Sauvetage d'un nourrisson en mer Méditerranée

Voici l'histoire tragique de ce nourrisson sauvé d'un naufrage en pleine mer Méditerranée. Michael Bunel, photojournaliste de Brut était à bord du Geo Barents, le bateau de Médecins Sans Frontières. Il raconte.

Les équipes MSF ont secouru 71 autres personnes, qui se trouvent maintenant à bord du Geo Barents.

Dans l'après-midi du 27 juin, l'équipe MSF a secouru 71 personnes d'un bateau pneumatique en détresse. 22 personnes sont portées disparues, trois personnes ont été stabilisées, dont de très jeunes enfants, et une femme est décédée plus tard à bord, après 30 minutes de réanimation.  Une femme et son bébé dans un état critique ont également été évacués vers Malte au cours de la même nuit. © Anna Pantelia/MSF
Dans l'après-midi du 27 juin, l'équipe MSF a secouru 71 personnes d'un bateau pneumatique en détresse. 22 personnes sont portées disparues, trois personnes ont été stabilisées. © Anna Pantelia/MSF

Au moins 22 personnes sont portées disparues, et une femme enceinte est décédée, à la suite du naufrage d'un bateau pneumatique en Méditerranée centrale le 27 juin. L'équipe de recherche et de sauvetage du Geo Barents, le bateau de MSF, a secouru 71 survivants. MSF appelle maintenant les autorités maltaises et italiennes à assigner un lieu sûr pour le débarquement de ces personnes dès que possible.

Hier, un bateau en détresse a été intercepté par les garde-côtes libyens avant que le Geo Barents ne puisse lui porter assistance. Quelques heures plus tard, Alarm Phone, un système d’alerte à destination des embarcations en détresse en Méditerranée Centrale, a émis une alerte pour un autre bateau en détresse dans la zone, à laquelle les équipes MSF ont répondu. Le Geo Barents a navigué pendant trois heures avant d'atteindre ce canot pneumatique qui était en train de couler. Ses passagers luttaient pour ne pas se noyer, et beaucoup d'entre eux étant déjà à la mer.

Une femme enceinte n'a pas survécu.

L'équipe MSF a secouru les personnes encore en vie et a ramené à bord une femme enceinte qui n'a pas survécu malgré les efforts de l’équipe médicale pour la réanimer. Trois autres personnes ont dû recevoir des soins d'urgence, dont un bébé de quatre mois qui a ensuite été évacué vers Malte avec sa mère. Aujourd'hui, l'équipe MSF s'occupe des autres survivants, dont la plupart sont extrêmement faibles et en état de choc.

« Hier, nous avons été confrontés à un cauchemar. Lorsque nous nous sommes rapprochés de ce bateau en détresse et que nous avons pu le voir avec nos jumelles, nous avons compris à quel point ce sauvetage serait compliqué », explique Riccardo Gatti, chef de l'équipe de recherche et de sauvetage à bord du Geo Barents. « Le bateau était en train de couler avec des dizaines de personnes à bord, alors que beaucoup d’autres étaient déjà dans l'eau ».

Alors que l'équipe continue de recueillir des informations sur les personnes disparues, deux femmes ont déjà affirmé à nos équipes qu'elles avaient perdu leurs enfants en mer ; une autre jeune femme a expliqué avoir perdu son petit frère. Les équipes mènent actuellement des entretiens avec les survivants afin de récolter des précisions sur la disparition de plus d'une douzaine d'autres personnes.

Les survivants sont épuisés.

« Nous sommes restés en mer pendant 19 heures avant d'être secourus », déclare un homme originaire du Cameroun qui a été secouru la nuit dernière et qui est maintenant en sécurité à bord du Geo Barents. « Pendant toutes ces heures, j'ai vu de nombreuses personnes se noyer. Je suis heureux d'avoir été sauvé mais c’est une joie mêlée aux larmes ».

« Les survivants sont épuisés ; beaucoup ont ingéré de grandes quantités d'eau de mer et plusieurs personnes ont souffert d'hypothermie après avoir passé de nombreuses heures dans l'eau », explique Stephanie Hofstetter, chef de l'équipe médicale de MSF à bord. « Au moins 10 personnes, principalement des femmes, souffrent de brûlures moyennes à sévères à cause du carburant. Elles ont besoin de soins plus importants que ceux qui peuvent être délivrés à bord ».

Dans L'équipe MSF a secouru 71 personnes vers Malte. © Anna Pantelia/MSF
L'équipe MSF a secouru 71 personnes vers Malte. © Anna Pantelia/MSF

La Méditerranée reste la frontière la plus meurtrière.

« Cet événement choquant est la conséquence de l'inaction et du désengagement des pays Européens, en particulier l'Italie et Malte, en mer Méditerranée », explique Juan Matias Gil, responsable des activités de recherche et de sauvetage de MSF. « Des milliers de personnes continuent de perdre leur vie aux portes de l'Europe, dans un silence et une indifférence absolue de la part des États de l'UE ».

Aujourd'hui, la mer Méditerranée reste la frontière la plus meurtrière au monde, avec 24 184 migrants disparus recensés depuis 2014 et 721 pour la seule année 2022. Les États membres de l'UE et les États frontaliers de la mer Méditerranée condamnent des personnes à se noyer à cause de leurs politiques de non-assistance. MSF demande à tous les États membres de l'Union européenne de garantir un dispositif de recherche et de sauvetage dédié et proactif en Méditerranée centrale, et d'apporter une réponse rapide et adéquate à tous les appels de détresse.

Le Geo Barents se dirige maintenant vers l'Italie et a contacté les autorités maltaises et italiennes pour trouver un port sûr.

MSF mène des activités de recherche et de sauvetage en Méditerranée centrale depuis 2015

Au moyen de huit navires différents (seuls ou en partenariat avec d'autres ONG), les équipes ont porté assistance à plus de 85 000 personnes. Le Geo Barents est actuellement le seul navire de recherche et de sauvetage affrété par MSF.
Entre juin 2021 et mai 2022, le navire a pris la mer 11 fois et a mené 47 opérations de sauvetage, sauvant 3 138 personnes et récupérant les corps de 10 autres personnes mortes en mer. Les équipes MSF à bord ont effectué 6 536 consultations médicales pour des soins de santé primaire, de santé sexuelle et reproductive et de santé mentale.