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Hôpitaux détruits par des frappes aériennes : les Irakiens privés de soins

Des hôpitaux et autres structures médicales, dont certaines soutenues par MSF, ont été touchés par d’intenses bombardements et des frappes aériennes dans le nord et le centre de l’Irak.

© James Nichols
© James Nichols

Cette situation prive les civils de l’accès aux soins dont ils ont besoin. MSF appelle toutes les parties au conflit à respecter les structures médicales, à permettre au personnel médical de faire son travail, et à préserver l’accès aux services de santé.

« Selon le personnel de santé, de plus en plus d’hôpitaux ont été touchés par des bombardements au cours des dernières semaines »,  explique Fabio Forgione, chef de mission de MSF en Irak. « Ces derniers ont fui, redoutant des attaques contre les structures médicales dans lesquelles ils travaillent. Nous sommes extrêmement préoccupés par cette situation car de nombreuses personnes sont désormais privées de l’assistance médicale dont elles ont besoin ». 

Dans la ville de Shirqat, située entre Mossoul et Tikrit, l’hôpital a été bombardé le 20 juillet. « J’étais dans la salle d’urgence en train d’opérer un patient quand l’hôpital a été touché, » raconte par téléphone un chirurgien irakien depuis la zone de conflit. « Tout à coup, c’était l’enfer : plus d’électricité, des gens qui courraient partout, ne sachant s’ils devaient s’échapper ou se réfugier dans l’enceinte de l’hôpital. Tout le monde était terrorisé. »

Depuis le 20 juillet, l’hôpital de Shirqat a été touché à plusieurs reprises et les patients ont été évacués. Un certain nombre d’entre eux ont été transférés dans l’hôpital encore fonctionnel le plus proche, dans la ville d’Hawijah, alors que certains des services de santé ont été transférés dans trois différents sites de la ville. « Les conditions de travail sont extrêmement difficiles et nous manquons de matériel médical, allant des antibiotiques aux anesthésiants », poursuit le chirurgien irakien.

"Les murs ont tremblé"

Suite au bombardement de la clinique de MSF à Tikrit le 13 juin, mise en place pour offrir une aide médicale aux 40 000 personnes déplacées de la région, MSF avait appelé les belligérants à respecter le personnel et les structures de santé. Deux semaines plus tard, le 27 juin, l’hôpital principal de Tikrit était lui aussi bombardé.

Un chirurgien irakien faisait une pause après avoir terminé une césarienne quand il a entendu une grosse explosion. « Les murs ont tremblé, les portes et les fenêtres ont été brisées », raconte-t-il. « Puis, on a vu un nuage de fumée s’échappant de la salle d’urgence, et on s’est précipités sur ce qu’il restait du rez-de-chaussée. » L’entrée et la salle d’urgence de l’hôpital de Tikrit ont été détruites par une frappe directe provenant d’un hélicoptère.

“Une personne est décédée et nous avons transféré tous les autres patients à l’hôpital de Saladin. Ce jour-là, presque tout le personnel médical a fui », dit le chirurgien. La femme qu’il avait opérée a survécu et a été emmenée en lieu sûr par des membres de sa famille, avec son nouveau-né.

L’hôpital de Tikrit, qui recevait environ 5 000 patients par mois, a été ciblé plusieurs fois dans les jours qui ont suivi cette attaque, ainsi que le deuxième plus grand hôpital de la ville.

“C’est une catastrophe,” dit le chirurgien irakien depuis Tikrit. “Les hôpitaux sont vides. Les gens doivent désormais traverser les zones de conflits pour atteindre les hôpitaux les plus proches, situés à Kirkuk et Erbil, à plus de 200 km. »

L’hôpital d’Hawijah, dans lequel MSF travaille depuis 2011, est l’un des seuls de la région à ne pas avoir été touché par les frappes aériennes. Cependant, un membre du personnel médical de MSF à Hawijah raconte qu’au cours des dernières semaines, des bombes ont explosé à deux reprises près de l’hôpital. « Nous craignons qu’il ne soit lui aussi touché par des bombardements, comme cela a déjà été le cas ailleurs », dit-il, « nous travaillons ainsi sur des plans de contingence en vue de transférer nos services dans d’autres localités ».

« Cette situation transforme les zones déchirées par le conflit en désert sanitaire au moment-même où les soins de santé sont absolument nécessaires », poursuit Forgione. 

MSF soutient actuellement trois hôpitaux de référence dans les villes de Sinjar, Hawijah et Heet, à travers des services d'urgence 24/24 heures et des consultations ambulatoires. Les équipes médicales de MSF mènent également des cliniques mobiles dans les zones de Mossoul et de Kirkouk, avec un accent particulier sur ​​la santé mère-enfant et les maladies chroniques. L’organisation travaille de manière continue dans plusieurs localités du pays depuis 2006 et emploie actuellement plus de 300 personnes.