L’accès restreint à l’accueil en Belgique compromet la santé et la dignité
Sept organisations (Médecins du Monde, Vluchtelingenwerk Vlaanderen, CIRÉ, BelRefugees, Caritas International et le Hub Humanitaire) tirent une nouvelle fois la sonnette d’alarme face aux conséquences de la politique d’accueil en Belgique. Dans un nouveau rapport, elles montrent comment le durcissement de l’accès à l’accueil depuis 2025 contribue directement à des problèmes de santé, à une souffrance psychologique accrue et à une exclusion structurelle. D’un point de vue médicohumanitaire, le constat est sans équivoque : l’accès à l’accueil est indissociable de l’accès aux soins de santé.
Photos prises en février 2026, lorsque MSF fournissait des soins médicaux lors d’activités d’outreach à Bruxelles.
L’accueil, une condition essentielle de la santé
Depuis les modifications de la Loi Accueil en 2025, un nombre croissant de personnes sont exclues du système d’accueil. Il s’agit notamment de personnes disposant d’un statut de protection dans un autre État membre de l’UE (le « statut M ») ainsi que de certaines familles dont les enfants introduisent leur propre demande d’asile.
Si l’évaluation des vulnérabilités individuelles est prévue par la loi, les équipes de MSF constatent que, dans la pratique, l’accès à l’accueil devient de plus en plus incertain.
Le manque d’accueil entraîne des conséquences médicales directes. Sans un lieu sûr pour dormir, il est impossible de se reposer, de guérir d’une maladie ou de suivre correctement un traitement. Du point de vue médical, l’accueil ne constitue donc pas une simple mesure sociale, mais un déterminant fondamental de la santé, de la dignité et du fonctionnement humain.
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Vivre dans l’incertitude en dehors du système d’accueil
Entre août et la mi‑novembre 2025, 249 personnes se sont vu refuser l’accès à l’accueil, parmi lesquelles des familles, des femmes et des hommes seuls. Moins de 20 % des personnes disposant d’un statut M ont obtenu une place en accueil après une évaluation de leur vulnérabilité. Au 1er décembre 2025, 1 759 personnes figuraient sur une liste d’attente pour l’accueil.
Selon les équipes de MSF, cette incertitude prolongée engendre une instabilité extrême dans la vie quotidienne. Les personnes sont contraintes d’improviser en permanence, de passer d’une solution d’urgence à des services humanitaires, sans jamais savoir où elles dormiront le lendemain. Cette instabilité rend quasiment impossible l’organisation de soins continus et cohérents.
Un accès fragmenté aux soins de santé
Les personnes exclues du réseau d’accueil perdent également l’accès structuré aux soins médicaux, psychologiques et à l’accompagnement social habituellement proposés dans les centres d’accueil. Elles dépendent alors de services humanitaires à bas seuil, y compris de soins soutenus par MSF.
Au Hub humanitaire, 85 % des besoins médicaux ont pu être pris en charge, mais 185 personnes n’ont pas eu accès aux soins en raison d’un manque de capacité. À partir de novembre 2025, le nombre de consultations disponibles a encore diminué, exacerbant les besoins non couverts.
Les équipes de MSF observent par ailleurs qu’une part importante des consultations est consacrée à l’accompagnement administratif nécessaire pour accéder aux soins, révélant ainsi l’existence de barrières structurelles profondes au sein du système de santé.
Des besoins croissants en santé mentale, une réponse insuffisante
Les niveaux de stress psychologique et les troubles de santé mentale augmentent de manière préoccupante. Les équipes de MSF constatent systématiquement des niveaux élevés d’anxiété, de stress et de souffrance psychique, directement liés à l’incertitude, à l’instabilité des conditions de vie et à l’absence de perspectives. Dans les contextes humanitaires bruxellois, seule environ la moitié des besoins en santé mentale peut aujourd’hui être prise en charge.
MSF propose un soutien psychologique individuel et collectif, notamment dans des installations informelles et dans les situations de rupture d’accueil. Une part importante de ce travail consiste également à accompagner les personnes dans des parcours de soins et des démarches administratives complexes. Cela illustre à quel point la santé mentale est étroitement liée à l’exclusion structurelle et à l’insécurité quotidienne.
Les conditions de vie laissent des traces sur la santé physique
Les données médicales et les observations de terrain de MSF mettent en évidence un lien clair entre les conditions de vie et l’état de santé. Dans les services de santé humanitaires, 12 % des diagnostics concernent des maladies de peau et 8 % des affections respiratoires. Les mauvaises conditions d’hygiène, l’exposition au froid et à l’humidité ainsi que les lieux de séjour surpeuplés ou instables contribuent directement à l’apparition de problèmes de santé évitables.
Santé, dignité et droits sont indissociables
Du point de vue de MSF, la santé est indissociable de la dignité humaine et des droits fondamentaux. Lorsque l’accès à l’accueil est restreint de manière systématique, les conséquences sont visibles : ruptures dans les parcours de soins, aggravation évitable des pathologies et augmentation des besoins en santé mentale.
Ce rapport confirme ce que les acteurs humanitaires observent depuis longtemps sur le terrain : une politique d’accueil qui exclut ne crée pas de solutions, mais approfondit une crise humanitaire aux conséquences humaines et médicales lourdes.