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Des milliers de réfugiés et migrants confrontés à des souffrances qui pourraient être évitées dans les Balkans

L’hiver qui approche et retards dans les transits sans assistance adéquate constituent une réelle menace.

Vladimir Andric, collaborateur MSF, examine un refugié Afghan en Serbia © Achilleas Zavallis
Vladimir Andric, collaborateur MSF, examine un refugié Afghan en Serbia © Achilleas Zavallis

Bloqués dans les Balkans à cause des délais aux points de passage frontaliers et d’enregistrement, des milliers de réfugiés et migrants sont confrontés à des conditions constituant une réelle menace pour leur santé, alors que l’assistance ne répond pas aux normes minimales. À moins qu’un système de protection adéquat ne soit mis en place de toute urgence, MSF craint que des milliers de femmes enceintes, jeunes enfants et personnes âgées soient exposés cet hiver à des conditions particulièrement éprouvantes, pouvant mettre leur vie en danger.

L’accès à la nourriture, à l’eau, à des abris et à des toilettes est minimal

Le point noir le plus récent est Presevo, une ville serbe située près de la frontière macédonienne et par laquelle transitent en moyenne 5 000 personnes par jour. La plupart sont obligées de faire la file pendant des jours, même sous de fortes pluies. L’accès à la nourriture, à l’eau, à des abris et à des toilettes est minimal. « Ces dernières semaines, nous avons traité de très jeunes enfants souffrant d’hypothermie, indique le Dr Alberto Martinez, coordinateur médical de MSF en Serbie. Ils ont dû attendre pendant des heures d’affilée dans une file, sans abri. Ils sont trempés jusqu’aux os, grelottent, mais n’ont aucun endroit où aller pour se réchauffer, se sécher ou changer de vêtements. »

« La semaine dernière, nous nous sommes aussi occupés de dix patients qui se sont écroulés, un phénomène que nous n’avions jamais observé auparavant à Presevo, poursuit le Dr Martinez. Dans certains cas, l’effondrement était dû à la pression de la foule ou au fait que ces personnes n’avaient plus mangé, bu ou dormi correctement depuis des jours. Les patients nous racontent qu’ils ont peur de quitter la file car ils risqueraient de perdre leur famille ou leur place dans la queue. Certains ont atteint leurs limites, ce qui peut avoir des répercussions physiques. Un cas en particulier aurait pu avoir de lourdes conséquences : le patient vomissait, ne réagissait pas et était en train de perdre connaissance. »

Les équipes médicales de MSF en Serbie prennent en charge plus de 400 patients chaque jour

 

Des chiffres en forte augmentation ces dernières semaines, à l’instar de l’afflux de réfugiés. La majorité d’entre eux ont besoin de traitement contre la toux, le rhume, la grippe, des troubles gastro-intestinaux ou des problèmes de peau, qui sont souvent la conséquence directe des conditions auxquelles ils font face durant leur voyage. D’autres patients sont traités pour des maladies chroniques, comme le diabète, l’asthme et des troubles cardiaques, qui sont mal prises en charge et se sont détériorées au cours de leur périple. Les équipes reçoivent aussi des cas plus graves qui requièrent des traitements plus avancés. Cette semaine, elles ont ainsi admis des patients souffrant d’un cancer, d’un lymphome ou d’une cardiopathie congénitale.

« Nos patients, parfois des bébés d’à peine deux semaines, des personnes âgées et des femmes à un stade de grossesse très avancé, sont déjà très fatigués et faibles quand ils atteignent la Serbie, indique le chef de mission de MSF en Serbie, Stephane Moissaing.  À leur arrivée, ils ne reçoivent presque aucun service de base, ce qui a de réelles conséquences. Nous craignons que la situation ne s’aggrave encore cet hiver. Le nombre de personnes qui franchissent la frontière serbe chaque jour est déjà plus élevé que le nombre de places prévues pour les accueillir. Quelques jours de blocage ou de retard suffisent pour que des milliers de personnes se retrouvent coincées. L’assistance doit être considérablement élargie si on veut éviter que des milliers de personnes ne soient exposées à des pathologies pouvant mettre leur vie en danger cet hiver. »

En Serbie, les hivers peuvent être extrêmement froids, la température descendant parfois  jusqu’à -15°.

L’année passée, les équipes de MSF dans le pays ont traité deux personnes souffrant de graves gelures – un patient a perdu une partie de son pied et un autre s’est arraché des couches de peau en enlevant ses vêtements. Même si le nombre de personnes qui effectueront la traversée cet hiver n’est pas prévisible, MSF se prépare à recevoir un grand nombre de patients : l’organisation recrute davantage de personnel médical et augmente son stock de tentes, couvertures, imperméables et vêtements chauds. Les conditions d’hygiène ont tendance à se dégrader durant l’hiver car les gens ne trouvent plus d’endroits où se laver et nettoyer leurs vêtements, ce qui entraîne une hausse des maladies de la peau et des affections dues aux poux. L’équipe prépare donc aussi des kits d’hygiène.

« Même si nous avons observé l’impact positif du transit organisé à travers la Macédoine et la Serbie depuis juillet, des milliers de personnes vulnérables continuent d’être exposés à des souffrances qui pourraient être évitées lors de leur périple à travers les Balkans, affirme Aurélie Ponthieu, conseillère pour la migration et les affaires humanitaires chez MSF. Le manque de services de base a déjà un impact sur leur santé et la situation ne fera que s’aggraver cet hiver si des abris adéquats, des repas chauds et des installations sanitaires ne sont pas rapidement fournis aux points d’enregistrement et de transport. Nous ne pouvons pas attendre qu’un événement tragique se produise. Des conditions de transit sûres et appropriées, adaptées aux basses températures, doivent être garanties dès maintenant. »