Aujourd’hui, les personnes sans papiers. Qui seront les prochains ?

Temps de lecture: minutes
 

Médecins Sans Frontières (MSF) s’inquiète du projet de loi autorisant l’entrée dans les logements de personnes sans papiers.

Emilie Van Limbergen travaille pour Médecins Sans Frontières dans le projet belge. Elle et ses collègues sont confrontés chaque jour aux conséquences de la politique migratoire.

La « politique migratoire la plus stricte jamais mise en place » en Belgique risque à nouveau de franchir une ligne rouge. Si cela dépend du ministre Van Bossuyt, la police pourra bientôt, avec ou sans un agent de l’Office des étrangers, forcer l’accès au domicile d’une personne sans papiers afin de l’emmener dans un centre de détention fermé en vue de son expulsion.

Chaque jour, chez Médecins Sans Frontières, nous constatons les effets de cette politique migratoire restrictive sur nos patients. Des personnes qui, dans leur pays d’origine, sur leur parcours migratoire ou ici même, ont subi tant de violences, de pertes et de privations qu’elles souffrent de traumatismes graves. Presque tous nos patients en Belgique souffrent de dépression, de stress post-traumatique, d’angoisses ou de pensées suicidaires.

Prenons l’exemple d’Ahmed*. Il a fui vers la Belgique et y a été exploité comme esclave par son employeur. Il était déjà suivi en tant que victime de traite des êtres humains, et a pourtant été placé à trois reprises consécutives dans un centre de détention. C’est inhumain ! La médecin m’expliquant ce qui est arrivé à son patient est indignée.

humanitaire hub, Artsen Zonder Grenzen, migratiebeleid

 Colère et peur, impuissance et tristesse sont des émotions qui font partie du travail chez Médecins Sans Frontières. C’est toujours difficile, mais lorsqu’il s’agit de patients en Belgique, cela touche de très près.

Il est douloureux de voir comment la politique migratoire belge exclut systématiquement des personnes de l’accueil et des soins. Cela contribue directement à la détérioration de leur santé mentale et physique. La psychologue de notre équipe en est également profondément affectée

« J’ai récemment vu un père de trois jeunes enfants qui dormait dans une tente dans la rue. Cet homme vient de Bosnie et a déjà perdu sa femme. La police l’a arrêté et lui a dit que s’ils le retrouvaient encore dans la rue, ils lui enlèveraient ses enfants ! Cet homme est terrifié, ses enfants aussi. »

migratiebeleid, Ann Van Bossuyt, nieuws

Ceux qui réussissent à trouver un toit sans séjour légal ont souvent déjà mené un combat épuisant pour préserver un minimum de dignité. La Belgique doit-elle aussi leur enlever cela ?

Un foyer devrait être un lieu sûr ; il constitue un déterminant fondamental de la santé, quel que soit le statut de séjour. Comment vous sentiriez-vous en sachant que la police peut entrer de force à tout moment ? Cette mesure poussera encore davantage les gens dans l’ombre. Ils éviteront de demander de l’aide, chercheront moins de protection et deviendront encore plus vulnérables. Les problèmes s’aggraveront alors, entraînant des soins plus lourds et finalement plus coûteux.

Si la loi est adoptée, la police pourra également intervenir dans les logements des personnes hébergeant des sans-papiers. Le migrant concerné sera alors arrêté et placé en centre fermé. Cela se fera avec l’autorisation d’un juge d’instruction, non pas parce qu’il est poursuivi pour une infraction, mais uniquement en vue de son expulsion.

Dans le projet de loi, les enfants devraient bénéficier d’une protection supplémentaire, mais un père ou une mère pourra tout de même être arraché(e) à son domicile sous les yeux de ses enfants. L’intérêt de l’enfant devrait être central, mais le texte reconnaît lui-même que ces interventions sont traumatisantes. Les familles sont ainsi brisées et les enfants séparés de leurs parents : en quoi cela sert-il l’intérêt de l’enfant ?

Mobiliser la police pour traquer les personnes sans papiers ne rend pas notre société plus sûre. Cela répand la peur, aggrave les traumatismes et porte atteinte à la santé et à la dignité humaine. Non seulement de celles et ceux qui sont visés, mais aussi de leurs proches, de leur entourage et, à terme, de nous toutes et tous. Aujourd’hui, ce sont les personnes sans papiers. Qui seront les prochains ?