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Epidémie de rougeole en RDC : « Chaque jour nous découvrons de nouveaux décès »

En juin dernier, MSF alertait au sujet de l’épidémie de rougeole sévissant dans la Province du Katanga en République Démocratique du Congo (RDC) depuis le mois de mars 2015. Plus de deux mois plus tard, la situation s’est encore détériorée, faute de moyens suffisants. Avec plus de 20.000 cas et 300 morts officiellement notifiés en 2015, l’épidémie de rougeole au Katanga est la plus importante depuis 2011. A l’époque MSF avait immunisé environ 2,1 million d’enfants contre la maladie. Les équipes de MSF sont en première ligne face à cette épidémie qui gagne toujours du terrain. Augustin Ngoyi, coordinateur de la réponse à l’épidémie pour MSF, partage ses inquiétudes face à la situation des populations dans la zone de santé de Kabalo.

Les équipes de MSF recherchent les cas de rougeole dans la communauté et traitent les enfants directement sur place  © MSF
Les équipes de MSF recherchent les cas de rougeole dans la communauté et traitent les enfants directement sur place © MSF

La situation est extrêmement préoccupante dans la zone de santé de Kabalo. Chaque jour, nous découvrons de nouveaux décès dus à la rougeole dans les communautés. Il y a quelques jours, nous nous sommes arrêtés dans un village de 500 habitants à deux heures de route de Kabalo. En discutant avec le chef de la communauté et des mamans, nous avons  découvert que plus de trente enfants de moins de 5 ans sont morts de la rougeole durant ces deux derniers mois. Cela représente le tiers des enfants de cet âge dans cette communauté ! La visite du cimetière avec des petites tombes fraiches partout nous a confirmés ses dires. Dans un village voisin, la situation était tout aussi alarmante avec une douzaine d’enfants morts durant les semaines précédentes.

Ces décès ne sont pas comptabilisés par les autorités car pas notifiés aux centres de santé. Ce qui nous fait dire que l’ampleur de l’épidémie et la mortalité dues à la rougeole sont clairement sous-estimées.

 MSF prend en charge les enfants malades

Face à une telle situation, en appui aux autorités sanitaires de la zone, nous assurons la prise en charge des cas de rougeole à plusieurs niveaux. Nos équipes recherchent activement les cas dans les communautés et prennent en charge directement les malades sur place lorsqu’ils n’ont pas de complications. Nous avons aussi distribué aux centres de santé des kits de prise en charge des cas simples et nous formons le personnel médical. Pour les cas compliqués, nous avons mis en place un système de référence à l’hôpital général de Kabalo où nous appuyons la pédiatrie. Nous traitons non seulement les cas de rougeole avec complications mais aussi les patients qui présentent d’autres pathologies comme la malnutrition sévère et le paludisme qui touche aujourd’hui plus de 60% des enfants que nous examinons ! Nous avons actuellement une soixantaine d’enfants en pédiatrie et  avons pris en charge plus d’une centaine d’enfants dans les communautés.Nous sommes également en train de vacciner  les enfants de 6 mois à 5 ans dans la zone, ce qui représente plus de 41.000 enfants.

Un accès difficile qui complique le travail de MSF

Les contraintes logistiques sont énormes. Accéder à certains villages est un véritable défi! L’aire de santé de Kabalo est très étendue et vu l’état des routes ou des pistes, il est très difficile de se rendre dans certaines communautés. Nos équipes doivent souvent laisser les véhicules,  continuer à moto ou en pirogue pour atteindre les populations qui elles-mêmes doivent parfois parcourir de longues distances à pied pour se rendre aux sites de prise en charge et de vaccination. Ceci freine énormément notre progression.

Par ailleurs, cette zone est complètement enclavée. Depuis plusieurs mois, les chaines d’approvisionnement ne sont plus fonctionnelles car la route principale reliant la zone à d’autres villes est coupée pour cause de travaux. Et le train, qui reste le seul moyen d’approvisionnement, n’atteint plus la région par manque de carburant…  Les centres de santé de la zone souffrent donc de ruptures sans précédent en intrants et en médicaments. Les quelques médicaments disponibles sont payants et le plus souvent les populations n’ont pas l’argent pour couvrir ces dépenses. Dans ces conditions, les gens ne viennent plus se faire soigner.

A cela s’ajoute un manque de ressources humaines qui fait que nous ne pouvons pas déployer plus d’équipes pour aller plus vite. Depuis plusieurs semaines, nous souffrons de blocages administratifs pour obtenir des visas et l’arrivée de personnels expatriés expérimentés prend un retard considérable. Tous ces facteurs font que l’épidémie empire. De nouveaux cas de rougeole apparaissent chaque jour dans la zone de santé de Kabalo et dans d’autres régions et le nombre d’acteurs et les moyens mis en œuvre pour répondre à cette urgence sont clairement insuffisants.