Depuis le début de l’année 2026, les autorités en charge de la gestion des services de santé au Nord-Kivu ont introduit et imposé des mesures aux professionnels, structures de santé et aux organisations humanitaires prenant en charge les victimes et survivant.e.s de violences sexuelles. Celles-ci soulèvent de graves préoccupations concernant le secret médical, l’éthique médicale, la protection des victimes et des survivant.e.s, ainsi que l’accès aux soins.
Ces mesures consistent notamment à restreindre la reconnaissance des violences sexuelles aux personnes présentant des signes visibles de blessures, ce qui a pour effet de réduire le nombre reconnu de victimes et de survivant.e.s. Ces mesures exigent par ailleurs des examens physiques intrusifs et médicalement inutiles pour prouver l’existence d’une violence ou d’une agression. Elles obligent les victimes et les survivant.e.s à se présenter à la police avant de solliciter des soins, et ne permettent l’accès aux soins qu’aux seules personnes qui se présentent dans les 72 heures suivant l’agression.
Les autorités de facto ont également ordonné aux organisations et aux prestataires de soins de santé - y compris MSF - d’utiliser des formulaires imposant des questions intrusives, stigmatisantes et non essentielles, sans rapport avec le traitement médical. Ces documents exigent notamment de connaître les noms et adresses des survivant.e.s, ainsi que des détails sur les auteurs présumés. Cela porte atteinte au secret médical, expose les survivant.e.s à des risques supplémentaires et va à l’encontre des normes éthiques médicales internationales. Les patient.e.s — en particulier les femmes — rapportent avoir été interrogé.e.s ou menacé.e.s pour les dissuader de se faire soigner dans les cliniques soutenues par des organisations humanitaires.