République centrafricaine

En 2018, dans une grande partie de la République centrafricaine (RCA), un nouveau conflit ouvert a provoqué des scènes d'une extrême violence contre une population encore marquée par le traumatisme de la guerre civile qui a déchiré le pays.

Médecins Sans Frontières a offert des soins vitaux dans un contexte d'attaques brutales contre des civils, y compris des massacres et de la violence sexuelle. Des villages entiers et des camps de déplacés ont été réduits en cendres, ce qui a encore aggravé les besoins humanitaires déjà immenses. 

Fin 2018, le pays comptait environ 650 000 déplacés internes et 575 000 Centrafricains étaient réfugiés dans les pays voisins (contre 540 000 début 2018) .  

Des hommes blessés dans les heurts en cours attendent d’être pris en charge aux urgences de l’hôpital de Bria.
Des hommes blessés dans les heurts en cours attendent d’être pris en charge aux urgences
de l’hôpital de Bria. © Vincent Le Mouël, juin 2017

Ce conflit a gravement restreint l'accès aux soins, à la nourriture, à l'eau et à des abris, tandis que l'insécurité et des attaques contre nos structures ont maintes fois entravé nos interventions. Nous avons néanmoins continué d’offrir soins primaires et d'urgence, services de maternité et de pédiatrie, chirurgie traumatologique et traitements contre le paludisme, le VIH et la tuberculose (TB) aux communautés locales et déplacés, dans huit provinces et à Bangui, la capitale.  

Nous avions dû suspendre nos activités à Bangassou pendant cinq mois, après plusieurs incidents de sécurité. Nous y sommes retournés en avril, avec une équipe plus petite, pour offrir des soins vitaux, y compris un soutien aux services de soins intensifs, des urgences et de néonatalogie à l'hôpital régional. Nous avons continué de fournir des médicaments et un soutien financier et matériel ainsi que des formations aux services où nous n'avions pas de personnel. Des équipes ont travaillé dans les camps de déplacés, notamment à Ndu, un village frontalier en République démocratique du Congo (RDC), qui a accueilli beaucoup de réfugiés après les violences de 2017. 

À Bambari, nous avons dû réduire temporairement nos opérations en avril, après le violent pillage de notre structure. Jadis louée comme exemple de désarmement réussi et durable, cette ville est redevenue un champ de bataille et l'hôpital où nous travaillions a été pris d'assaut par des groupes armés. Cet hôpital a retrouvé sa pleine capacité fin juin, ce qui nous a permis de poursuivre nos programmes médicaux intégrés, au bénéfice des blessés de guerre, enfants malades et dénutris, et femmes enceintes requérant de la chirurgie d'urgence. 

Des mères et grands-mères font la queue pour faire vacciner leurs bébés pendant la campagne d’immunisation de MSF à Maloum.
Des mères et grands-mères font la queue pour faire vacciner leurs bébés pendant la campagne d’immunisation de MSF à Maloum. © Colin Delfosse/Out of Focus, mars 2017

En novembre, 10 000 personnes fuyant les attaques se sont refugiées dans les bâtiments de l'hôpital de Batangafo soutenu par MSF, alors que les combattants incendiaient trois sites accueillant des déplacés. L'hôpital a été menacé à son tour et accusé d'abriter les « ennemis », tandis que des barrages routiers et la présence de combattants autour et à l'intérieur du site empêchaient tous ceux qui avaient besoin de soins d’y accéder. 

Quelques jours plus tard, après qu'une attaque contre un camp de déplacés à Alindao a fait au moins 100 morts et entraîné la fuite de plus de 20 000 personnes vers les villages voisins, nous avons envoyé une équipe pour répondre aux besoins médicaux les plus urgents. Nous avons géré des cliniques mobiles, assuré des vaccinations, aidé le centre de santé d'Alindao et le service des urgences de l'hôpital et organisé le transfert des cas les plus sévères à Bambari. 

Combattre les tueurs silencieux : le paludisme et le VIH 

En entravant davantage l'accès aux soins, le conflit aggrave l'urgence médicale chronique qui s’étend depuis des années en RCA. Les principales causes de mortalité restent le paludisme chez les enfants de moins de cinq ans, et le VIH/sida, chez les adultes. Nous fournissons des traitements contre ces maladies et les rendons les plus accessibles possible.
    
En 2018, près de 547 000 patients ont été traités contre le paludisme, dont plus de 163 000 à Bossangoa et à Boguila.

Larissa et son fils dans l'hôpital de Bossangoa
Larissa Ganazouli et son fils Fabrice sont assis sur leur lit à l'hôpital de Bossangoa. Fabrice souffre d'une forme de malnutrition appelée marasme, causée par un manque de protéines et de calories © Elisa Fourt/MSF. Septembre 2018.

Pour soulager les difficultés quotidiennes des personnes vivant avec le VIH, MSF aide les patients de Bossangoa, Boguila, Kabo et Batangafo à former des groupes communautaires qui vont chercher à tour de rôle tous les renouvellements de traitements antirétroviraux aux centres de santé. À Carnot, où nous avons soigné 1775 personnes vivant avec le VIH en 2018, nous continuons de décentraliser les traitements contre la maladie. 

Protéger la santé des femmes et des enfants

À Bangui, nous avons assisté près de 9600 naissances et offert des soins en santé sexuelle et génésique pour réduire la morbidité et la mortalité liées aux complications obstétricales et aux conséquences d'avortements clandestins. Ces dernières sont la principale cause de mortalité chez les femmes arrivant dans les maternités de la ville soutenues par MSF. Nous aidons les services de planning familial à aborder la question des grossesses non désirées, par exemple en fournissant des préservatifs, des implants et pilules contraceptives, la ligature des trompes et l’interruption de grossesse, si nécessaire. 

Nos équipes participent aussi aux vaccinations de routine et ont conduit plusieurs campagnes de masse en 2018. Dans un contexte aussi instable, nous avons saisi chaque opportunité de vacciner des enfants et d'appliquer d'autres mesures de prévention, comme l'administration de vermifuges et la distribution de vitamines et de moustiquaires.

En octobre, nous avons envoyé une équipe à Mbaïki, dans la province de Lobaye, à la suite d'une épidémie de variole du singe. Nous avons mis en place un système de veille et traité une dizaine de cas. Un mois plus tard, nous sommes intervenus lors d’une épidémie d'hépatite E à Bocaranga, dans la province d'Ouham-Pendé.