UN EMPLOI POUR ÉVOLUER ET APPROFONDIR SES CONNAISSANCES

Rencontre avec Dominique Luypaers, une sage-femme anversoise qui travaille sur le terrain pour Médecins Sans Frontières depuis 2012. Dominique a déjà effectué 10 missions, notamment au Congo, au Tchad, en République centrafricaine, en Afghanistan, au Pakistan, au Liban, ainsi qu’à deux reprises sur un navire de sauvetage en mer Méditerranée. Nous lui avons posé sept questions sur la vie sur le terrain en tant que sage-femme.

Pourquoi vouliez-vous travailler pour MSF ?

Honnêtement, je rêvais déjà de travailler pour Médecins Sans Frontières (MSF) quand j’étais adolescente. Pendant mes études de sage-femme, cette idée a continué à faire son chemin et, après quelques années d’activité dans le monde professionnel, j’ai pris des initiatives concrètes pour réaliser ce rêve, notamment en suivant la formation en médecine tropicale de l’IMT d’Anvers.

Bien sûr, je gardais à l’esprit que je n’allais pas travailler dans un club de vacances. Quand on part sur le terrain, on se rend dans des lieux où il y a un risque de contracter certaines maladies et où la violence et l’insécurité sont omniprésentes. Les conditions de vie et de travail y sont rudimentaires et le confort, sommaire. Et on ne peut pas non plus compter sur toutes les technologies disponibles ici pour réaliser son travail. On ne peut absolument pas comparer le travail sur le terrain, dans un contexte humanitaire, à celui dans une maternité belge.

Progressivement, j’ai développé mes connaissances, mes compétences et ma technique dans le domaine humanitaire. Je n’ai jamais considéré ma mission chez MSF comme une expérience unique, j’ai choisi de faire carrière dans le secteur humanitaire.

Comment avez-vous évolué dans votre fonction ?

En Belgique, les sages-femmes pratiquent rarement les accouchements elles-mêmes – c’est généralement la tâche du gynécologue-obstétricien. Chez MSF, la sage-femme est responsable de tout le processus d’accompagnement du travail et de l’accouchement. J’ai donc accumulé beaucoup d’expérience pratique, notamment en matière d’accouchement et de soins aux victimes de violences sexuelles.

J’ai aussi consenti beaucoup d’efforts pour évoluer dans ma fonction, à travers des formations et des « trainings on the job », comme on dit. En même temps, j’ai beaucoup évolué sur le plan personnel : j’ai accompagné de nombreux accouchements compliqués, des naissances difficiles, des situations d’urgence et des moments de crise, mais j’ai aussi vécu des choses positives et connu des moments de joie. J’ai commencé à travailler comme sage-femme lors de ma première mission au Congo, avant de devenir sage-femme en chef ou responsable d’une équipe locale de sages-femmes.

Selon le projet, vous pouvez diriger une équipe de quatre sages-femmes ou une maternité qui en compte 50. Puis j’ai continué à évoluer en occupant le poste de coordination de Midwife activity manager. J’étais alors responsable de tout le département de santé reproductive d’un projet et, dans ce cadre, j’ai dirigé une équipe de sages-femmes et autres collaborateurs.

Ce travail est extrêmement diversifié : j’effectue des tâches administratives, je travaille dans la salle d’accouchement, j’apporte mon soutien lors des consultations externes et je forme les collaborateurs locaux. Chaque jour est une surprise : vous ne savez jamais ce qui vous attend. Cela peut être un peu stressant, mais c’est tellement passionnant !

 

Diversité des tâches

« Ce travail est extrêmement diversifié : j’effectue des tâches administratives, je travaille dans la salle d’accouchement, j’apporte mon soutien lors des consultations externes et je forme les collaborateurs locaux. Tous ces aspects sont passionnants. »

Quels soins mère-enfant MSF offre-t-elle ?

Dans de nombreuses cultures, il n’est pas courant qu’une femme accouche à l’hôpital et reste longtemps à la maternité après l’accouchement. La plupart du temps, les mères rentrent chez elles dans les 24 heures qui suivent la naissance. Nous essayons par conséquent de leur fournir les soins les meilleurs et les plus complets possibles quand elles sont dans notre hôpital ou centre de santé : consultations prénatales, soins postnatals, soutien à l’allaitement, vaccination de la mère et du bébé, dépistage de pathologies associées au paludisme et au VIH, suivi des nouveau-nés, offre de moyens de contraception, etc. Nous les invitons aussi à se rendre à une consultation de suivi et dispensons à la population des informations en matière d’éducation sexuelle. Lorsque nous identifions des situations compliquées, nous appelons nos collègues à l’aide. C’est vraiment du travail d’équipe multidisciplinaire !

En 2016, Dominique participait à une mission sur le Bourbos Argos, un navire de sauvetage en mer Méditerranée. Ce 8 juin 2016, le navire a sauvé 362 personnes de 3 bateaux en détresse.

Comment MSF vous aide-t-elle dans votre fonction ?

Vous êtes bien préparés avant de partir pour votre première mission. Vous suivez d’abord une formation générale, où vous en apprenez plus sur les différents contextes et les risques éventuels, ainsi que sur vos responsabilités en tant que sage-femme. Vous suivez aussi une formation en management. Sur le terrain, vous avez toute une équipe de collègues internationaux et nationaux, dont des managers, des cadres et des chefs d’équipe, qui vous encadrent et vous aident sur le plan technique, mais aussi émotionnel.

Vous avez toujours la possibilité de parler avec vos collègues et des débriefings sont organisés régulièrement. Chaque jour peut entrainer son lot de difficultés, mais un soutien suffisant est apporté pour y faire face. On attend de vous que vous connaissiez bien votre travail, que vous puissiez vous adapter à des  changements de situation, que vous soyez flexible et prêt à vivre de nouvelles expériences, et que vous osiez sortir de votre zone de confort. C’est pourquoi les deux années d’expérience professionnelle exigées sont vraiment importantes.

Comment gérez-vous le décès d’un patient ?

Malheureusement, nous sommes aussi confrontés au décès de patients. Nous prenons souvent en charge des femmes enceintes dans un état très critique, parce qu’elles n’ont pas pu arriver à temps à l’hôpital (à cause d’un barrage routier, du manque de moyens de transport, du fait qu’elles n’ont pas cherché à temps de l’aide médicale…). Lorsque l’une d’entre elles ne s’en sort pas, c’est un coup dur pour tout le monde : pour les médecins et sages-femmes présents, mais aussi pour tout le reste de l’équipe.

Quand une mère et/ou un nouveau-né perd la vie, un débriefing est toujours organisé pour que nous puissions exprimer nos émotions, et analyser et faire remonter la cause possible. Sur le plan personnel, cela nous permet d’évacuer la pression et, parfois, il nous arrive de pleurer tous ensemble.

Dans un projet de MSF situé dans une région très reculée du Tchad, j’ai ainsi perdu une patiente qui avait fait une fausse couche. Elle était arrivée dans notre poste de santé après des heures, voire même des jours de voyage. Elle perdait énormément de sang et était en état de choc. J’ai réussi à arrêter l’hémorragie et notre médecin a fait tout son possible pour la réanimer, mais elle est décédée peu de temps après.

Qu’avez-vous appris de vos collègues locaux ?

En tant que sage-femme, on travaille toujours avec des collaborateurs locaux. Nos projets ne pourraient exister sans leur motivation, leur enthousiasme et leur dynamisme. J’apporte mes connaissances et mon expérience de sage-femme (occidentale), mais mes collègues locaux connaissaient mieux que nul autre leur pays, leur culture et leurs traditions. Ensemble, nous examinons comment nous pouvons au mieux accompagner les mères et les enfants, et leur dispenser des soins. Nous apprenons beaucoup mutuellement et, souvent, une sorte d’amitié ou de fraternité voit le jour entre nous. Quand vous collaborez avec quelqu’un durant six mois ou plus, des liens étroits se créent. On partage ensemble les joies et les peines.

La nécessité des collaborateurs locaux

« Nos projets ne pourraient exister sans leur motivation, leur enthousiasme et leur dynamisme. »

Que diriez-vous à une collègue sage-femme qui envisage de postuler chez MSF ?

J’aimerais tout d’abord encourager les sages-femmes belges à travailler sur le terrain pour MSF si elles sont à la recherche d’un emploi qui leur donne la possibilité d’évoluer et d’approfondir leurs connaissances. Le fait de savoir que mes efforts peuvent faire une différence me motive toujours à repartir en mission – et mon enthousiasme ne fait qu’augmenter. MSF est une organisation qui est capable de mettre en place des projets d’urgence en très peu de temps. Ma plus grande motivation est de pouvoir en faire partie, de mettre mes compétences au service de femmes et d’enfants qui n’ont pas d’autre option ou qui n’ont pas accès aux soins de santé de base.

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