Dix années de violence et de déplacement dans le nord-est du Nigeria

Voilà dix ans qu'une insurrection a débuté dans le nord-est du Nigeria, entre des groupes d'opposition armés et l'armée nigériane. Dix ans plus tard, le conflit est loin d'être terminé. Les gens continuent d'être chassés de chez eux par la violence et de nombreuses familles déplacées vivent soit dans des camps gérés par les autorités, soit se sont installées de manière informelle.

La majorité des personnes déplacées sont des femmes et des enfants, qui dépendent grandement de l'aide humanitaire pour survivre. On estime que 1,8 million de personnes ont été déplacées dans les Etats de Borno, Adamawa et Yobe, situés dans le nord-est du pays.

Camp de déplacés de Monguno
Camp de déplacés de Monguno © Maro Verli. Janvier 2018.

Médecins Sans Frontières intervient au cœur de cette crise depuis 2014, mais la réponse humanitaire au sens large a été lente à démarrer. En 2016, alors que les équipes ont constaté des niveaux élevés de malnutrition à Bama et à Borno, MSF a tiré la sonnette d'alarme.

Des besoins vitaux insatisfaits

Bien que les budgets de l’assistance humanitaire ait augmenté ces dernières années, il reste beaucoup à faire pour les communautés déplacées. De nombreuses zones de Borno sont encore très peu sûres, ce qui rend l'assistance difficile. Les travailleurs humanitaires ne peuvent intervenir que dans ldes enclaves contrôlées par l'armée nigériane. Sans contrôle militaire, il est impossible d’accéder à d'autres zones. Mais même dans les villes de garnison, les besoins des populations ne sont pas satisfaits, forçant certaines personnes à quitter la sécurité relative des camps, risquant ainsi leur vie à l'extérieur du périmètre de sécurité pour aller chercher de la nourriture et du bois de chauffage.

Dans les camps formels, les restrictions à la liberté de mouvements empêchent les gens de cultiver la terre et d’être autosuffisants, ce qui les rend fortement dépendants de l'aide humanitaire pour survivre. Cette situation vient renforcer la souffrance due aux traumatismes physiques et psychologiques d'avoir vécu une décennie de violence.

Maiduguri, la capitale de l'État de Borno, accueille environ un million de personnes déplacées de la région. Nombre d'entre eux vivent dans des camps installés de manière informelle, où les besoins essentiels tels que logement, nourriture, installations d'hygiène et soins de santé sont insuffisants et où la population vit dans des conditions très difficiles.
Maiduguri, la capitale de l'État de Borno, accueille environ un million de personnes déplacées de la région. Ici, un enfant est testé avec un "MUAC" pour voir s'il souffre de malnutrition © Yuna Cho/MSF. Août 2019.

Dans les camps informels, les gens sont entassés sur de petites parcelles de terre, avec peu d'infrastructures ou d’assistance humanitaire pour répondre à leurs besoins fondamentaux. De nombreuses familles dorment dans de minuscules huttes faites de bâches en plastique ou de vêtements et de tissus déchirés, des matériaux qui ne résistent pas même à de brefs épisodes de pluies.

« Depuis notre arrivée dans ce camp il y a huit mois, nous n'avons pu utiliser aucune latrine. Nous avons tous fait nos besoins dehors, généralement en courant vers la brousse voisine, » explique Lami Mustapha, 40 ans. Rabi Musa, 50 ans et mère de 10 enfants, a également déclaré à MSF que la vie dans ces camps n'était pas facile. « Nous devons tous mendier, y compris mes enfants, et avoir des petits boulots pour survivre. Aucune aide n’arrive. »

« Au cours des six dernières années, j'ai dû me déplacer trois fois. Les deux premières fois, j'ai fui des attaques violentes, la troisième fois c’était à cause de conditions de vie difficiles », se souvient Yakura Kolo, 30 ans, vivant avec cinq enfants dans un camp de déplacés.

Augmentation des cas de malnutrition

A Maiduguri, un afflux de personnes déplacées en provenance de toute la région a fait doubler la population,. Bien que la plupart des organismes d'aide et une grande partie de l'assistance humanitaire soient concentrés ici, les besoins sont énormes et les services de santé ne disposent toujours pas de ressources suffisantes.

MSF gère le plus grand programme d'alimentation thérapeutique de Maiduguri, dans le district de Fori, pour les enfants souffrant de malnutrition sévère et de complications médicales. Jusqu'à 300 enfants sont admis chaque mois.

Mère et son enfant
Maiduguri, la capitale de l'État de Borno, accueille environ un million de personnes déplacées de la région. Nombre d'entre eux vivent dans des camps installés de manière informelle, où les besoins essentiels tels que logement, nourriture, installations d'hygiène et soins de santé sont insuffisants et où la population vit dans des conditions très difficiles © Yuna Cho/MSF. Août 2019.

En mai et juin 2019, MSF a constaté une augmentation du nombre de patients souffrant de malnutrition, les gens n'ayant pas assez de nourriture pour survivre entre deux récoltes.

Malheureusement, MSF n'a pas pu accueillir tout le monde, le centre d'alimentation ayant atteint sa capacité maximale. Dans le district de Gwange, MSF gère un hôpital pédiatrique pour les habitants de Maiduguri et les personnes déplacées, disposant d’une unité de soins intensifs qui peut également répondre aux épidémies de maladies infectieuses. En 2019, plus de 3000 enfants atteints de rougeole ont été admis et traités à l'hôpital de Gwange.

Seul établissement de santé secondaire de la région

En dehors de Maiduguri, MSF fournit des soins médicaux vitaux dans les villes de Pulka, Gwoza et Ngala, notamment des soins de santé primaire et secondaire, des traitements contre la malnutrition, des services de maternité et un soutien en santé mentale.

« Etant le seul établissement de santé secondaire de toute la région, nous nous efforçons d’absorber l'augmentation du nombre de patients et la détérioration de leur santé, due en grande partie à des facteurs saisonniers et à de mauvaises conditions de vie, explique Ewenn Chenard, coordinateur de projet MSF à Ngala. « Dans les camps, 750 personnes arrivent en moyenne chaque mois. Plus de 60 000 personnes déplacées vivent aujourd'hui sur moins d'un kilomètre carré de terre, la plupart d'entre elles dans des abris de fortune mal construits et facilement endommagés par les bourrasques de vents et les fortes précipitations ».

La pluie, le paludisme et le choléra

Avec l'arrivée de la saison des pluies, la santé des personnes déplacées devrait encore empirer. Il est probable qu'il y aura une augmentation des cas de paludisme et les personnes qui n'ont pas reçu de traitement préventif sont particulièrement vulnérables.

MSF a commencé à traiter les patients atteints de cette maladie dans ses cliniques de Maiduguri. En outre, une campagne de chimio-prévention contre le paludisme saisonnier est en cours à Banki, Bama, Rann, Ngala et Pulka, afin de fournir des doses élevées de médicaments antipaludiques aux enfants âgés de trois à 59 mois.

Equipe de promotion de la santé
Cette équipe de promotion de la santé se rend tous les jours dans le camp pour expliquer ce qu'est MSF et de l'importance de l'hygiène pour éviter de contracter certaines maladies © Yuna Cho/MSF. Août 2019.

De l'autre côté de Borno, les inondations pendant la saison des pluies ont entraîné une détérioration des installations sanitaires. Le manque d'eau potable aggrave encore la vulnérabilité des populations aux maladies d'origine hydrique tel que le choléra, en particulier des enfants. MSF a mis en place des centres de traitement du choléra  pour répondre rapidement à l'épidémie potentielle.

« Dans le nord-est du Nigeria, les gens sont encore exposés à un niveau élevé de violence et à des expériences traumatisantes au cœur d’un conflit qui est loin d'être terminé, explique Luis Eguiluz, chef de mission de MSF au Nigeria. Dans les camps de personnes déplacées, où les besoins humanitaires immédiats ne sont pas suffisamment pris en compte, leur souffrance et leur vulnérabilité sont davantage aggravées. »

Les activités de MSF au nord-est du Nigeria

MSF travaille au Nigeria depuis 1996 et est présente en permanence dans le nord-est du pays depuis 2014. Les équipes de MSF fournissent actuellement des soins médicaux à Gwoza, Maiduguri, Ngala et Pulka dans l'Etat de Borno, tandis que les équipes d'urgence répondent aux épidémies et aux autres besoins humanitaires urgents.