Les ruptures de stock de médicaments menacent le succès du plus grand programme de lutte contre le VIH au monde

La plupart des provinces d’Afrique du Sud connaissent des problèmes de ruptures de stock en médicaments essentiels contre le VIH et la tuberculose, dans un pays où 18,5% des adultes sont séropositifs et près de 3 millions de patients sont sous traitement antirétroviral. C’est ce que révèle un rapport de l’organisation de la société civile Stop Stock Outs Project.

© Stefan Heunis
© Stefan Heunis

Les centres de santé sont dans l’incapacité de distribuer aux patients la quantité prescrite de médicaments contre le VIH ou la tuberculose, alors qu’ils sont disponibles dans les entrepôts nationaux. Au 4ème trimestre 2014, cinq des 9 provinces sud-africaines étaient touchées par cette pénurie dans plus d’un centre de santé sur trois. 32% des ruptures de stock duraient ainsi plus d’un mois.

 « Cette situation est inacceptable car ce sont les patients qui paient le prix du dysfonctionnement du système. Ils s’absentent de leur travail ou de leur école afin de faire la file devant le centre de santé, tout cela pour s’entendre dire que leur médicament n’est pas arrivé ou qu’ils devront revenir un autre jour. Ils vivent alors avec le stress d’une maladie non soignée qui risque de s’aggraver voire de les faire mourir. Les patients sont censés adhérer strictement à leur traitement quotidien, et on déplore les abandons de traitement lorsque ce n’est pas le cas. Est-ce juste alors que nos départements de la santé n’assurent pas l’approvisionnement en médicaments ? », s’insurge le Dr Indira Govender  de l’Association des médecins de campagne d’Afrique du Sud.

Des problèmes logistiques et de gestion

L’enquête révèle que la plupart des médicaments sont stockés dans des entrepôts sur le territoire sud-africain mais n’arrivent pas aux centres de santé et donc aux patients en raison de problèmes logistiques et de gestion, qu’il s’agisse de prévisions de stocks erronées ou de problèmes de transport. Une minorité seulement du problème est due au fait que les entreprises pharmaceutiques ne parviennent pas à approvisionner suffisamment le pays. La seule avancée en comparaison avec une étude similaire menée en 2013 est une plus grande disponibilité de la combinaison à dose fixe la plus souvent prescrite pour les patients séropositifs. En revanche, d’autres antirétroviraux et médicaments contre la tuberculose ont souvent été en rupture de stock. Or, les patients dont l’état nécessite des médicaments autres que ceux prescrits de routine en première intention sont précisément les plus vulnérables, en raison de complications ou de leur âge (enfants ou adolescents).    

« Alors que l’Afrique du Sud envisage de porter le nombre de patients sous traitement de 3 millions environ à 4,6 millions d’ici la fin 2016, il est plus que jamais urgent de s’attaquer à un problème complexe et profondément enraciné qui nuit au succès du plus vaste programme antirétroviral au monde.  Il y a toutefois de l’espoir puisque, l’année dernière, plusieurs grandes autorités de la santé d’Afrique du Sud, au niveau national et provincial, ont reconnu le problème et se sont activement engagées avec la société civile à prendre des mesures pour y remédier. Cela témoigne d’une volonté d’améliorer la situation dans l’intérêt du public, même s’il s’agit d’un défi complexe qui ne peut être résolu du jour au lendemain  », explique Bella Hwang, coordinatrice du Stop Stock Outs Project.

Une problématique largement répandue dans la région

 « Aucun autre pays de la région n’a mené d’enquêtes de ce type donnant une aussi bonne vue d’ensemble du problème et de l’impact des ruptures de stocks sur les patients. Les défis logistiques et managériaux à l’origine de ruptures de stocks sont largement répandus et devront être relevés dans tous les pays confrontés à une augmentation du nombre de patients séropositifs ayant besoin d’un traitement », explique Tinne Gils, pharmacienne régionale pour Médecins Sans Frontières/MSF. « Nous devons tirer les leçons de cette situation, notamment l’importance d’une réelle volonté politique et de l’engagement des gouvernements à reconnaître   les ruptures de stock et à y remédier, ainsi que le rôle clé des patients et de la société civile qui doivent demander des comptes à leurs gouvernements et coopérer avec eux pour améliorer la santé pour tous, en fournissant des informations sur ce qu’ils vivent et ce qu’ils voient. »