence de MSF à Beni.  Le nombre de patients pris en charge par le centre de traitement a nettement baissé, mais de nouveaux cas  ont été identifiés, provenant de différentes chaînes de transmission. Nous devons continuer de travailler avec la communauté afin d’instaurer la confiance et de nous assurer que toute personne présentant des symptômes d’Ebola soit correctement mise en isolement et dépistée. Nous ne pouvons pas baisser notre garde tant que l’épidémie ne sera pas officiellement terminée. »

Réponse MSF à l'épidémie d'Ebola au Nord-Kivu en RDC. Août 2018

Plan de réponse à l’épidémie

La veille de la déclaration de la première épidémie d’Ebola dans la province du Nord-Kivu, le 1er août, une équipe de MSF qui travaillait à l’hôpital de Lubero s’est rendue à Mangina, l’épicentre de l’épidémie. Elle a immédiatement mis en place un plan de réponse contre la maladie en collaboration avec le ministère de la Santé congolais. Dans les jours qui ont suivi, des membres expérimentés de MSF sont arrivés d’autres régions de la RDC  et de l’étranger pour former et travailler avec le personnel local afin de prendre en charge les malades et de prévenir la propagation de l’épidémie.

 « Nous savions que nous devions agir rapidement. Lorsque nous sommes arrivés, nous avons immédiatement constaté que le centre de santé local de Mangina était débordé. Des membres du personnel de santé étaient malades et le nombre de patients augmentait chaque jour. Le personnel faisait de son mieux mais tout le monde était entassé dans un seul service de l’hôpital. Nous avons dû agir très rapidement pour améliorer la situation, aussi bien pour les patients que pour le personnel sur place », explique Patient Kamavu, un infirmier expérimenté de l’équipe d’urgence de MSF au Congo, arrivé sur place le 3 août.

Dès le 6 août, MSF avait amélioré les mesures de prévention dans l’unité d’isolement pour les cas suspects et confirmés du centre de santé de Mangina et en avait construit une autre dans l’Hôpital général de référence de Beni. L’équipe avait également entamé la construction d’un centre de traitement à Mangina.

Construction d'un Centre de traitement Ebola à Mangina, l'épicentre de l'épidémie.
Construction du Centre de traitement Ebola à Mangina, l'épicentre de l'épidémie. © Karin Huster, août 2018

Le Centre de traitement d’Ebola à Mangina, doté d’une capacité de prise en charge de soixante-huit patients (pouvant être étendue à 74 lits si besoin), a ouvert le 14 août. 37 patients ont été transférés de l’unité d’isolement de Mangina au Centre de traitement d’Ebola le jour même. L’unité d’isolement de Beni est maintenant achevée et a été cédée au ministère de la Santé, qui en a confié la gestion à une autre ONG.

« Nous avons concentré nos efforts sur les soins aux patients et notre équipe de spécialistes en logistique, en approvisionnement en eau et en assainissement a travaillé jour et nuit pour construire un centre de traitement capable de prendre en charge les patients de façon sûre, poursuit Patient. C’était incroyable de voir l’hôpital sortir de terre et évoluer à chacune de nos visites. » 

Le 28 août, MSF a également ouvert un centre de transit de sept lits à Makeke (à la frontière entre le Nord-Kivu et l’Ituri) en réponse à l’apparition de plusieurs cas dans la zone et pour contrer la réticence de la communauté à ce que les patients soient transférés à Mangina. Le centre sera utilisé pendant qu’une autre organisation construit un Centre de traitement d’Ebola. Les cas suspects seront isolés et dépistés pour le virus Ebola à proximité de leur domicile, et ne seront transférés par la route vers l’un des centres de traitement que si le diagnostic est confirmé.

Derniers préparatifs avant l'ouverture du Centre de Transit de Makeke.
Derniers préparatifs avant l'ouverture du Centre de Transit de Makeke. © Karin Huster, août 2018

Nouveaux traitements

Au cours de cette épidémie, MSF est également en mesure de proposer de nouveaux traitements aux cas confirmés d’Ebola, dans le cadre d’un usage compassionnel. Ces traitements ne sont donnés aux patients qu’avec leur consentement éclairé (ou celui d’un membre de leur famille s’ils sont trop jeunes ou trop malades pour donner leur accord) et viennent s’ajouter aux soins de soutien (hydratation et traitement des symptômes d’Ebola, tels que la diarrhée et les vomissements) que MSF propose à l’ensemble des patients souffrant d’Ebola.

« Nous sommes très contents de pouvoir enfin proposer aux patients plus que de simples soins de soutien. Statistiquement, les patients souffrant d’Ebola ont moins de 50% de chances de survivre. C’est une maladie épouvantable et absolument terrifiante pour les familles et la communauté », conclue Patient.

Formation et protection du personnel

Formation des hygiénistes à Mangina.
Formation des hygiénistes à Mangina. © Karin Huster, août 2018

En dehors des centres de traitement d’Ebola, les équipes de MSF déployées dans les zones de Beni et de Mangina, ainsi que dans la province d’Ituri, entre Mambasa et Makeke (à la frontière avec le Nord-Kivu) se rendent dans les centres de santé et forment le personnel au triage des cas suspects d’Ebola, leur fournissant des équipements de protection essentiels et établissant des zones d’isolement où les patients suspectés de porter le virus peuvent être pris en charge en attendant qu’une ambulance arrive. Les centres de santé de Mangina et de Beni qui ont reçu des cas positifs d’Ebola sont aussi en cours de décontamination.

« Malheureusement, au cours de cette épidémie, au moins 17 membres du personnel de santé ont été infectés par le virus. Le personnel de santé qui soigne les patients souffrant de maladies telles que le paludisme ou la pneumonie, ou qui assiste les femmes pendant l’accouchement, doit être protégé par un système de triage capable d’identifier et d’isoler les patients suspectés d’avoir Ebola avant qu’ils n’entrent dans l’hôpital. Cela permettra non seulement de protéger le personnel de santé, mais aussi les patients, et d’éviter que les centres de santé n’amplifient la propagation du virus », conclue Bérangère Guais.

MSF a récemment reçu l’autorisation de lancer une campagne de vaccination pour le personnel de première ligne sur l’axe reliant Makeke à Biakato.

[1] 65 cas confirmés ont été admis au sein du Centre de traitement d’Ebola de Mangina, auxquels s’ajoutent les 16 patients pris en charge par le Centre de traitement d’Ebola de Beni jusqu’au 3 septembre, un mois après que MSF a commencé à soigner des patients souffrant d’Ebola dans le Nord-Kivu. Les 10 autres cas confirmés référencés au cours de cette période par le ministère de la Santé sont décédés au sein de la communauté et n’ont jamais été admis dans un Centre de traitement d’Ebola.

INTERVENTION MSF CONTRE LES ÉPIDÉMIES D'EBOLA EN RDC

Une autre épidémie d'Ebola avait été déclarée le 6 mai dans la région de l'Equateur, à l'est de la RDC. Depuis le début de l’épidémie, MSF a participé à la réponse médicale en apportant les soins, en assurant l’isolement des patients et en menant toutes les activités liées à la promotion de la santé. L’organisation a également collaboré de façon active à la surveillance épidémiologique et à la sécurisation des enterrements. La fin de cette épidémie a été déclarée le 24 juillet par le ministère de la Santé congolais.

Il n’y aurait aucune relation entre cette épidémie et celle qui avait affecté la région de l’Equateur et dont la fin avait été déclarée en juillet dernier.