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Ebola – Les moyens internationaux de réponse aux catastrophes biologiques doivent être mobilisés en urgence


Médecins Sans Frontières (MSF) a dénoncé aujourd’hui l’échec des dirigeants de la planète à répondre à la pire épidémie d'Ebola de l’histoire au cours d’une séance exceptionnelle organisée par le bureau du Secrétaire général des Nations Unies et l'Organisation mondiale de la Santé. MSF a également appelé les pays capable de répondre à une catastrophe biologique, avec notamment des services médicaux civils et militaires,  à déployer immédiatement du personnel et des moyens logistiques en Afrique de l'ouest.

Crématorium de victimes d'Ebola à Monrovia, Liberia. © Caroline Van Nespen / MSF
Crématorium de victimes d'Ebola à Monrovia, Liberia. © Caroline Van Nespen / MSF

La propagation du virus ne sera pas limitée sans le déploiement massif de ces ressources médicales spécialisées dans les pays touchés, pour soutenir les efforts de lutte contre l’épidémie.

Dans un discours prononcé devant les Etats membres de l'ONU, la présidente internationale de MSF, Dr. Joanne Liu, a dénoncé l’absence de déploiement de ressources internationales, ce qui pour l’instant laisse aux ministères de la Santé et aux ONG privées, largement débordés, la responsabilité de faire face à une épidémie d’une ampleur sans précédent. Malgré les appels répétés de MSF en faveur d’une mobilisation massive sur le terrain, l’insuffisance de la réponse internationale est fatale pour les populations.

Les équipes médicales de MSF combattent l'épidémie en Afrique de l'ouest depuis le mois de mars. Les ONG et les agences des Nations unies ne peuvent pas seules mettre en œuvre la feuille de route de l’OMS pour lutter contre une épidémie imprévisible et qui n’en finit pas de se propager. Les taux de transmission ont atteint des niveaux jamais vus au cours des précédentes épidémies d'Ebola.

« Six mois après le début de la pire épidémie d'Ebola de l'histoire, le monde est en train de perdre la bataille pour la contenir, explique le Dr Liu. Les dirigeants mondiaux n’arrivent pas à venir à bout de cette menace transnationale. Le 8 août, l’OMS a déclaré que cette épidémie représente une ‘urgence de santé publique de portée mondiale’, sans provoquer aucune réaction significative. Les Etats ont rallié la coalition mondiale de l’inaction ».

De nombreux pays possèdent des mécanismes de réponse face à un risque biologique. Ils peuvent déployer des équipes médicales formées, civiles ou militaires, en l’espace de quelques jours, de manière organisée, et avec une chaîne de commandement capable d’assurer des normes élevées de sécurité et d'efficacité pour soutenir les pays touchés. Cependant, MSF insiste sur le fait que les moyens militaires ainsi déployés ne devraient pas être utilisés pour mettre en place des mesures de quarantaine, de confinement, ou de maintien de l’ordre. Les mesures coercitives de mise en quarantaine ont pour l’instant eu pour effet d’accroître la peur et l'agitation, plutôt que de juguler l’épidémie.

« Les annonces de financements et le déploiement de quelques experts ne suffisent pas, poursuit le Dr Liu. Les gouvernements qui ont les moyens de faire face à cette situation ont la responsabilité à la fois politique et humanitaire de se manifester et d’offrir une réponse concrète, aujourd’hui indispensable, à une catastrophe qui se déroule sous les yeux du monde entier.

Au lieu de limiter leur réponse à la gestion de l’éventuelle arrivée d’un malade dans leur pays, ces pays devraient saisir l’occasion de réellement sauver des vies là où c’est nécessaire, en Afrique de l'ouest ».

Dans l'immédiat, le nombre et la capacité des centres de traitement disposant de services d'isolement doivent augmenter, du personnel qualifié doit être déployé, davantage de laboratoires mobiles doivent être installés pour améliorer les possibilités de diagnostic, des ponts aériens doivent être établis pour transporter du personnel et du matériel vers l’Afrique de l'Ouest et dans la région, et un réseau régional de centres de traitement doit être créé pour soigner les cas suspects ou confirmés parmi le personnel médical.

A Monrovia, capitale du Libéria, par exemple, il faut de toute urgence de nouveaux centres de prise en charge d’Ebola, disposant de structures d'isolement adéquates et de personnel qualifié. La file d'attente des patients continue d'augmenter devant le centre ELWA 3, géré par MSF, qui pourtant continue s’accroître sa capacité et dispose maintenant de 160 lits. On estime que 800 lits supplémentaires seraient nécessaires pour Monrovia seule. Les équipes MSF sont débordées et ne peuvent plus offrir que des soins palliatifs.

« Chaque jour, nous devons refuser des malades parce que notre centre est plein, décrit Stefan Liljegren, coordinateur MSF à ELWA 3. J'ai dû dire aux ambulanciers de m'appeler avant leur arrivée avec les patients, quel que soit leur état de santé, car souvent nous ne pouvons pas les admettre ici ».

Les structures de soins gérées par MSF au Liberia et en Sierra Leone sont débordées par le nombre de cas suspects d'Ebola. Les gens continuent de tomber malades et de mourir dans leurs villages et dans leurs communautés. En Sierra Leone les cadavres, hautement infectieux, pourrissent dans les rues.

L’augmentation du nombre de structures d'isolement répondant aux plus hauts standards de qualité permettrait de transférer et admettre les patients plus tôt, en réduisant de façon significative la mortalité. Les équipes de MSF ont pu sauver davantage de malades lorsqu’ils sont venus se faire soigner peu après l’apparition de la maladie. Des capacités d'isolement accrues pourraient également soulager les systèmes de santé des pays concernés, qui dans certains cas sont sur ​​le point de s'effondrer. Au moins 150 membres du personnel soignant sont morts du virus Ebola, tandis que d'autres ont trop peur de retourner au travail.

Des centres de triage doivent également être mis en place, les dispositifs de gestion des cadavres doivent être développés, des articles d'hygiène doivent être distribués à large échelle, et les capacités de surveillance active doivent être augmentées. Il est nécessaire de mettre en place des campagnes de désinfection ainsi que de promotion de la santé et de l'hygiène au sein des populations et dans les structures de soins.

« L’heure tourne et le virus Ebola est en train de gagner, conclut le Dr Liu. Le temps des réunions et de la planification est fini. Maintenant il est temps d’agir. Chaque jour d'inaction entraîne davantage de décès et le lent effondrement des pays touchés ».

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MSF a démarré son intervention en réponse à l’épidémie d’Ebola en Afrique de l'ouest en mars 2014 et travaille actuellement en Guinée, au Libéria, au Nigéria et en Sierra Leone. L'organisation gère cinq centres de prise en charge des cas d'Ebola, d’une capacité totale de 480 lits. Depuis mars, 2 077 cas ont été admis dans les centres MSF, dont 1 038 ont été confirmés et 241 ont pu être guéris.

MSF a déployé 156 membres personnels internationaux dans la région et emploie 1 700 personnes recrutées localement.