Accord commercial Inde/UE: menace pour les médicaments destinés aux pays en développement

[communiqué de presse] - 11|02|2012 - Inde

Un nouveau sommet entre l’Inde et l’Union Européenne (UE) a lieu aujourd’hui à New Delhi pour s’entendre sur les termes d’un accord commercial de libre-échange. Médecins Sans Frontières (MSF) et deux mille personnes vivant avec le VIH/sida ont défilé dans les rues de la capitale indienne pour protester contre certaines dispositions toujours présentes dans cet accord. L’accès à des médicaments à bas prix dans les pays en développement pourrait en effet être sérieusement restreint.

Manifestation à Delhi © Syddharth Singh/MSF

« Nous avons vu trop de personnes mourir à cause de traitements chers », rappelle le Dr Unni Karunakara, Président international de MSF. « Nous ne pouvons pas accepter que cet accord commercial tarisse cette source de production de médicaments abordables. » 

Les gouvernements, les agences des Nations Unies ou MSF dépendent largement de la production de génériques indiens pour traiter les personnes dans les pays en développement. Grâce à la concurrence des médicaments indiens, le prix des premières lignes de traitement contre le VIH/sida a été réduit de 99% entre 2000 et 2012, passant de 10 000 dollars par an et par patient à environ 150 dollars aujourd’hui. La mise sous traitement de millions de patients a alors été possible. Plus de 80% des médicaments anti-sida utilisés pour les 6,6 millions de séropositifs traités dans les pays en développement et 90% des traitements pour les enfants proviennent de compagnies indiennes. MSF et d’autres acteurs de santé utilisent également les génériques indiens pour traiter d’autres pathologies.  

« Je ne suis pas d’accord que des considérations commerciales aient un droit de vie ou de mort sur moi », explique Mundrika Gahlot du Delhi Network of Positive People. « Nous sommes ici aujourd’hui pour dire à l’Inde et à l’Union Européenne qu’on ne négocie pas avec nos vies. »

Les règles du commerce en vigueur limitent déjà la production de versions génériques de médicaments récents. L’accord actuellement négocié pourrait rendre la situation encore plus difficile, en créant de nouvelles barrières. A cette réunion, les deux parties devraient donc faire certains compromis. L’UE avait notamment tenté de faire accepter à l’Inde des mesures affectant la production, l’enregistrement et la distribution de médicaments génériques à bas prix.

MSF s’inquiète particulièrement de certaines mesures d’application soutenues par l’UE qui pourraient empêcher les médicaments destinés à l’exportation vers les pays en développement de quitter les ports indiens, et qui pourraient même faire encourir des procédures judicaires à des organisations comme MSF. 

« Avec cet accord, l’UE tente réellement de restreindre la production de médicaments génériques indiens, alors qu’ils nous permettent de garder en vie des millions de personnes», explique Piero Gandini, chef de mission MSF en Inde. « En achetant simplement des médicaments indiens destinés aux patients de nos projets, des acteurs de santé comme MSF pourraient être attaqués ».

Comme à New Delhi, d’autres rassemblements d’activistes et de personnes vivant avec le VIH/sida ont eu lieu cette semaine au Népal, en Malaisie, au Royaume-Uni, en Afrique du sud et au Cameroun.

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