D'enfant réfugié à coordinateur médical international MSF

Un camp de réfugiés n'est pas l'endroit idéal pour qu’un enfant grandisse. Le manque de nourriture, les abris et soins médicaux inadéquats, ainsi que le manque de structures d'éducation sont tous courants dans un camp de réfugiés. C'est là que j'ai grandi.

Je m'appelle Thok Johnson Gony. Je suis né à Bor, dans la région du Nil Supérieur au Soudan à l’époque, en 1975. Trois ans après la signature d'un accord de paix mettant fin à la première guerre civile soudanaise.  Perplexe quant à la durabilité de cet accord, ma famille s'est réfugiée dans le camp  d'Itang en Éthiopie, où j'ai commencé mes études primaires.

Thok Johnson, en novembre 2012, travaillait en tant qu’infirmier dans un projet mère-enfant dans la ville de Goronyo, dans le nord du Nigeria. © Dirk-Jan van der Poel, novembre 2012
Thok Johnson, en novembre 2012, dans un projet mère-enfant dans la ville de Goronyo, dans le nord du Nigeria. © Dirk-Jan van der Poel

Beaucoup de souffrances

En tant qu'enfant réfugié, j'ai failli perdre la vie à cause de la rougeole. Vivre aujourd'hui est en soi un miracle. J'ai traversé beaucoup de souffrances. Quand je me souviens de mon enfance, j’ai les larmes aux yeux. Le camp de réfugiés était rempli de détresse, de misère et de désespoir. Nous dépendions des agences humanitaires pour la nourriture et les abris. Sur le plan de l’intégration, nous nous sommes parfois confrontés à un accueil hostile de la part des communautés.  Assez souvent, la vie vous entraîne dans un torrent agité se déplaçant entre les roches. Ce n’est pas une vie pour un enfant.

Face à tant de souffrance subie dès mon plus jeune âge, j'ai appris que je devrais avoir un but dans la vie. Je me suis délesté de cette angoisse qui me consumait. Ainsi, j'ai commencé à exceller à l'école, passant les niveaux d’études les uns après les autres.

Mon rêve : devenir professionnel de la santé

Grandir en voyant des professionnels de la santé sauver des vies dans le camp de réfugiés, y compris la mienne, m'a profondément ému. Leur empathie m'a beaucoup inspiré. C’est à ce moment-là que j'ai décidé de devenir un professionnel de la santé. Je croyais qu’à travers la pratique médicale, il me serait possible de retourner la faveur qu’on m’a faite au moment où j’avais le plus besoin d’aide. Le désir ardent d'aider directement les personnes qui ont besoin de soins médicaux est devenu ma plus grande motivation.

Début en tant que travailleur national

Après avoir obtenu mon diplôme d’infirmier, j'ai commencé à travailler pour MSF en 2000 à l'hôpital Akobo, au Soudan à l'époque, à la frontière avec l'Éthiopie. J'ai travaillé dans plusieurs services, notamment celui consacré aux interventions face aux épidémies, mais aussi dans les services de nutrition et d'urgence médicale.

Hôpital de MSF à Leer, au Soudan du Sud. Thok Johnson a travaillé ici pendant trois ans. © Svenja Kuehnel, février 2008
Hôpital de MSF à Leer, au Soudan du Sud. Thok Johnson a travaillé ici pendant trois ans. © Svenja Kuehnel, février 2008

J'ai ensuite travaillé avec MSF sur d’autres théâtres d’intervention. L’une des expériences les plus remarquables dont je me souvienne est l’intervention médicale à Maban, juste après la déclaration d’indépendance du Soudan du Sud  ex-territoire du Soudan. Je me souviens de l'afflux de rapatriés et de la multitude de cas médicaux auxquels nous avons dû faire face.

Travailler aux côtés de professionnels de différentes régions du monde a renforcé mon expertise et m'a montré la beauté de l'humanité. Je voulais aller loin pour aider les personnes dans le besoin.

missions à l'étranger

En 2010, j'ai postulé pour faire partie du personnel international de MSF. Quand j’ai appris que j’étais sélectionné, j’ai éprouvé des sentiments mitigés. Premièrement, je n’arrivais pas à croire que mon dur travail avait pris le dessus sur les souffrances de mon enfance. Deuxièmement, j'étais excité parce que je savais que j’allais emporter l’étendard du Soudan du Sud dans le monde entier  en tant que travailleurs humanitaire spécialisé dans les soins de santé - mon rêve d'enfant ! Mon sourire ne m’a pas quitté de la journée.

L’impatience de partir pour ma première mission a commencé à grandir. En tant que professionnel, j’ai imaginé comment serait la vie dans un pays étranger et comment je pourrais nouer des contacts avec d’autres expatriés du monde entier. Comment serai-je accueilli par mes collègues, comment serai-je perçu  ? Toutes ces questions que j’avais à l’esprit augmentaient mon état de nervosité et d’excitation.

Thok Johnson a travaillé en tant qu’infirmier dans un projet mère-enfant dans la ville de Goronyo, dans le nord du Nigeria. La fillette qu'il nourrit s'appelle Fatima Kassim. © Dirk-Jan van der Poel, janvier 2013
Thok Johnson a travaillé en tant qu’infirmier dans un projet mère-enfant dans la ville de Goronyo, dans le nord du Nigeria. © Dirk-Jan van der Poel, janvier 2013

Depuis 2012, j’ai travaillé dans différents projets à travers le monde. J’ai évolué au sein de l’organisation, je suis passé de membre du personnel médical à coordonnateur médical en Afghanistan, où nous avons notamment ouvert un projet de prise en charge des personnes atteintes de tuberculose résistante aux médicaments.

Mon expérience dans les pays où j'ai travaillé montre que le Soudan du Sud regorge de professionnels capables de travailler n’importe où dans le monde.

D'enfant réfugié à coordinateur médical international. N’est-ce pas une belle aventure ?

Medisch coördinator bij Artsen Zonder Grenzen
Témoignage de

Thok Johnson Gony

Medisch coördinator bij Artsen Zonder Grenzen