Conditions de vie inadmissibles dans le camp de Vathy : vers un deuxième « Moria » ?

Après l'incendie qui a détruit le camp de Moria, sur l’île grecque de Lesbos, il y a deux semaines, l'Union européenne a affirmé qu’« il n'y aura plus jamais de Moria ». À peine deux semaines après cette déclaration, un nouveau camp a été installé à Lesbos, où 10 000 personnes ont été emmenées contre leur gré. Et dans les autres îles grecques, des milliers de personnes sont toujours prisonnières des mêmes conditions de vie intolérables et inhumaines que celles du camp de Moria. Le camp de Vathy, sur l'île de Samos, lui, accueille actuellement environ 9000 personnes. « Jamais un autre Moria » ?... Il en existe déjà un !

Plus de 50 cas positifs de COVID-19 ont été confirmés dans le camp de Vathy. Les personnes âgées et celles souffrant de maladies chroniques et complexes sont toujours obligées de vivre dans des tentes ou des conteneurs, dans des conditions insalubres et dangereuses. La réponse médicale des autorités locales est imprudente et peu convaincante : ceux qui sont testés positifs sont isolés dans de mauvaises conditions et sans traitement médical. Et il n'existe pas de stratégie médicale permettant de faire face à une éventuelle épidémie dans le camp, malgré la proximité entre les personnes et le fait que le COVID-19 peut donc s’y propager comme un feu de forêt.

Les conditions de vie que nous observons dans le camp de Vathy sont les mêmes que celles qui régnaient dans le camp de Moria avant l’incendie.

  • Nous voyons la santé mentale de nos patients se détériorer de jour en jour en raison des restrictions à la liberté de mouvement et des terribles conditions de vie.
  • Nous avons vu des incendies dans le camp de Vathy ces dernières semaines et ces derniers mois. Heureusement, ils ont été éteints à temps. Cela représente cependant un danger pour des milliers de personnes vulnérables.
  • Nous n'y avons pas vu un seul plan de réponse à l'épidémie de COVID-19 au cours des six derniers mois. 160 personnes à haut risque sont toujours enfermées dans des conditions misérables, sans accès aux soins de santé appropriés.

Si ces personnes restent piégées dans ce camp, le résultat pourrait être désastreux, comme nous l'avons vu il y a quelques semaines à Moria. Il est donc urgent d'évacuer ces personnes vers la Grèce continentale ou vers d'autres pays européens.

L'histoire de Darwish, Aysha et leurs enfants 

darwaish en aysha
Darwish et Aysha ont fui la guerre qui sévissait dans leur pays, la Syrie. Ils sont maintenant obligés de vivre dans conditions de vie intolérables du camp de Vathy. © Enri Canaj/Magnum Photos.

Darwish, 74 ans, et Aysha, 68 ans, sont originaires de Syrie. Le couple a deux filles de 27 et 37 ans, deux fils de 24 et 29 ans, et un petit-fils de 10 ans, qui souffre d'asthme. Leur fils de 24 ans souffre également du fait d’éclats de bombe reçus au visage. Darwish et Aysha ont tous deux de graves problèmes médicaux, ce qui les rend également vulnérables au Covid-19. Malgré tout cela, jusqu'à présent, la famille n'a aucune perspective de trouver un endroit sûr où loger.

Le couple a des problèmes cardiaques et rénaux. « Nos enfants doivent tout faire pour nous », dit Aysha, « ils doivent nous emmener aux toilettes, nous apporter de la nourriture et aller nous chercher des médicaments. Les conditions de vie dans ce camp sont insupportables. Il y a des serpents et des rats, nous n'avons pas d'électricité et il y a souvent des violences dans le camp ». Darwish a cherché une aide médicale sur l'île, mais ne l'a pas trouvée. « Les médecins du camp nous disent qu'à Samos, il est impossible de trouver un traitement spécialisé pour mon état de santé. Ils nous disent que nous ne pouvons trouver un médecin que sur le continent. Il en va de même pour mon fils de 24 ans ».