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RDC: plus importante épidémie de choléra de ces 20 dernières années

En 2017, 55 000 personnes sont tombées malades - 28% de plus par rapport à l’année précédente - et 1190 sont décédées dans 24 des 26 provinces que compte la République démocratique du Congo. Médecins Sans Frontières a été en première ligne dans la riposte médico-humanitaire, en prenant en charge près de la moitié des cas (environ 25 300 personnes) dans tout le pays, notamment dans les provinces du Kongo Central, Kwilu, Kasaï, Haut Lomami, Maniema, Tanganyika, Sud-Kivu, Nord-Kivu, Ituri et Bas-Uélé.

Un infirmier MSF donne une solution de réhydratation à un jeune patient atteint de choléra à Kinshasa, en République démocratique du Congo.
Un infirmier MSF donne une solution de réhydratation à un jeune patient atteint de choléra à Kinshasa. ©Carl Theunis. République démocratique du Congo, janvier 2018

Kinshasa touchée par l’épidémie

L’épidémie touche maintenant la capitale du pays, Kinshasa. Cette mégapole de 12 millions d’habitants, centre névralgique des échanges commerciaux à travers le pays, reste vulnérable au choléra suite à différents manques :

  • en approvisionnement d’eau potable
  • en assainissement
  • en infrastructures sanitaires adaptées à la prise en charge dans les quartiers affectés par l’épidémie.

Entre fin novembre 2017 et le 22 janvier 2018, 826 nouveaux cas suspects et 32 décès (taux de létalité de 3,8%) ont été signalés aux autorités sanitaires, ce qui rend la situation très préoccupante.

Prise en charge des patients, surveillance et sensibilisation

Afin de maitriser l’épidémie, en soutien au Ministère de la Santé, les équipes du Pool d’Urgence Congo (PUC[1]) de MSF sont en train de renforcer les deux unités de traitement du choléra dans deux quartiers de la ville: Camp Luka et Pakadjuma. Elles assurent ainsi la prise en charge des malades 24h/24h dans les zones sanitaires les plus touchées de la ville (Binza Méteo, Kintambo et Limete). Depuis le début des activités (le 16 janvier 2018), 157 patients ont été admis dans ces unités de traitement, dont presque 40% en état de déshydratation sévère. Parmi ceux-ci, 133 sont déjà sortis et une personne est décédée.

« Depuis la semaine passée, face à l’avancée de l’épidémie, nous sommes intervenus avec une prise en charge clinique des patients, la mise en place de 10 points de réhydratation orale, la surveillance épidémiologique, la sensibilisation de la population et le service d’ambulances » explique Jean Liyolongo du PUC. « Le choléra touche des communes de Kinshasa avec une très haute concentration de population, où il est donc crucial d’agir rapidement pour arrêter la transmission de l’épidémie. De plus, avec une prise en charge rapide et gratuite des patients, accompagnée d’un soutien réel aux prestataires, on peut correctement soigner les malades. » 

A chaque fois que quelqu’un entre ou quitte l’unité de traitement du choléra, ils doivent laver leurs mains avec de l’eau chlorée et désinfecter leurs chaussures, afin d'éviter toute transmission de la maladie.
A chaque fois que quelqu’un entre ou quitte l’unité de traitement du choléra, il doit se laver les mains avec de l’eau chlorée et désinfecter ses chaussures, afin d'éviter toute transmission de la maladie. ©Carl Theunis. République démocratique du Congo, janvier 2018

Le choléra, maladie stigmatisée

Le choléra est une maladie hautement transmissible dans des zones avec un faible accès à l’eau potable et à l’assainissement. Elle provoque de graves diarrhées et vomissements, entraînant une déshydratation rapide des patients. Présent dans le pays depuis les années 70, il est endémique dans neuf provinces de la RDC, notamment autour des grands lacs de l’Est du pays.

« Il y a quelques jours, j’ai commencé à être très malade, à avoir une forte diarrhée et des vomissements. Dans mon quartier, ici à Camp Luka, il y avait déjà eu beaucoup de cas de choléra. C’est pour ça que j’ai demandé à mon mari de m’accompagner au centre de santé », raconte Marie[2], patiente dans l’unité de traitement MSF au Camp Luka. « J’étais très faible et donc nous avons essayé de prendre une moto-taxi, mais tout le monde refusait de nous laisser monter. Ici à Kinshasa le choléra est très stigmatisé, c’est la maladie de la honte. Mon mari a dû me porter sur son dos pendant 3km pour arriver ici ».

[1] le Pool d’Urgence Congo est un service d'urgence basé à Kinshasa et équipé pour répondre à une série de scénarios: épidémies, catastrophes naturelles, conflits, déplacements de population et bien d'autres. Le PUC a la capacité d'envoyer jusqu'à quatre équipes simultanément dans 17 des 26 provinces du pays et de traverser les fleuves, montagnes...

[2] Prénom d’emprunt

MSF en RDC

MSF travaille en RDC depuis 1981 et intervient aujourd’hui dans 20 des 26 provinces du pays, en offrant des soins médicaux aux victimes de conflits et de violence, aux personnes déplacées ou encore à celles souffrant d’épidémies ou de pandémies comme le choléra, la rougeole, et le VIH/SIDA. De plus, des équipes de réponse aux urgences se tiennent prêtes à répondre sur l’ensemble du territoire en cas de flambée épidémique, de catastrophe naturelle ou de conflit.