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Les migrants livrés à eux-mêmes dans les îles grecques du Dodécanèse


Depuis le début de l’année, plus de 46 000 réfugiés sont arrivés par la mer depuis la Turquie dans les îles grecques, et particulièrement dans les îles du Dodécanèse, fuyant la guerre, la violence et la pauvreté dans leurs pays d’origine. Depuis mars 2015,  MSF travaille sur l’île de Kos pour apporter des soins aux migrants et réfugiés à leur arrivée.

Une famille afghane attend l’autorisation de police pour quitter l’île de Kos. © Alessandro Penso
Une famille afghane attend l’autorisation de police pour quitter l’île de Kos. © Alessandro Penso

« Il semble que la position de l’Union Européenne est de voir dans les migrants et réfugiés des ennemis. Ils veulent construire des murs, déployer des militaires, limiter ou même refuser l’assistance, tout ce qui peut garder ces gens en-dehors, explique Stathis Kyroussis, chef de mission pour MSF en Grèce. J’ai travaillé dans beaucoup de camps de réfugiés avant, au Yémen, au Mozambique et en Angola. Mais ici sur cette île de Kos, c’est la première fois de ma vie que je vois des gens totalement abandonnés. »

Dans l’île de Kos, la plupart des migrants, qui arrivent dans des canots pneumatiques bondés  depuis la Turquie, sont dirigés par les autorités vers un vieil hôtel désaffecté, le Captain Elias, un bâtiment délabré et abandonné à la périphérie de la ville de Kos.

La plupart viennent d’Afghanistan et de Syrie, mais il y a aussi des Irakiens, des Iraniens et des Bangladeshis qui fuient la guerre, la violence et la misère dans leur pays d’origine. Beaucoup sont arrivés sur l’île de Kos depuis la Turquie, dans des petits canots pneumatiques bondés, et les autorités de Kos les ont dirigés vers ce vieux bâtiment, le seul endroit mis à disposition des migrants par les autorités en attendant la permission de la police de quitter l’île, une autorisation qui peut prendre plusieurs semaines.

Une assistance inexistante

Les autorités ont identifié l’hôtel abandonné Captain Elias parce qu’il est éloigné du centre-ville et jettent les gens là-bas sans information, sans assistance, sans provisions, rien…

« Les autorités ont identifié l’hôtel abandonné Captain Elias parce qu’il est éloigné du centre-ville et jettent les gens là-bas sans information, sans assistance, sans provisions, rien… , décrit Stathis Kyroussis. Ce que nous voyons chaque jour est complètement inacceptable. Il semble qu’il y a une politique disant ‘’Laissez-les souffrir, s’ils ne souffrent pas il y en a plus qui vont arriver’’. Aucune autorité ne prend la responsabilité de la gestion de ces camps de réfugiés de fortune pour s’assurer de la sécurité et du bien-être des réfugiés. Personne ne lève le petit doigt pour aider. »

MSF est actuellement la seule organisation qui travaille à l’amélioration des conditions de vie sur le site Captain Elias et qui fournit des soins médicaux et psychologiques aux migrants et réfugiés qui y ont trouvé refuge.

« Gérer l’afflux de personnes est entièrement de la responsabilité de l’Etat. Mais en l’absence de toute aide significative, chez MSF nous avons décidé que nous devions faire quelque chose pour la santé et la dignité de ces personnes. Nous avons nettoyé l’hôtel. Nous avons vidé la piscine, qui était pleine d’eau stagnante et représentait un danger pour les petits enfants, et nous avons installé des toilettes et des douches. Nous offrons des consultations médicales, et nous avons un psychologue et un promoteur de la santé dans l’équipe. La situation s’est améliorée un peu, mais c’est toujours 5 ou 6 fois au-dessus de la capacité maximale de l’hôtel, et les gens sont abandonnés ici ».

Parer au plus pressé

MSF a également distribué plus de 14000 biens de première nécessité, des couvertures, des kits d’hygiène et des barres énergétiques. Pour améliorer les conditions de vie sur le site Captain Elias, MSF a installé des points d’eau et des latrines, et a recruté des travailleurs locaux pour nettoyer le bâtiment chaque jour. Afin de prêter assistance à plus de gens, MSF a aussi lancé une clinique mobile additionnelle par bateau, le jeudi 11 juin, qui visite les îles environnantes du Dodécanèse pour répondre aux besoins des personnes tout juste arrivées.

« Ce qui devrait être offert, c’est un package fourni par l’Etat comprenant des services de réception, incluant un logement dans des conditions décentes avec une hygiène suffisante et des toilettes qui fonctionnent (ce que MSF a fourni dans le camp de réfugiés de Captain Elias), des services de santé de base (ce que MSF fournit également dans le camp), et une information claire à propos d’où ils sont, quelles options sont disponibles et ce que les prochaines étapes administratives devraient être. Ce sont des obligations, et c’est une honte qu’elles soient totalement négligées pour des personnes qui ont tellement souffert », conclut Stathis Kyrousis.

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