Toutes les réponses sur les opérations de recherche et sauvetage de MSF en Méditerranée

Dossier

Toutes les réponses sur les opérations de recherche et sauvetage de MSF en Méditerranée

MSF reprend ses opérations de sauvetage en mer Méditerranée centrale à bord de l'Ocean Viking et condamne l'inaction criminelle des gouvernements européens.

Mis à jour le mer, 08/21/2019 - 11:01

“Nous nous sentons humbles face à leur courage” : un jour dans la Clinique à bord de l’Ocean Viking

Voici le témoignage de Dr. Stefanie, responsable médicale à bord de l’Ocean Viking. Elle explique les besoins médicaux et en santé mentale des personnes sauvées.

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20 questions et réponses sur nos opérations

Pourquoi repartez en mer

Nous repartons en mer parce que des gens continuent de se noyer en Méditerranée centrale. Nous estimons que notre présence est nécessaire pour sauver des vies, et pour témoigner et élever la voix sur le coût humain des politiques inhumaines en jeu en mer Méditerranée. Parler ouvertement de ce dont nous sommes témoins est un point essentiel des valeurs de MSF, et fait partie intégrante de notre action dans tous nos projets dans le monde.

Depuis le début de l’année, plus de 500 hommes, femmes et enfants ont péri en tentant la traversée de la Méditerranée centrale. Sans compter qu’il ne s’agit que des décès documentés par l’OIM. Cette situation – combinée aux milliers de retours forcés dans des centres de détention dangereux et inhumains en Libye en proie aux conflits – démontre que la crise humanitaire est une problématique à long terme qui demeure irrésolue.

De moins en moins de gens arrivent en Europe, donc on a moins besoin de vous en mer ?

Plus de 8 000 personnes ont tenté de traverser la mer Méditerranée centrale au cours des six premiers mois de l'année. Et pendant cette période, il n’y a pratiquement eu aucun navire humanitaire dans la région. Quatre cent vingt-six hommes, femmes et enfants sont déjà morts cette année seulement en Méditerranée centrale. Et ce ne sont que ceux que nous connaissons. Tant que des personnes continuent de mourir en faisant ce passage, des navires de recherche et de sauvetage sont nécessaires.

Quels sont les changements depuis la fin des activités de l’Aquarius en décembre dernier ?

Malheureusement, la situation en mer Méditerranée et en Libye n’a fait que se détériorer depuis décembre dernier. Les politiques migratoires de l’UE visant à dissuader et à contenir à tout prix les personnes vulnérables en Libye n’ont fait qu’empirer. Ces politiques ont abouti à la mort de milliers de réfugiés, migrants et demandeurs d'asile en mer et en Libye, tandis que les rescapés restent enfermés dans une spirale d’abus.

Au cours des six premiers mois de 2019, les gouvernements européens ont continué à criminaliser et à bloquer les bateaux de recherche et sauvetage d’ONG, tout en soutenant la Garde côtière libyenne dans l’interception et le retour forcé en Libye de plus de 3 685 réfugiés, demandeurs d'asile et migrants. Pour le mois de juin uniquement, on dénombre plus de 1 300 retours forcés.

Cette année, au moins 426 personnes ont déjà perdu la vie en Méditerranée centrale. Cette route migratoire reste ainsi la plus meurtrière au monde. Face aux plus de 8 400 tentatives de traversée au cours du premier semestre de cette année seulement, le besoin d’opérations de recherche et sauvetage est clair. Tant que des personnes continueront de se noyer en mer en tentant de fuir la Libye alors que cela aurait pu être évité, et aussi longtemps que l’Union européenne négligera ses responsabilités, nous poursuivrons notre tentative de mener des activités de recherche et sauvegarde en Méditerranée centrale.

Quel est le nom du nouveau navire et quel pavillon bat-il ?

L’« Ocean Viking » est un navire norvégien, battant pavillon international norvégien.

L’Ocean Viking a été construit en 1986, il est long de 69 mètres sur 15,5 mètres de large. Si ses dimensions sont similaires à celles de l’Aquarius, l’Ocean Viking est plus rapide et plus facile à manœuvrer. Il est entièrement équipé pour réaliser des opérations de recherche et sauvetage avec quatre bateaux de sauvetage à grande vitesse, ainsi qu’une clinique médicale dotée de salles de consultation, de triage et de récupération. Le navire peut accueillir jusqu’à 200 rescapés à bord.

Où menez-vous vos opérations de sauvetage ? Dans les eaux nationales ? Internationales ?

Toutes les opérations de sauvetage ont lieu dans les eaux internationales en Méditerranée centrale entre la Libye, Malte et l’Italie, où la majorité des cas de détresse se produisent. En temps normal, nous patrouillons dans un rayon situé entre 24 et 40 miles nautiques des côtes libyennes.

Comment les opérations de sauvetage sont-elles coordonnées ?

Tout navire « est tenu de porter sur-le-champ assistance aux personnes en détresse… » dont il a connaissance. La coordination est assurée par le centre de coordination des opérations de sauvetage maritime reconnu, qui est actuellement le Centre conjoint de coordination des opérations de sauvetage (JRCC) libyen.

Où comptez-vous débarquer les personnes secourues ?

Le droit international dit clairement que les personnes secourues en mer doivent être conduites au lieu sûr le plus proche, comme stipulé par la Commission européenne et l’UNHCR. Étant donné que toutes nos opérations de sauvetage ont lieu dans les eaux internationales entre la Libye, l’Italie et Malte, les lieux sûrs les plus proches pour le débarquement des personnes secourues sont l’Italie ou Malte.

Pourquoi insistez-vous pour conduire les personnes en Europe? Pourquoi ne pas les ramener en Libye ? En quoi est-il si dangereux de renvoyer des personnes en Libye ?

Le droit international stipule clairement que les personnes secourues en mer doivent être conduites dans le lieu sûr le plus proche et qu’une opération de sauvetage ne peut pas être considérée comme terminée avant que cela n’arrive. Pour des opérations de sauvetage ayant lieu dans les eaux internationales entre la Libye, l’Italie et Malte, les lieux sûrs les plus proches sont l’Italie ou Malte. La Libye n’est pas considérée comme un lieu sûr de débarquement pour les migrants, réfugiés et demandeurs d'asile, comme stipulé par l’UNHCR et plus récemment réitéré par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme (OHCHR) en mai 2019 et par le Secrétaire général des Nations Unies après sa visite de Tripoli en avril 2019.

MSF ne le sait que trop bien, sur la base de notre action consistant à prodiguer des soins médicaux dans des centres de détention libyens : nous avons été témoins de la façon dont les personnes sont enfermées dans des conditions inhumaines et se trouvent dans une position vulnérable pour les abus, souvent prises dans le feu croisé du conflit en cours.

Bon nombre des personnes que nous avons secourues nous livrent des récits horribles. Parmi les abus, ils nous parlent de l’usage de la violence, de tortures, d'extorsion, de violence sexuelle et de travail forcé en Libye, ainsi que de détentions arbitraires dans des conditions inhumaines. Nous savons que les migrants, réfugiés et demandeurs d’asile connaissent des niveaux alarmants de violences et d’exploitation dans le pays. Les réfugiés, demandeurs d'asile et migrants ne peuvent en AUCUN cas être renvoyés en Libye.

Si l’on ne peut pas renvoyer les personnes en Libye, pourquoi pas en Tunisie ou dans un autre pays d’Afrique du Nord ?

Un sauvetage en mer n’est pas considéré comme terminé jusqu’au débarquement en lieu sûr de toutes les personnes à bord. Un « lieu sûr » désigne un endroit où les opérations de sauvetage sont considérées comme terminées et où la sécurité de la vie des rescapés n’est pas menacée, où leurs besoins humains fondamentaux peuvent être satisfaits et depuis lequel des modalités de transport sont possibles pour la prochaine destination ou destination finale des rescapés. La protection de leurs droits fondamentaux est également prise en compte, conformément au principe de non-refoulement* .

Afin d’évaluer si un endroit est un lieu sûr de débarquement, MSF tiendra compte d’une orientation par l’UNHCR et d’autres entités des Nations Unies et prendra en considération un certain nombre de critères, notamment :

  • L’existence ou non d’un système d’asile fonctionnel
  • La détention obligatoire des migrants, réfugiés et demandeurs d'asile et le risque de détention illimitée
  • Des garanties judiciaires, y compris la possibilité de contester un placement en détention
  • Les conditions de détention
  • Le risque de tortures et d’autres sévices, ainsi que le risque pour la vie
  • Le risque de transfert ultérieur et de refoulement indirect (refoulement en chaîne)
  • Le risque d’autres violations massives des droits de l’homme (comme la détention arbitraire, la déportation arbitraire, etc.)

À notre connaissance, la Tunisie ainsi que d’autres pays d’Afrique du Nord n’offrent actuellement pas ces garanties minimales. Ceci a été illustré plus récemment par les quelques cas de personnes secourues en mer qui ont fini par être débarquées en Tunisie (Sarost 5, Maridive 601). Si l’on venait à ordonner à l’Ocean Viking de débarquer en Tunisie, nous demanderions des garanties que ces protections minimales sont satisfaites. S’il se trouve que la Tunisie répond à ces critères, en droit et en pratique, cet endroit pourrait être considéré comme un lieu sûr

Agissez-vous comme un facteur d'attraction ? N’est-il pas vrai que la présence de bateaux d’ONG incite les gens à faire cette dangereuse traversée de la mer ?

Il est important de souligner – et cet aspect a été clairement mis en évidence à maintes et maintes reprises – que les personnes prennent la fuite quand ils sont en danger, indépendamment de la mise en service de bateaux de recherche et sauvetage civils.

Cette année, de plus en plus de personnes vulnérables ont essayé de fuir la Libye ; plus de 8 400 embarcations rudimentaires ont tenté la traversée au cours des six premiers mois de l’année (70 % d’entre eux rien qu’en mai et juin). L’absence de bateaux humanitaires en Méditerranée centrale au cours de cette période devrait dissiper l’allégation non fondée que nous sommes un « facteur d'attraction ». La réalité est que, même avec de moins en moins de bateaux humanitaires en mer, les personnes qui ont peu d’alternatives continueront à entreprendre cette traversée maritime mortelle, quels qu’en soient les risques. La différence à présent est que les gens courent plus le risque de perdre la vie que l’an dernier, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Tandis que l’UNHCR et d’autres organisations (dont MSF) en ont appelé à l’évacuation humanitaire des réfugiés et migrants de Libye depuis le début du conflit à Tripoli, la réalité est que pour chaque personne évacuée ou déplacée depuis le début du conflit, le 3 juillet, près du quadruple ont été forcées par la Garde côtière libyenne à retourner en Libye.

Le véritable problème, ce ne sont pas les facteurs d’attraction, mais les facteurs de départ. La violence, l’extorsion, la détention arbitraire et le sentiment général d’impuissance, la peur et le désespoir auxquels les migrants, réfugiés et demandeurs d'asile sont confrontés en Libye les forcent à tenter la dangereuse traversée de la Méditerranée.

Qui sont les personnes tentant la traversée ?

Au cours des presque trois années d’opérations à bord de l’Aquarius, nous avons secouru des personnes issues de plus de 35 pays. Nombre d’entre elles avaient des besoins de protection internationale et présentaient des vulnérabilités supplémentaires : mineurs non accompagnés, femmes voyageant seules, femmes enceintes, personnes handicapées, graves cas médicaux et victimes de tortures, de violence sexuelle, de traite des êtres humains et/ou de naufrage.

En 2018, les personnes secourues étaient majoritairement de sexe masculin : 81 % d’hommes, contre 19 % de femmes. Sur l’ensemble de ces personnes secourues, 23 % avaient moins de 18 ans.

Pratiquement toutes les personnes secourues ont transité par la Libye. Elles ont raconté à nos équipes les abus qu’elles ont subis, infligés par des contrebandiers, groupes armés et individus particuliers. Parmi les abus, elles nous parlent de l’usage de la violence (y compris de la violence sexuelle), de tortures et d’autres formes de sévices, d’exploitation financière et de travail forcé.

S’agit-il réellement de réfugiés ?

En tant qu’organisation médicale humanitaire, il n’est pas de notre ressort de juger de la crédibilité des demandes d’asile individuelles. Seuls les gouvernements ou l’UNHCR peuvent établir légalement cette distinction : lorsque nous débarquons les personnes secourues, elles sont reçues par les autorités étatiques pour pouvoir mener ce processus. En tant qu’opération de recherche et sauvetage, notre seul mandat consiste à sauver les personnes qui risquent la noyade en mer Méditerranée et à fournir une assistance médicale et une aide humanitaire tout en les conduisant dans un lieu sûr.

Si des personnes secourues en mer font connaître une demande d’asile, il y a lieu de respecter le droit international des réfugiés. Cela signifie qu’elles ne peuvent pas être débarquées dans leur pays d’origine ou le pays depuis lequel elles ont fui.

Quels sont leurs principaux besoins médicaux ?

L’équipe médicale de MSF dispense des soins d’urgence destinés à sauver des vies dans la clinique sur le navire ou, le cas échéant, à travers des évacuations médicales. L’équipe traite principalement des lésions dues à la traversée de la mer dans une embarcation inadaptée, comme la noyade, des brûlures de carburant, l’hypothermie et des écrasements. En outre, nous traitons également les effets physiques du manque d’hygiène et des conditions insalubres auxquels les personnes sont confrontées lors de leur périple ou enfermement dans des centres de détention. Cela implique beaucoup de violence, traumatisme ou lésions liées, ainsi que des maladies chroniques, exacerbées par la réduction d’accès aux dispositifs de santé. Les personnes nous racontent, par exemple, que des blessures par balle, des plaies infectées sont le résultat de tortures, de complications liées au diabète, de malnutrition, de suspicion de tuberculose, etc. Nous voyons aussi un nombre relativement élevé de femmes enceintes et de jeunes enfants, d’où la présence d’une sage-femme à bord.

MSF n’est-elle pas une organisation non politique ? Pourquoi cette position si ferme contre les politiques de l’Union européenne ?

MSF est une organisation médicale humanitaire. Nous sommes indépendants, neutres et impartiaux, et notre action est fondée sur l’éthique médicale. Notre mission en Méditerranée est de sauver des vies, mais nous ne pouvons pas garder le silence pendant que des gens souffrent. La crise en Méditerranée est le résultat de politiques inhumaines, alors que la mort et la souffrance peuvent être évitées par un changement de ces politiques. C’est pourquoi nous appelons les États de l’Union européenne à abandonner leurs politiques actuelles d’exclusion et de criminalisation, pour que plus aucune vie ne soit perdue inutilement. Les personnes qui fuient en traversant la Méditerranée doivent être traitées avec humanité, dignité et dans le respect des droits fondamentaux.

Quelle est la solution à la situation actuelle en mer Méditerranée ?

MSF est une organisation humanitaire. Nous assistons aux conséquences humanitaires dévastatrices de décisions politiques. Ce que nous avons vu lors de nos opérations en Méditerranée centrale et ailleurs en Europe, ce sont des politiques d’externalisation et de dissuasion visant à endiguer le flux de personnes coûte que coûte. Ces politiques ne font qu’entraîner des souffrances supplémentaires pour des personnes déjà extrêmement vulnérables.

En réalité, les gens qui ont peu d’alternatives, voire aucune, continueront à risquer leur vie en traversant la mer, quels que soient les risques. Nous demandons simplement à ce que plus aucune vie ne soit perdue inutilement et à ce que les personnes soient traitées avec humanité et dignité : à ce que leurs droits fondamentaux soient préservés.

Autant d’attentes que vous et moi aurions si nous étions contraints de fuir la guerre, la pauvreté et la détention dans des conditions inhumaines.

Êtes-vous en train de dire que nous devrions ouvrir les frontières ou totalement déréglementer la migration ?

En dépit de notre nom, MSF ne plaide pas en faveur d’une Europe « sans frontières ». La question n’est pas de défendre la liberté de mouvement des personnes ou le retrait des contrôles frontaliers. Il est question du droit des personnes de solliciter une voie de sortie, en reconnaissant que personne ne devrait mourir en tentant d’atteindre la sécurité.

Les personnes devraient-elles être évacuées ou rapatriées volontairement ?

MSF en appelle à une évacuation humanitaire sur-le-champ de la Libye pour les réfugiés et migrants exposés aux risques mortels les plus imminents, notamment ceux enfermés dans des centres de détention de Tripoli. MSF en appelle en outre à des solutions urgentes pour mettre un terme à la détention arbitraire et fournir des alternatives sûres aux réfugiés et migrants immobilisés à travers le pays.

Des évacuations humanitaires destinées à sauver des vies sont futiles si ces refoulements illégaux vers la Libye se poursuivent, et elles ne peuvent être couronnées de succès que si des pays sûrs, tels que le Royaume-Uni, France, Allemagne, États-Unis, Canada, Norvège, etc. accordent l’asile d’urgence à ces personnes d’une extrême vulnérabilité

Pourquoi les personnes ne peuvent-elles pas repartir dans leur pays d’origine ?

S’il existe actuellement des processus (comme le mécanisme de transit d’urgence de l’UNHCR et le Programme d'aide au retour humanitaire volontaire de l’OIM) pour faire sortir les réfugiés et migrants de Libye, ces dispositifs sont lents et inadaptés.

En réalité, nous craignons que ces propositions de renvoyer les migrants et réfugiés offrent un faux choix aux personnes enfermées dans des centres de détention en Libye, où les conditions et perspectives sont mauvaises. De la même façon que ces conditions incitent les personnes à risquer leur vie en mer, elles peuvent les rendre plus susceptibles de poursuivre le rapatriement afin d’échapper à ces conditions, même en cas de demande d’asile légitime.

Tandis qu’en Libye il n’existe pas de lieu sûr permettant de garantir la protection des réfugiés et migrants, les personnes en détention doivent être protégées, et celles tentant d’atteindre l’Europe doivent voir leur demande d’asile entendue.

Mais il faut assurément mettre un terme à la crise européenne des réfugiés ? L’Europe ne peut plus accepter d’autres personnes !

L’Europe doit replacer dans son contexte la « crise européenne des réfugiés ». Il ne s’agit pas d’une crise liée à la migration, mais d’une crise politique. En réalité, le nombre d’arrivées en Europe connaît actuellement ses plus faibles niveaux depuis des années.

En attendant, lorsque les hommes politiques européens évoquent des quantités élevées de réfugiés et migrants arrivant en Europe, ces derniers ne sont en réalité qu’une fraction des personnes déplacées dans le monde. En 2018, 139 300 réfugiés et migrants sont arrivés en Europe, soit le plus faible nombre en cinq ans.

Actuellement, 70,8 millions de personnes ont été contraintes de quitter leur pays d’origine dans le monde . 41,3 millions sont déplacées en interne ; 25,9 millions sont des réfugiés ; et 3,5 millions sont des demandeurs d'asile. 

85 % de ces personnes sont hébergées dans des pays en voie de développement, avec près de 60 % des déplacés de force au Sud Soudan, en Afghanistan et en Syrie. Enfin, ce sont des pays tels que la Turquie, l’Ouganda, le Pakistan, le Liban et l’Iran qui accueillent le plus de réfugiés, et non l’Europe.

La baisse du nombre d’arrivées ne démontre-t-elle pas le succès des politiques migratoires de l’Union européenne ?

Si la mesure du succès est la mort de milliers de réfugiés et migrants victimes de la noyade en Méditerranée et la souffrance constante des personnes enfermées en Libye, la réponse est « oui ». Si le succès signifie sacrifier la vie d’hommes, de femmes et d’enfants vulnérables en détresse en mer, dans le seul but de dissuader les autres personnes en situation similaire de demander refuge en Europe, alors oui, on pourrait considérer ces politiques comme un succès.

En tant qu’organisation médicale humanitaire, nous mesurons le succès en termes d’humanité. La situation actuelle démontre uniquement qu’en mettant en œuvre des politiques migratoires qui visent à dissuader et contenir les personnes en Libye coûte que coûte, les gouvernements européens ont sciemment provoqué des milliers de morts et la souffrance de dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants vulnérables. Nous ne considérons pas ce fait comme un succès.

 

CONFLIT EN LIBYE

Ce retour en mer intervient après une intense campagne menée depuis deux ans par les gouvernements européens afin de mettre un terme à la quasi-totalité de l'action humanitaire en mer, et alors que les violentes politiques provoquant la mort de personnes en mer et la souffrance d’autres en Libye, pays déchiré par un conflit, sont devenues la norme.