5 faits essentiels sur la crise humanitaire en Haïti
1 – La violence imprègne tout le quotidien
Depuis 2021 et l’assassinat du président Jovenel Moïse, Haïti s’enfonce dans une instabilité politique marquée par une violence extrême. À Port-au-Prince, des quartiers entiers sont devenus de véritables zones de guerre. Chaque jour, les groupes armés ont recours à des armes à feu, des véhicules blindés et même à des drones explosifs.
Des dizaines de gangs contrôlent aujourd’hui de vastes parties de la capitale et étendent progressivement leurs attaques à d’autres régions du pays.
Depuis décembre 2025, les opérations des forces de sécurité de l’État se sont fortement intensifiées, avec le soutien de groupes d’autodéfense civile et d’entrepreneurs militaires privés. Entre mars 2025 et janvier dernier, plus de 5 500 personnes auraient été tuées par les différentes parties au conflit. L’an dernier, MSF a pris en charge plus de 3 650 personnes blessées par des armes ou des explosions dans ses structures médicales à Port-au-Prince et dans ses environs.
Début avril, les premiers éléments de la « Gang Suppression Force » — une force multinationale de police et de militaires de 5 500 personnes, approuvée par les Nations unies — ont commencé à être déployés dans la capitale.
Pendant ce temps, les civils restent les premières victimes : pris sous les tirs croisés, tués ou blessés, contraints de fuir et souvent privés d’accès aux soins et aux services essentiels.
2 – Des besoins immenses, une réponse humanitaire dramatiquement sous-financée
La flambée actuelle de violence s’ajoute à une succession de crises qui frappent Haïti depuis des décennies : séismes, ouragans et épidémies de choléra avaient déjà profondément fragilisé la population.
En 2026, environ 6,4 millions de personnes auront besoin d’une aide humanitaire d’urgence. Cela équivaut à la moitié de la population du pays — quatre fois plus qu’il y a dix ans.
Dans de nombreuses régions, les services de base font cruellement défaut : soins de santé, accès à l’eau potable, collecte des déchets, éducation. À cela s’ajoute la hausse vertigineuse des prix du carburant, qui a entraîné une augmentation du coût des aliments et des transports publics, aggravant encore plus la situation des personnes les plus pauvres.
L’insécurité généralisée complique considérablement le travail des organisations humanitaires. Dans les zones contrôlées par des groupes armés, il est souvent impossible d’atteindre les populations les plus vulnérables.
Par ailleurs, la réponse humanitaire à Haïti est structurellement sous-financée depuis des années. L’an dernier, seulement 25 % des fonds nécessaires ont été mobilisés, contre 40 % en 2024 et 33 % en 2023.
3 – Un système de santé au bord de l’effondrement
Ces dernières années, environ 40 % du personnel médical aurait quitté le pays en raison de l’insécurité.
À Port-au-Prince, près de deux tiers des structures de santé sont aujourd’hui partiellement fonctionnelles ou totalement hors service, après avoir été attaquées, pillées, incendiées ou détruites. Un seul hôpital public disposant d’une capacité chirurgicale reste opérationnel, il est constamment saturé.
La plupart des autres structures encore actives sont des établissements privés, payants, inaccessibles pour une grande partie de la population.
Cette situation crée de profondes inégalités d’accès aux soins et rend les populations les plus précaires encore plus vulnérables. Pour des dizaines de milliers de personnes vivant dans des zones sous contrôle de groupes armés, derrière des checkpoints meurtriers, ou dans des sites de déplacement précaires, les hôpitaux et cliniques mobiles de MSF sont souvent la seule option pour recevoir des soins médicaux.
En 2025, l’hôpital de traumatologie de MSF à Tabarre — l’un des derniers du pays et le seul en Haïti à disposer d’une unité spécialisée pour les grands brûlés — a dû augmenter sa capacité de 75 à 90 lits pour faire face à l’afflux constant de patients.
Dans toutes nos structures, nous soignons des pathologies révélatrices de l’effondrement du système de santé : maladies évitables liées à des conditions de vie dégradées (diarrhées, infections respiratoires, gale), complications graves lors des accouchements faute de suivi prénatal, ou encore aggravation de maladies chroniques en raison de l’absence de traitement.
4 – Les déplacements massifs aggravent encore la crise
Dans les zones touchées par la violence, les populations sont contraintes de se déplacer sans cesse, fuyant les attaques de groupes armés ou les opérations des forces de sécurité, parfois pour revenir plus tard.
Au total, plus de 1,45 million de personnes ont déjà été déplacées à l’intérieur du pays. Rien qu’en 2025, plus de 400 000 personnes ont dû fuir leur domicile, notamment en raison de l’extension du contrôle des gangs dans les régions de l’Artibonite et du Centre, aux portes de Port-au-Prince.
En dehors de la capitale, de nombreuses personnes déplacées trouvent refuge chez des proches, souvent dans des logements surpeuplés. À Port-au-Prince, près de 200 000 personnes vivent aujourd’hui dans 95 sites de déplacement improvisés : écoles, églises, terrains vagues ou infrastructures sportives. Chaque site accueille en moyenne 2 000 personnes.
Ces lieux sont généralement insalubres et dangereux. L’accès à l’eau est limité, les installations sanitaires sont débordées et les personnes vivent sans réelle protection contre les intempéries. Ces conditions exposent les habitants à un risque accru de maladies, d’abus et de violences sexuelles.
Dans les cliniques mobiles installées par MSF à proximité de ces sites, près d’un quart des 7 600 patients consultés depuis le début de l’année souffraient de gale, tandis que 27 % des enfants de moins de cinq ans présentaient une infection respiratoire.
Début mars, les équipes de MSF ont également distribué des kits d’hygiène et des articles de première nécessité à 3 000 personnes sur cinq sites différents, après de nouveaux affrontements entre groupes armés dans le quartier de Cité Soleil.
5 – Les violences sexuelles utilisées comme arme de domination
L’escalade de la violence a un impact direct et dévastateur sur les femmes et les filles à Port-au-Prince.
Dans les structures où MSF offre des soins médicaux et un accompagnement aux survivantes et survivants de violences sexuelles, les équipes constatent une explosion dramatique du nombre de cas depuis plusieurs années.
Dans certains centres, les admissions ont presque triplé depuis 2021. En 2025, MSF a pris en charge près de 5 000 survivant·e·s de violences sexuelles, tous âges confondus.
Mais au-delà des chiffres, c’est l’extrême brutalité des agressions qui choque. De plus en plus de patientes rapportent avoir été violées par plusieurs hommes — parfois plus de dix — ou par des hommes armés, lors d’attaques coordonnées visant des quartiers entiers.
Le manque criant de structures d’accueil d’urgence et de soutien juridique laisse souvent peu d’alternatives : beaucoup de survivantes doivent retourner vivre là même où elles ont été agressées. Résultat, une personne prise en charge sur cinq indique avoir subi des violences sexuelles à plusieurs reprises ces dernières années.
L’intervention de MSF en quelques chiffres
En 2025
- 129 458 consultations médicales (dont 12 984 pour des enfants de moins de 5 ans)
- 2 812 accouchements assistés
- 8 469 interventions chirurgicales réalisées
- 4 975 survivant·e·s de violences sexuelles pris·es en charge
- 4 585 personnes soignées après des accidents de la route
- 3 650 personnes traitées pour des blessures liées à la violence
- 3 802 patients hospitalisés
- 19 819 séances de kinésithérapie
Au cours des trois premiers mois de 2026
- 7 621 consultations réalisées via les cliniques mobiles (dont 851 pour des enfants de moins de 5 ans)
- 2 080 cas de gale diagnostiqués
- 4 363 urgences médicales prises en charge
- 2 988 consultations prénatales et postnatales
- 600 ménages déplacés ont reçu des kits d’hygiène et des articles de première nécessité