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On peut vivre une vie avec une balle dans l’abdomen

Country
Haïti

Il faut bien reconnaître que c’est beaucoup d’adrénaline de se retrouver, avec une jeune chirurgienne, dans un véhicule MSF roulant à vive allure dans la nuit de Port-au-Prince. Surtout quand la destination est l’hôpital de Tabarre et qu’il s’agit d’aller opérer un blessé par balle juste arrivé en ambulance depuis le centre d’urgence de MSF à Martissant...

Giovanna, Port-au-Prince. © AZG-MSF
Giovanna, Port-au-Prince. © AZG-MSF

J’avoue que l’adrénaline, c’est plutôt chez moi qu’elle montait. Pourtant, ce n’est pas moi qui partait opérer en urgence. C’est Giovanna... qui, contrairement à moi, semblait assez calme, posée... On parle bien de la jeune Giovanna arrivée à peine trois jours plus tôt, qu’on était venu accueillir à l’aéroport. A sa sortir d’avion, elle semblait un peu désemparée, perdue même, mais dans l’ambulance, elle n’était déjà plus la même...

Elle était confiante, et heureuse aussi me semble-t-il, heureuse de pouvoir commencer le travail qu’elle était venue faire en Haïti : opérer les cas les plus graves, ceux qui ont besoin d’une opération chirurgicale d’urgence parce qu’ils ont reçu une balle dans l’abdomen ou parce qu’ils ont été victimes d’un grave accident de la route, des cas fréquents dans cette capitale où il est aussi dangereux de se balader dans un des quartiers pauvres et violents que de se déplacer sur la route, où vitesse et anarchie ne font pas bon ménage.

C’est Suzana, l’autre chirurgienne de l’hôpital de Tabarre qui l’a appelée. Il était 23 heures : les équipes buvaient un verre bien mérité, elles se retrouvaient après une journée de travail à nouveau chargée... Giovanna discutait avec Stijn, jeune médecin première mission lui aussi, de la meilleure manière de placer un drain, quand son téléphone a sonné et qu’elle a quitté les lieux en quelques minutes.

Arrivée à l’hôpital de Tabarre : passage obligé dans les vestiaires pour enfiler les habits stériles, les sabots, le bonnet, ne pas oublier le masque et les gants. Entrée dans la salle d’opération : l’homme couché là, rendu inconscient par l’anesthésie, est dans un état instable, il faut faire vite ... Presque deux heures d’intervention plus tard, il est sauvé, mais saigne encore ; son état est stable mais il faut le suivre de près en soins intensifs. Je m’attendais à voir le chirurgien sortir la balle avec sa pince, mais j’apprends que non, on ne sort pas forcément la balle... On peut vivre avec une balle dans le ventre toute une vie.

Giovanna, elle, est fatiguée... On le voit sur son visage. Elle ne rentre pas dormir tout de suite. Avec Suzana, elle veut d’abord s’assurer que les saignements cessent et que l’état de cet homme reste stable. Moi je rentre par contre, j’ai un peu de mal à trouver le sommeil avec toute cette adrénaline, et je me demande comment Giovanna va faire pour s’endormir après tant d’agitation. Le lendemain, elle me dira qu’elle n’a même pas dû essayer : à peine rentrée à la maison à 4 heures du matin, elle a été rappelée pour une seconde intervention : un autre blessé par balle, lui aussi arrivé d’urgence de Martissant...


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Valérie