
Jour après jour, des milliers de Somaliens continuent d’arriver dans le camp surpeuplé de Dadaab, dans le nord-est du Kenya. Ils fuient le conflit en Somalie et leur sort a empiré avec la sécheresse qui affecte leur pays. La région souffre d’une grave sécheresse après deux mauvaises saisons de pluie. Ce qui aggrave encore la situation des réfugiés. Une fois arrivés à destination, épuisés par des jours voire des semaines de voyage, ils reçoivent une assistance inadéquate.
En effet, les trois camps de Dadaab (Ifo, Hagadera et Dagahaley), qui constituent le plus grand camp de réfugiés au monde, affichent complets. Les nouveaux arrivants doivent s’installer dans des abris de fortune en périphérie du camp. La population des camps approche les 400 000 habitants alors qu’ils avaient été prévus pour en héberger 90 000. Le nombre de nouveaux arrivants augmente chaque mois, avec une moyenne de 500 arrivées par jour. MSF fournit des soins médicaux aux 113 000 occupants de Dagahaley et également aux nouveaux arrivants à l’extérieur d’Ifo.
Chaque jour, une équipe médicale de MSF évalue l’état de santé des réfugiés qui viennent d’arriver au centre de réception. Le dépistage systématique des enfants âgés de moins de cinq a fait apparaître des taux de malnutrition inquiétants. A la mi-juin, MSF a donc procédé à une rapide évaluation nutritionnelle. Les résultats ont dépassé les pires craintes.
Durant les trois jours de l’évaluation nutritionnelle, quelque 500 enfants entre six mois et cinq ans ont été mesurés et pesés. 37,7% d’entre eux souffraient de malnutrition aigüe globale, dont 17,5% étaient sévèrement atteints avec un risque élevé de décès. Les enfants jusqu’à dix ans présentaient aussi des taux de malnutrition importants.
«Je m’attendais à trouver une situation difficile mais pas aussi catastrophique», rapporte Anita Sackl, la coordinatrice de cette évaluation nutritionnelle. «La majorité des nouveaux arrivants actuels ont fui parce qu’ils n’avaient plus rien à manger et pas seulement parce que leur pays est en guerre», ajoute-t-elle.
Vu les résultats inquiétants enregistrés dans les zones hébergeant les nouveaux arrivants, MSF inclut désormais les enfants âgés de plus de cinq ans dans ses programmes nutritionnels à Dagahaley.
La lenteur de l’aide humanitaire est également problématique. Les refugiés doivent attendre jusqu’à 40 jours avant d’être officiellement enregistré par le HCR et recevoir une carte donnant droit à des distributions de nourriture régulières. Dans l’intervalle, ils n’obtenaient qu’une ration alimentaire pour deux jours et un bidon en plastique de cinq litres d’eau.
«C’était totalement inacceptable», dénonce Monica Rull de MSF, qui se réjouit toutefois des récentes améliorations: «depuis le début du mois de juillet, les réfugiés reçoivent de la nourriture pour 15 jours. C’est cependant encore insuffisant. Le Programme alimentaire mondial (PAM) doit procéder à des distributions régulières. Une enquête nutritionnelle pour l’ensemble des camps de Dadaab devrait aussi être réalisée, y compris des enfants jusqu’à dix ans, afin d’adapter les programmes nutritionnels.» En outre, MSF réclame une accélération de la procédure d’enregistrement. Actuellement, il n’existe qu’un seul centre d’enregistrement dans le camp d’Ifo pour l’ensemble de l’énorme complexe de Dadaab.
Dans certaines zones des campements improvisés à l’extérieur de Dagahaley, MSF a également découvert que certains réfugiés ne recevaient même pas trois litres d’eau par jour. Un minimum vital pour des climats chauds mais qui ne permet pas d’assurer les besoins d’hygiène les plus basiques. Une augmentation de l’approvisionnement est nécessaire. Les équipes de MSF ont commencé à distribuer plus de 100 000 litres d’eau par camion chaque jour.
La pression monte sur l’hôpital géré par MSF dans le camp de Dagahaley ainsi que sur ses cinq centres de santé. Près de 1 600 enfants atteints de malnutrition aigüe sévère reçoivent actuellement des soins en ambulatoire. Plus de 700 nouvelles admissions sont enregistrées chaque semaine dans les programmes supplémentaires, la majorité provenant du poste de santé 8 récemment ouvert en périphérie du camp.
MSF appelle à nouveau tous les acteurs travaillant à Dadaab à augmenter leurs activités afin de fournir une assistance adéquate aux réfugiés, y compris à la frontière des camps. Il est aussi nécessaire de trouver des solutions acceptables pour désengorger le complexe de Dadaab.
MSF fournit des soins médicaux au Kenya depuis 1992 et travaille dans les camps de Dadaab depuis 14 ans. Depuis 2009, MSF est le seul et unique prestataire en soins médicaux du camp de Dagahaley. Dans ses cinq centres de santé et son hôpital de 170 lits, MSF fournit des soins aux 113 000 résidents du camp.
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