Syrie

Entré dans sa septième année, le conflit en Syrie a atteint de nouveaux pics de violence. Des millions d’habitants ont désespérément besoin d’aide.

En Syrie, civils, zones civiles et infrastructures civiles ont encore subi des attaques directes en 2017. Les offensives militaires dans tout le pays ont fait des milliers de morts et de blessés, et forcé des centaines de milliers de personnes à fuir. Onze structures médicales soutenues par Médecins Sans Frontières (MSF) ont été touchées à 12 reprises par des bombardements ou des tirs de mortiers, lors d’attaques ciblées ou aveugles.

Les équipes de MSF analysent les besoins médicaux et humanitaires à Al Mishlab, à l'est de Raqqa. © Diala Ghassan, novembre 2017
Les équipes de MSF analysent les besoins médicaux et humanitaires à Al Mishlab, à l'est de Raqqa. © Diala Ghassan, novembre 2017

En Syrie, MSF offre une assistance médicale et humanitaire, mais l’insécurité et les restrictions d’accès entravent sévèrement ses activités.

MSF négocie toujours l’accès avec les autorités officielles ou de facto qui contrôlent une zone. Mais le groupe État islamique n’a fourni aucune garantie depuis qu’il a enlevé des membres du personnel de MSF en 2014, et le gouvernement syrien n’a pas délivré d’autorisation de travailler, malgré des demandes répétées.

Là où l’accès a pu être négocié, MSF a géré ou soutenu directement six hôpitaux et sept centres de santé en 2017, et a déployé six équipes de cliniques mobiles et six équipes de vaccination dans les régions contrôlées par l’opposition au nord du pays.

Lorsqu’il était impossible de se déployer ou de maintenir une présence, MSF a continué de soutenir à distance des structures médicales, le plus souvent depuis les pays voisins. MSF a ainsi fourni des médicaments, du matériel médical et de secours, de la formation au personnel médical en Syrie, des conseils médicaux techniques et une aide financière pour couvrir les frais de fonctionnement des structures concernées. Dans les zones assiégées, le soutien clandestin de MSF a été d’autant plus crucial que les forces assiégeantes retiraient parfois des fournitures médicales essentielles des convois d’aide officiels. En 2017, les structures soutenues à distance par MSF ont reçu plus de 2,6 millions de consultations ambulatoires, pratiqué 158 000 interventions chirurgicales majeugres et mineures, assisté plus de 38 000 accouchements et hospitalisé plus de 152 000 patients. Certaines dépendent totalement du soutien de MSF, mais d’autres sont aidées par diverses organisations. C’est pourquoi ces chiffres ne peuvent être entièrement imputés aux programmes de MSF.

Gouvernorat de Raqqa

En juin, les Forces démocratiques syriennes (FDS), appuyées par une coalition internationale dirigée par les États-Unis, ont lancé une offensive pour prendre le contrôle de la ville de Raqqa. Quand les lignes de front se sont rapprochées de la ville, les civils se sont retrouvés piégés et l’insécurité était telle qu’il était très difficile d’atteindre les populations dans le besoin. MSF a installé une unité de stabilisation médicale près des lignes de front pour améliorer les chances de survie des personnes blessées dans les combats ou en fuite hors de la ville.

En novembre, après l’apaisement des combats, MSF a été une des rares organisations à commencer à offrir une aide médicale dans Raqqa, via une unité de soins primaires et une unité de stabilisation. De nombreux habitants de retour ont été blessés ou tués par des pièges, des engins explosifs artisanaux, des mines et des munitions dispersées dans la ville. MSF a traité 233 patients blessés ainsi au cours des six dernières semaines de 2017.

L’hôpital de Tal Abyad a été en partie endommagé dans une offensive dirigée par les FDS pour prendre le contrôle de la ville. MSF a commencé à y travailler en partenariat avec les autorités sanitaires locales, en prévision d’un afflux de blessés de guerre venant de Raqqa et environs. MSF a soutenu les principaux services de cet hôpital, dont la pédiatrie, la maternité, la chirurgie, la vaccination, la thalassémie et la santé mentale. Pendant l’offensive de Raqqa, l’équipe a admis des centaines de patients nécessitant des interventions chirurgicales majeures, dont 73% étaient considérées comme vitales. Plus de la moitié étaient liées au conflit, principalement à des explosions.

Le camp de déplacés d’Aïn Issa, au nord de Raqqa, est devenu un camp de transit officiel pour déplacés. Face à l’afflux d’arrivants, les équipes ont distribué des secours tels que matelas, couvertures et kits d’hygiène. Elles ont assuré l’approvisionnement en eau et l’assainissement, sont intervenues lors d’une épidémie de rougeole et ont effectué des vaccinations de routine. Elles ont aussi construit une clinique de soins médicaux et psychologiques, et soutenu un centre de soins primaires géré par des volontaires.

En juillet, MSF a remis en état un centre de soins primaires à Tabqa et a commencé à offrir des consultations médicales, des soins en santé mentale et en physiothérapie aux déplacés. Au nord de Tabqa, une équipe du camp de déplacés de Twahina a administré des vaccinations contre la rougeole et fourni des soins primaires.

En 2017, dans le gouvernorat de Raqqa, MSF a soutenu ou effectué la vaccination de plus de 100 000 enfants qui vivaient souvent dans des zones auparavant inaccessibles.

Governorat de Hassaké

Au nord-est de la Syrie, des combats intenses ont fait des milliers de victimes, causé des déplacements massifs et gravement endommagé les structures de santé. De nombreux blessés ont été traités au service des urgences remis en état par MSF dans le principal hôpital de référence de Hassaké.

Comme à Raqqa, lorsque la violence a diminué et que les gens sont revenus chez eux, l’équipe a enregistré une nette hausse du nombre de blessés par des engins explosifs abandonnés ou placés dans les maisons, sur les terres agricoles et le long des routes.

En 2017, MSF a traité près de 3800 patients aux urgences et pratiqué 563 interventions chirurgicales.

MSF a aussi géré deux centres de soins primaires à Hassaké et des cliniques mobiles et fixes dans des camps de déplacés, en se concentrant sur la santé mentale et génésique, et le traitement des maladies non transmissibles (MNT) telles que l’hypertension et le diabète.

Gouvernorat d’Alep

Dans le district d’Azaz du gouvernorat d’Alep, MSF soutient toujours pleinement l’hôpital d’Al Salamah, qui dispense des soins primaires et secondaires. Aucune vaccination de routine n’a été administrée dans cette zone depuis 2014. MSF a donc lancé une vaste campagne de vaccination.

En mars, en réponse à un afflux massif de déplacés provoqué par les combats au nord de la Syrie, MSF a commencé à travailler à l’hôpital de Manbij, en partenariat avec les autorités sanitaires locales. Les équipes ont déployé des cliniques mobiles dans les environs et dans les camps, et effectué des vaccinations dans tout le district.

À Kobané/Aïn al-Arab, MSF collabore avec les autorités sanitaires locales pour remettre en état les structures de santé de base, et assure consultations ambulatoires, vaccinations et soutien psychologique. En 2017, l’équipe a construit un département de soins ambulatoires, et soutenu le service des urgences, l’unité de soins intensifs, la maternité, le bloc opératoire et les soins infirmiers à l’hôpital général de Kobané, en assurant la supervision, la formation et l’approvisionnement en médicaments.

Gouvernorat d’Idlib

Le camp de réfugiés surpeuplé d'Idlib. © Mohammed Homidan, juin 2018
Le camp de réfugiés surpeuplé d'Idlib. © Mohammed Homidan, juin 2018

Tout au long de 2017, MSF a soutenu les programmes de vaccination au nord du gouvernorat et déployé des équipes mobiles pour porter secours aux personnes arrivant dans les camps et campements. Les équipes ont offert des consultations médicales, distribué des kits de survie pour l’hiver et des kits d’hygiène, et assuré l’approvisionnement en eau et l’assainissement.

Dès novembre, MSF s’est concentré sur l’aide médicale directe aux personnes atteintes de MNT, a aidé les équipes des centres de soins primaires de Taqad et Tal Krysian et a déployé des cliniques mobiles dans les villages isolés.

MSF a intensifié son soutien à distance aux patients qui ont subi une greffe de rein dans le gouvernorat, assurant ainsi à plus de 90 personnes l’accès en continu à des soins vitaux.

À Qunaya, MSF a signé un accord de cogestion avec l’hôpital de référence régional et a déployé cinq membres du personnel permanents pour assurer une supervision matérielle et technique dans tous les services.

MSF offre toujours des soins spécialisés aux brûlés à l’hôpital d’Atmeh, comprenant chirurgie, greffes de peau, pansements, physiothérapie et soutien psychologique.

Gouvernorat de Homs

Dans le nord de Homs, assiégée et contrôlée par l’opposition, MSF soutient à distance huit structures médicales, y compris pour les patients ayant subi une greffe de rein ; 26 en ont bénéficié.

Gouvernorat de Rif Dimashq

Les bombardements de la coalition du gouvernement syrien et l’intensification du siège qui ont précédé les accords dits de « réconciliation », ont coupé les voies d’accès de MSF aux communautés des zones fortement pilonnées de Rif Dimashq, au centre de la Syrie. Les besoins médicaux y restent immenses.

En mai, MSF a suspendu toute aide médicale dans la Ghouta orientale pendant environ un mois suite au non-respect des soins durant une période d’intenses combats entre groupes d’opposition armés dans la zone.

Durant l’année, MSF a réduit de 33 à 22 le nombre de structures inclues dans son programme d’aide à distance dans le gouvernorat de Rif Dimashq, pour se concentrer sur les cliniques et hôpitaux les plus pertinents sur le plan médical. Les besoins médicaux non liés à des traumatismes sont en effet autant prioritaires que les blessures de guerre.

Gouvernorats de Deraa et Quneitra

MSF a offert une aide médicale, technique et logistique à huit structures de santé du sud de la Syrie pour améliorer l’accès aux soins pour les déplacés et les communautés locales de Deraa et Quneitra. MSF a aussi conçu un service de télémédecine qui sera déployé début 2018.