« A chaque offensive, tant de morts inutiles à Gaza » : nos collègues de Gaza racontent comment ils ont vécu les récents bombardements

Entre le 5 et 8 août, les frappes aériennes israéliennes ont touché le territoire de Gaza à plusieurs endroits. Le jour du cessez-le-feu, le bilan s’élevait à 46 morts, parmi lesquels 16 enfants. Ces raids ont fait aussi 360 blessés. « A chaque offensive, tant de morts inutiles à Gaza, » nous dit un de nos collègues de Gaza à propos de cette récente offensive. Un avis partagé par Shadi, Rami, Nesma et Khalid. Voici leurs témoignages…

« Mon bébé de 9 mois dormait dans son berceau, au milieu d’éclats de verre »

Shadi Al-Najjar, 39 ans, kinésithérapeute, hôpital Al-Awda

"J’ai trois enfants. J’étais chez moi lors du deuxième jour de l’offensive. L’immeuble juste à côté de chez nous a été touché par des tirs de roquettes. Ma maison a été en partie détruite. Lors de l’attaque, mon bébé de neuf mois était en train de dormir dans son berceau ; sa chambre était pleine d’éclats de verre. Dieu merci, il n’a pas été touché. J’ai emmené mes enfants dehors et j’ai commencé à aider d’autres familles à évacuer l’immeuble dévasté. C’était horrible.

Lorsque les bombardements ont cessé, nous sommes rentrés chez nous. J’ai déblayé les débris et j’ai tendu des bâches en plastique devant les fenêtres. Mes deux autres enfants – car j’ai aussi un petit garçon et une petite fille – sont traumatisés. Ils n’arrivent plus à dormir et pleurent tout le temps."

Tussen 10 en 21 mei hebben Israëlische luchtaanvallen in Gaza het leven gekost van meer dan 250 mensen en bijna 2.000 mensen verwond.
Une photo des bombardements israéliens en mai de l'année dernière. Entre le 10 et le 21 mai, les frappes aériennes ont tué plus de 250 personnes et en ont blessé près de 2 000. Les récentes frappes aériennes de début août s'inscrivent dans une série d'escalades très meurtrières et dommageables. © Fady Hanona, 19 mai 2021

Préparer le service de kinésithérapie à un nouvel afflux de blessés 

« Dans mon service, 300 patients blessés lors de la dernière offensive israélienne, en mai 2021, sont encore hospitalisés. Ils bénéficient chez nous de soins de revalidation et de kinésithérapie.  Nous sommes actuellement en train de préparer notre service à accueillir les victimes de ces nouveaux bombardements. On sait déjà que bon nombre d’entre eux devront être amputés. Ils seront opérés dans les prochaines semaines. Ensuite, il y aura la reconstruction des membres. 

« On n’est nulle part en sécurité à Gaza »

Nesma El-Helou, 35 ans, microbiologiste, hôpital Al-Awda

« Ces bombardements ont été très violents. Nous avons déjà connu la guerre à plusieurs reprises dans la bande de Gaza, mais chaque offensive semble encore plus terrible que la précédente. Cette fois-ci, une roquette a dévasté ma maison. Les mots me manquent pour décrire ce que j’ai ressenti quand les débris de ma maison ont commencé à recouvrir le sol. Fort heureusement, personne n’a été touché : mon père, mon frère et mon neveu en sont sortis indemnes. A chaque offensive, des victimes innocentes perdent la vie à Gaza. Des proches, qui habitent en-dehors de la bande de Gaza, nous appellent souvent pour nous dire d’aller nous mettre à l’abris ailleurs lors d’une attaque mais ils ont du mal à comprendre qu’ici, à Gaza, on n’est nulle part en sécurité, les roquettes peuvent tomber n’importe où. Nous avons choisi de rester ensemble, à la maison, pendant les attaques aériennes. Si notre maison est détruite, au moins, on mourra tous ensemble. Alors, lors de la prochaine attaque, on restera chez nous, comme les fois précédentes… »  

Médecins Sans Frontières prend en charge « beaucoup de patients polytraumatisés, avec des plaies complexes »

Docteur Rami Abu Jasser, responsable du bloc opératoire, hôpital Al-Awda

« Ce week-end, au moment des bombardements, j’étais à l’hôpital. Nous avons pris en charge de nombreux patients polytraumatisés, avec des plaies complexes. La plupart avaient été blessés par des explosions ou dans l’effondrement de leur maison. J’ai soigné un enfant, il avait une plaie au niveau de la tête, ainsi qu’une main et une jambe cassée. »   

Nous avons tout perdu à deux reprises pendant les bombardements israéliennes

Khaled Awadallah, 35 ans, infirmier urgentiste, hôpital Al-Awda

« Ces attaques m’ont replongé dans l’horreur des offensives que nous avions déjà vécues l’année dernière et en 2014. En 2014, la maison dont j’étais locataire a été bombardée. C’était la veille du premier anniversaire de mon petit garçon. Les cadeaux étaient déjà dans le salon prêts à être déballés… La maison a été entièrement détruite et j’ai perdu tout ce que j’avais. Mais j’ai remonté la pente, progressivement. En 2019, j’ai acheté mon propre logement à crédit. Deux ans plus tard, en mai 2021, notre nouvelle maison a été détruite pendant un bombardement. Et j’ai à nouveau tout perdu. Mais tout cela n’est rien par rapport à ce que vivent mes enfants. Le plus jeune, surtout, est traumatisé. Chaque fois qu’il entend du bruit quelque part, il se met à pleurer. Cela me déchire le cœur car je ne peux rien faire pour le calmer et le rassurer. »