« Nous vivons désormais sous les arbres » : la situation précaire des personnes déplacées à Jonglei, Upper Nile et Lakes, au Soudan du Sud
Après de violentes attaques dans les États de Jonglei et d’Upper Nile, des milliers de personnes ont survécu plusieurs jours dehors, sans suffisamment de nourriture, d’eau ou d’accès aux soins.
« J’ai vécu beaucoup de guerres, mais je n’ai jamais connu une situation de déplacement comme celle-ci, » raconte Moses, 77 ans, qui a fui sa maison à Lankien (État de Jonglei) lorsque les combats se sont intensifiés. « Je n’ai jamais vu les habitations de civils brûlées à ce point, réduites en cendres. Nous vivons maintenant sous les arbres. »
L’escalade de violence entre forces gouvernementales et groupes d’opposition dans et autour de Lankien (comté de Nyirol, Jonglei) et le long de la rivière Sobat, dans l’Upper Nile, a forcé des dizaines de milliers de personnes à quitter leur foyer.
Beaucoup de familles ont marché pendant plusieurs jours pour échapper aux attaques et aux villages incendiés.
Au moins 25 000 personnes ont trouvé refuge à Chuil (Jonglei), tandis que des milliers d’autres se sont dispersées dans les villages et zones marécageuses environnants.
D’autres ont fui vers Nyangore et Barmach, dans le comté d’Ulang (Upper Nile), et 28 000 personnes sont arrivées à Minkaman (État des Lakes).
Nombre d’entre elles ont dû fuir à plusieurs reprises.
La plupart sont arrivées sans rien et vivent désormais dehors, sans abri, ou dans des campements improvisés sans assez de nourriture, d’eau potable ni de soins de santé.
« C’est une question de vie ou de mort, » explique Nyamai, mère de trois enfants, qui vit dans un site de déplacement informel à Chuil. « À un moment donné, nous avons survécu en faisant bouillir des feuilles cueillies dans les arbres. »
MSF intensifie son soutien à des milliers de personnes privées de soins
Médecins Sans Frontières (MSF) renforce ses activités médicales et humanitaires dans le comté d’Ulang et à Chuil.
À Chuil, MSF a agrandi le centre de santé primaire permettant d’atteindre 60 lits, afin d’offrir des soins d’urgence, le traitement de la malnutrition, les services de santé maternelle et infantile et la stabilisation des blessés. Depuis fin février, les équipes ont :
- réalisé 2 200 consultations
- hospitalisé 172 patients
- référé 16 personnes pour un traitement spécialisé
MSF a également distribué des articles de secours à plus de 1 500 familles, notamment moustiquaires, couvertures, savon, jerrycans, serviettes hygiéniques, bâches plastiques et sacs de sable.
Pour améliorer l’accès à l’eau et l’assainissement, MSF construit 300 latrines et met en place une unité de purification de l’eau.
Les équipes se déplacent aussi en bateau dans les zones marécageuses pour organiser des cliniques mobiles à Yakuach, Tanakuacha et Pathiel.
Jusqu’à présent, 1 349 consultations ont été réalisées, et plusieurs patients ont été référés pour des soins plus spécialisés.
Plus de 70 employés de MSF, eux-mêmes déplacés après avoir fui Lankien, soutiennent aujourd’hui la réponse à Chuil.
Dans les semaines à venir, MSF ouvrira un nouveau poste de santé à Tanakuacha, tandis que les cliniques mobiles continueront leurs activités à Yakuach et Pathiel, incluant consultations externes, références médicales, santé mentale et santé sexuelle et reproductive.
À Minkaman (État des Lakes), MSF a effectué 2 210 consultations depuis début mars pour les nouveaux arrivants de Jonglei.
L’organisation a également fait don de matériel médical au centre de santé local et renforce sa capacité à répondre aux épidémies.
Les équipes EHA de MSF ont foré deux nouveaux puits, réparé des pompes manuelles, remis en état l’unité de traitement de l’eau de surface et construit des latrines d’urgence.
Déplacés par la violence, en quête de protection
« Les organisations humanitaires intensifient leurs activités dans la zone de Chuil et à Minkaman, mais la réponse reste insuffisante. De nombreuses communautés isolées n’ont toujours pas accès à une aide vitale, » déclare Zakaria Mwatia, chef de mission de MSF au Soudan du Sud. « Nous appelons d’urgence les autres acteurs humanitaires à renforcer leur intervention, notamment dans les zones les plus touchées et encore coupées de toute aide. Sans soutien continu, les risques d’épidémies et de nouveaux déplacements massifs pourraient rapidement tourner à la catastrophe. »
Les besoins restent extrêmement élevés, notamment en matière de nutrition, d’eau, d’assainissement et d’hygiène. Les dépistages menés par MSF à Chuil montrent que :
- 54 % des 1 263 enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition aiguë
- 21,5 % des 609 femmes enceintes et allaitantes sont également en malnutrition aiguë
La prise en charge des cas compliqués reste un défi majeur.
Des attaques continues contre les civils et les structures de santé
La crise se déroule dans une région où l’accès aux soins était déjà très limité.
En 2025, l’hôpital d’Ulang soutenu par MSF a été pillé et détruit, et le mois dernier, l’hôpital de Lankien a été bombardé — privant la région de ses deux principaux centres de référence.
« Nous observons un schéma profondément inquiétant d’attaques contre des structures de santé et des personnels soignants, en parallèle de violences contre les civils, » explique Tuna Turkmen, coordinatrice de projet d’urgence pour MSF.
« Chuil accueille aujourd’hui un grand nombre de civils fuyant les combats — des femmes, des enfants et des personnes âgées — et abrite l’une des rares structures de santé encore fonctionnelles. Beaucoup d’organisations humanitaires y coordonnent leurs activités. Il est essentiel que les communautés puissent accéder à ces services et que les travailleurs humanitaires puissent intervenir en sécurité. »
L’accès humanitaire reste limité et irrégulier. Un accès sûr, continu et sans entrave doit être garanti.
MSF appelle toutes les parties au conflit à ne pas viser les civils ni les infrastructures civiles — y compris les structures de santé.
De telles attaques constituent de graves violations du droit international humanitaire.