En Ukraine, la Russie détruit délibérément le système de santé

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Kiev/Bruxelles, 13 juillet 2026 – Les attaques contre les hôpitaux, les ambulances et le personnel médical en Ukraine ne relèvent pas de l’accident ou de dommages collatéraux. Elles semblent s’inscrire dans une stratégie délibérée, répétée et méthodique. C’est la conclusion du rapport « No Safe Place to Heal », publié aujourd’hui par Médecins Sans Frontières (MSF), qui documente une campagne systématique de l’armée russe visant à détruire le système de santé et à punir collectivement la population.

Entre avril 2022 et décembre 2025, MSF a documenté plus de 20 attaques contre des structures de santé dans lesquelles elle a déployé des activités. Quatre hôpitaux ont été entièrement détruits, et sept bases d’ambulances ont dû être abandonnées. Plus de 80 villages répartis dans six régions ne sont plus accessibles aux cliniques mobiles de soins primaires de MSF. À l'échelle du pays, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a recensé 2 811 attaques contre les services de santé entre le début de la guerre, en février 2022, et la fin de l’année 2025. Selon le ministère ukrainien de la Santé, plus de 2 500 établissements médicaux ont été endommagés ou détruits par les forces russes sur la même période, dont 327 ont été rayés de la carte.

 

Ces attaques sont trop systématiques, trop fréquentes et trop précises pour être accidentelles. Lorsque des hôpitaux sont frappés à plusieurs reprises, lorsque des ambulances sont ciblées par des drones de précision, lorsque des soignants sont tués alors qu’ils acheminent des médicaments à bord de véhicules clairement identifiés, il ne s’agit pas d’une coïncidence. C’est un schéma récurrent, et tout schéma révèle une intention

Les frappes contre les infrastructures médicales et la peur permanente des attaques dissuadent de plus en plus de civils de chercher à se faire soigner, en particulier lorsqu’il s’agit de maladies chroniques ou de traitements qui ne sont pas urgents. Des patients atteints de maladies cardiovasculaires, de diabète ou d'épilepsie voient leur état se dégrader faute de traitements continus ou parce qu'ils renoncent à se rendre dans des structures devenues inaccessibles ou trop dangereuses. Une enquête menée par MSF auprès de 187 civils vivant à proximité de la ligne de front montre que la proportion de personnes ayant « toujours » ou « la plupart du temps » accès aux soins est passée de 72 % avant l’intensification de la guerre à seulement 35 % aujourd’hui.

Les établissements encore debout peinent eux-mêmes à survivre. Dans un hôpital soutenu par MSF à Kherson, les effectifs médicaux ont chuté de 66 % depuis 2

De plus en plus de blessures provoquées par des drones

Dans l’est et le sud de l’Ukraine, les équipes de MSF sont confrontées à une menace permanente depuis que l’armée russe utilise des drones FPV (« First-Person View »), capables d'identifier et de frapper leurs cibles avec une extrême précision. Le 29 septembre 2025, une infirmière et le directeur d'un centre de santé soutenu par MSF, qui distribuaient des médicaments à Lyman dans un véhicule médical clairement identifié, ont été pris pour cible par un drone FPV russe. Le directeur a perdu une jambe dans l'attaque. En droit international humanitaire, viser délibérément du personnel médical ou des véhicules sanitaires identifiés est susceptible de constituer un crime de guerre.Les soignants de MSF présents près de la ligne de front et dans un centre de rééducation à Tcherkassy, constatent que la multiplication des attaques de drones transforme les blessures de guerre. Les drones provoquent des blessures multiples, touchent plusieurs victimes simultanément et entraînent une augmentation des infections graves et des cas de septicémie.

Un chirurgien de MSF décrit le cas d’un patient arrivé avec une jambe amputée, deux fractures ouvertes, des éclats d’obus dans le bras et de multiples blessures au thorax, à l’abdomen et à la tête. Cinq chirurgiens ont dû être mobilisés simultanément pendant près de six heures. Le même chirurgien résume ainsi la situation : « Le premier combat est celui contre l’hémorragie. Si le patient y survit, le second combat est celui contre l’infection. Et beaucoup perdent ce deuxième combat. »

Cette année marque le dixième anniversaire de l’adoption de la résolution 2286 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui réaffirme sans ambiguïté la protection du personnel humanitaire et médical, des patients et des infrastructures de santé dans les conflits armés. MSF appelle toutes les parties à respecter leurs obligations au regard du droit international humanitaire. MSF appelle les États ayant une influence sur la Russie à l’exercer afin d’exiger la fin des attaques contre les soins de santé. Elle demande au Conseil de sécurité des Nations unies d’enquêter de manière approfondie sur ces attaques et de les dénoncer publiquement, afin de démontrer son engagement en faveur de la mise en œuvre de la résolution 2286.

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