« Moria est le pire des virus, pas le Covid-19 » : le confinement insupportable dans les camps des îles grecques

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Yasin, à droite, est un garçon afghan de 9 ans qui se rend à la clinique pédiatrique MSF une fois par semaine pour consulter un psychologue, car il souffre de cauchemars et a constamment peur qu'il lui arrive quelque chose de mal. Il vit dans un abri de fortune avec son frère de 3 ans et leurs parents. © Enri CANAJ/MSF, juillet 2020.

Les mesures de confinement liées au Covid-19 ont eu un impact sur la vie de tout le monde et ont généré des niveaux de stress et d'anxiété élevés pour beaucoup d'entre nous. Mais les restrictions de mouvement imposées dans des endroits tels que les camps de réfugiés surpeuplés de Moria et de Vathy, dans les îles grecques, se sont véritablement avérées toxiques pour les milliers de personnes qui y sont confinées.

Lorsque le Covid-19 est arrivé en Grèce, plus de 30 000 demandeurs d'asile et migrants étaient confinés dans les camps des îles grecques dans des conditions épouvantables, sans accès aux soins de santé réguliers ou aux services de base. En mars 2020, des restrictions de mouvement imposées par le gouvernement grec en réponse au Covid-19, ont forcé ces personnes, dont 55% sont des femmes et des enfants, à rester dans ces camps surpeuplés et insalubres, sans possibilité d'échapper aux conditions dangereuses qui font partie de leur vie quotidienne.

Malgré le fait qu'il n'y ait eu aucun cas de Covid-19 dans aucun des camps des îles grecques, et que la vie soit revenue à la normale pour la population locale comme pour les touristes, ces mesures discriminatoires à l'égard des demandeurs d'asile et des migrants continuent d'être prolongées toutes les deux semaines. Aujourd'hui, ces hommes, femmes et enfants continuent d'être enfermés, dans des conditions désastreuses, ce qui entraîne une détérioration de leur santé médicale et mentale.

Pire qu’un cauchemar

Témoignage de Greg Kavarnos, psychologue à la clinique MSF soignant les survivants de la torture, à Lesbos.

« Les restrictions de mouvement des migrants et des réfugiés dans le camp ont eu des conséquences dramatiques sur la santé mentale de mes patients. Si vous et moi étions stressés et facilement irrités pendant la période de confinement dans nos maisons, imaginez comment les gens qui ont vécu des expériences très traumatisantes se sentent maintenant qu'ils doivent rester enfermés dans un camp comme Moria - un endroit où ils ne peuvent pas trouver la paix, où ils ne peuvent pas trouver un espace privé et où ils doivent faire la queue pour de la nourriture, pour aller aux toilettes, pour de l'eau, pour tout. Ce camp était déjà un cauchemar, mais les restrictions de déplacement imposées rendent les choses encore pires ».

Si la vie dans ces camps est aussi difficile, c’est aussi du fait des tensions provoquées par les mesures imposées, venant s’ajouter à celles déjà présentes dues aux conditions de vie. « Les tensions ont fortement augmenté et il y a beaucoup plus de violence depuis le confinement », déclare Mohtar, le père de Yasin, un patient de la clinique de santé mentale pour enfants de MSF. « Mon fils ne se sent pas en sécurité ici, à Moria, et fait beaucoup de cauchemars. La seule chose que je pouvais faire avant, pour l’aider, était de l'emmener loin de Moria ; pour une promenade ou pour nager dans la mer, dans un endroit calme. Maintenant, nous sommes piégés ».

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Yasin, en train de dessiner à la clinique pédiatrique MSF, située juste en face de Moria. Quand il sera grand, il veut "aider les enfants comme son psychologue". © Enri CANAJ/MSF, juillet 2020.

MSF ne peut rester silencieuse face à cette discrimination flagrante provoquée par cette restriction de mouvement imposée aux demandeurs d'asile, qui réduit considérablement leur accès déjà limité aux services de base et aux soins médicaux. Dans la phase actuelle de l'épidémie de Covid-19 dans le pays, cette mesure est absolument injustifiée du point de vue de la santé publique - elle est discriminatoire envers les personnes qui ne représentent pas un risque, et elle contribue à leur stigmatisation, tout en les mettant encore plus en danger.

Le Covid-19 ne peut pas être utilisé comme un moyen permettant de détenir les migrants et les réfugiés. Nous continuons à demander l'évacuation des personnes, en particulier celles qui appartiennent à des groupes à haut risque face au Covid-19, afin de les amener vers des hébergements sûrs. Les conditions de vie dans ces camps ne sont déjà pas acceptables en temps normal. Du fait de ces restrictions de mouvement arbitraires, ceux-ci sont devenus des foyers de violence, de maladie et de misère encore plus périlleux.