2 ans de travail essentiel au hub humanitaire de Bruxelles

Dossier

2 ans de travail essentiel au hub humanitaire de Bruxelles

Depuis septembre 2017, une population de migrants et de réfugiés réside dans et autour du parc Maximilien et de la gare du Nord de Bruxelles.

Médecins Sans Frontières prodigue des soins en santé mentale à ce groupe de personnes dans le cadre d’un projet commun avec d’autres organisations humanitaires belges et d’initiatives citoyennes (Médecins du Monde, CIRÉ, Vluchteling Werk Vlaanderen, Oxfam Solidarité et la Plateforme Citoyenne de Soutien aux Réfugiés) : le hub humanitaire.

Mis à jour le lun, 09/30/2019 - 11:58

Bilan de deux ans de travail au hub humanitaire

Pas le temps de tout lire ? On vous a résumé la situation: 

3 questions sur le travail de msf

Qu’est ce qui a motivé l’engagement de MSF au sein du hub humanitaire ?

Ces dernières années, des milliers des migrants qui arrivaient, ou cherchaient à arriver en Europe, n’ont pu avoir accès aux services de base malgré leurs vulnérabilités et besoins. Souvent, ces vulnérabilités sont liées aux traumas dans leurs pays d’origine ainsi qu’à leur trajet migratoire, mais aussi au manque de réception digne dans les pays d’accueil. Pire encore, de plus en plus, ce sont les politiques et mesures de dissuasion des Etats européens qui ont un impact négatif sur leur santé physique et mentale. À de nombreuses occasions, face à une grave absence des autorités publiques, c’est l’engagement des organisations de la société civile, des volontaires et de simples citoyens solidaires qui a permis à ces hommes, femmes et enfants de pouvoir accéder à des services de base.

MSF a observé des situations similaires dans plusieurs contextes européens et, en tant qu’organisation humanitaire, nous avons été interpellés afin d’apporter notre contribution. La Belgique n’est malheureusement pas une exception. Ici, nous avons décidé de répondre aux besoins de ces personnes, et de le faire en reconnaissant le travail et les spécificités des autres acteurs de la société civile. Ceci explique notre collaboration avec les autres organisations du hub humanitaire et la décision de se concentrer sur les énormes besoins en santé mentale de cette population.

Travailler au sein du hub humanitaire nous semblait la meilleure approche pour plusieurs raisons : répondre aux besoins de première nécessité dans un même lieu, avec d’autre acteurs, augmente la capacité de ces personnes à accéder à nos services et favorise le référencement en interne. En effet, disposer d’un psychologue, médecin, assistant social, de la distribution de vêtement au même endroit améliore directement l’efficacité de la prise en charge et peut avoir un impact positif également sur l’état de santé mentale de la personne.

Quels sont les résulats observés depuis 2 ans?

Il y a deux ans lors de l’ouverture du hub humanitaire, nous avons ouvert une boite de pandore. Les besoins étaient là, énormes, mais ils étaient cachés. En travaillant au sein de ce projet, nous avons pu avoir un accès plus direct à cette population fragilisée et constater les énormes besoins en santé mentale ainsi que le manque d’accès aux autres services disponibles. Nous avons pu aussi constater que la santé mentale de cette population s’améliore lorsque celle-ci a accès à des services de base tel qu’un abri, des soins médicaux ou simplement la possibilité de pouvoir recréer des liens familiaux. 

En deux ans, nous avons multiplié par sept notre personnel pour répondre de façon adéquate aux besoins. Depuis le début de ce projet, nous avons également mis en place une ligne de soins spécialisés pour assurer un suivi des cas nécessitant une continuation dans la prise en charge. Nous avons aussi développé des collaborations avec des hôpitaux et des centres de santé mentale à Bruxelles.  En deux ans, nos équipes ont réalisé 3234 consultations en santé mentale avec 838 nouveaux cas, 1801 consultations de suivis, 522 consultations psychiatriques et 64 consultations sociales. 

Quid du futur?

Dans nos projets dans le monde, nous savons que l’expérience migratoire peut avoir un impact négatif sur la santé mentale. Ces hommes, femmes et enfants sont souvent parmi les plus marginalisés de nos sociétés et les réponses pour eux sont loin d’être adéquates. En tant que MSF, nous pensons que les personnes en souffrance doivent avoir accès à des soins adaptés à ces besoins. Pour cette raison, une intégration de la problématique de la santé mentale et de la migration dans le système de soins régulier belge est nécessaire. En tant que MSF, nous continueront à répondre à leurs besoins au sein du hub, à faire du plaidoyer pour que les autorités politiques et médicales belges puissent prendre en charge les besoins en santé mentale, ainsi que les autres services basiques, de manière plus structurelle.  

Interview de notre chef de mission Belgique

 

Des conditions de vie qui fragilisent leur état en santé mentale

En juillet 2018, les chercheurs de MSF ont interrogé 47 visiteurs du projet à l’aide d’un questionnaire semi-structuré et d’une interview afin de déterminer leurs besoins, leur trajectoire et leurs projets pour l’avenir, leur expérience de la violence et de la discrimination ainsi que la façon dont ils perçoivent l’accueil en Belgique et les services au sein du hub humanitaire. Les résultats ont été consignés dans un rapport.

File devant le hub quand celui-ci se trouvaient encore Gare du Nord
File devant le hub quand celui-ci se trouvaient encore à la Gare du Nord de Bruxelles © Albert Masias. 2018.

LES TROIS POINTS À RETENIR :

  1. Seulement 4 des 47 personnes interrogées avaient l'intention de se rendre au Royaume-Uni dès le début de leur périple. Les autres semblent avoir commencé à y penser une fois qu’elles étaient déjà en Europe, après l’échec de leur tentative de s’y installer et face à tous les évènements qui ont contribué à alimenter leur déception et désillusion. 
  2. Parallèlement aux désillusions par rapport à l’Europe, leurs souffrances psychologiques augmentent également. Une personne sur 4 attribue ses problèmes psychologiques à des expériences vécues en Europe (conditions de vie médiocres, incertitude quant à la procédure à suivre, comportement de la police...). Bien que tous les migrants et réfugiés interrogés aient subi des formes de violences avant leur arrivée en Europe, ils développent ici de l’anxiété, des troubles liés à une dépression et des pensées suicidaires.
  3. MSF, avec  les autres partenaires du hub, plaide pour une application plus fluide du règlement de Dublin et la création de centres d'accueil et d'orientation pour ce groupe de personnes.

Lire notre rapport 

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