Malaria
Introduction
| Transmission et symptômes
| Traitement et problème de résistance
| Comment prévenir le paludisme?
| L'ASAQ: un nouveau médicament
| Drugs for Neglected Diseases (DNDi)
Introduction
© Francesco Zizola for MSF/AZG
Chaque année, la malaria tue entre 1 et 2 millions de personnes et en infecte 300 à 500 millions d’autres. Nonante pour cent des décès par malaria sont enregistrés en Afrique subsaharienne. Cette maladie est présente dans plus de 100 pays et menace 40 % de la population mondiale. En Afrique, la malaria est la première cause de mortalité chez les enfants de moins de cinq ans et dans le monde, elle tue un enfant toutes les trente secondes. Cette maladie a aussi des conséquences graves sur l'avenir des enfants qui peuvent en garder des séquelles neurologiques ou des troubles de l'apprentissage.
Non seulement la malaria tue, mais elle a aussi un énorme impact socio-économique : le paludisme cloue souvent ses victimes au lit, les empêchant même d'effectuer les tâches normales de la vie quotidienne. Cette maladie est synonyme d'une perte de revenus importante et constitue un lourd fardeau pour les familles de ses victimes, les systèmes de soins santé et la société dans son ensemble.
Transmission et symptômes
La malaria est provoquée par quatre espèces de Plasmodium protozoa (parasites monocellulaires): Plasmodium falciparum, vivax, ovale et malariae. Sur ces quatre espèces, la plus criminelle est le P. falciparum. La transmission du parasite par les moustiques anophèles est influencée par le climat et la géographie et enregistre souvent un pic pendant la saison des pluies.
En Afrique, près de la moitié de la population qui fait de la fièvre et suit un traitement antipaludique pourrait néanmoins ne pas être infectée par le parasite. Le diagnostic clinique de la malaria sans analyse de laboratoire augmente inutilement le coût des médicaments et accélère le développement de la résistance médicamenteuse. L'introduction de traitements plus efficaces et plus chers renforce l'importance de l'accès au diagnostic biologique fiable. Les tests de laboratoire de pointe permettent aujourd'hui de différencier les différentes espèces et de mesurer la charge parasitaire, mais demandent un équipement spécialisé et un personnel hautement formé, deux éléments non disponibles actuellement dans les environnements pauvres en ressources.
Dans la plupart des pays en développement, les laboratoires ne sont équipés que de microscopes et un simple comptage des parasites dans le sang confirme le diagnostic. Il s'agit d'une procédure diagnostique efficace mais les techniciens doivent être bien formés et les microscopes bien entretenus. L'autre méthode utilisée est celle du test diagnostique rapide basé sur l'utilisation d'une simple "tigette", plus rapide et plus facile à utiliser, mais cette méthode est plus chère et ne convient pas dans tous les cas. Le défi à relever est donc d'augmenter considérablement la disponibilité des tests diagnostiques biologiques. La capacité des laboratoires doit être développée et l'utilisation des tests rapides doit être étendue, et ceci surtout là où il n'y a pas de laboratoires ad hoc.
Traitement et problème de résistance
La chloroquine, mise au point en 1934, est un médicament très bon marché (0,10 dollars par traitement), facile à administrer et, qui plus est, un traitement qui a peu d'effets secondaires. Pendant longtemps, ce traitement a constitué le traitement antipaludique idéal mais son efficacité a considérablement diminué au cours de ces dernières décennies : aujourd'hui, dans de nombreuses régions d'Afrique, la résistance à la chloroquine dépasse 90 %. La résistance aux autres médicaments de première ligne augmente, elle aussi, rapidement et la résistance à la sulphadoxine-pyriméthamine (SP ou Fansidar), par exemple, dépasse déjà 60 % dans plusieurs régions du Burundi et de l'Ouganda. Les antipaludiques sont souvent administrés seuls (en monothérapie), mais l'Organisation mondiale de la Santé recommande désormais fortement de modifier les protocoles de traitement et d'opter pour un traitement combiné à base d'artémisinine (ACT).
En ciblant différents mécanismes biochimiques au niveau du parasite, les traitements combinés sont plus efficaces, permettent de raccourcir la durée du traitement et offrent une protection individuelle contre la résistance médicamenteuse. Le choix de l'ACT en tant que traitement de premier choix, aujourd’hui, fait l'objet d'un vaste consensus. Les dérivés de l'artémisinine – extraits d'une plante chinoise – agissent rapidement, sont très puissants et s'avèrent complémentaires aux autres classes thérapeutiques. Pour l'instant, aucune résistance à l'ACT n'a encore été rapportée. Convaincus par ces faits, certains gouvernements africains modifient aujourd'hui leurs protocoles pour y préconiser le recours à l'ACT: le Burundi, le Cameroun, les Comores, la Côte d'Ivoire, la Guinée équatoriale, le Gabon, le Ghana, le Kenya, le Mozambique, le Sénégal, l'Afrique du Sud, la Zambie et Zanzibar (Tanzanie) ont déjà modifié leurs protocoles et 11 autres pays se tournent, eux aussi, vers l'ACT. Mais, l'adoption d'un protocole ne signifie pas sa mise en œuvre immédiate sur le terrain : en mars 2004, cinq pays africains seulement utilisaient l'ACT dans le secteur public (à savoir: l'Afrique du Sud, le Burundi, la Zambie, les Comores et Zanzibar, Tanzanie).
Comment prévenir le paludisme?
Les principales mesures de lutte contre le paludisme prévoient : un traitement rapide et efficace par des associations médicamenteuses comportant de l’artémisinine, l’utilisation de moustiquaires imprégnées d’insecticide et la pulvérisation d'insecticide à effet rémanent à l'intérieur des habitations pour lutter contre les moustiques vecteurs.
L’accès à des médicaments efficaces pour les pays en voie de développement, à défaut de prévenir l’infection, pourra éviter une progression fatale et diminuer la mortalité effroyable de cette maladie.
Un médicament anti-paludéen peut être administré en prévention aux femmes enceintes des pays d’endémie et aux personnes non immunes se rendant dans une zone à risque pour limiter le développement de l’infection.
Il est important également de rester vigilant dans certaines situations (changements climatiques, catastrophes naturelles, déplacements de populations) pouvant favoriser l’apparition d’épidémies dans les zones à risques, afin d’apporter une aide précoce.
Le risque d’infection peut être par ailleurs diminué grâce à l’utilisation de moustiquaires imprégnées d’insecticides, aux répulsifs et au port d’habits longs.
L'ASAQ: un nouveau médicament
Simple d'utilisation, peu cher et non breveté
© MSF
L'ASAQ est un nouveau médicament contre le paludisme, simple d’utilisation, peu cher et non protégé par un brevet, associant en un seul comprimé l’artésunate et l’amodiaquine. Ce traitement est le fruit de la recherche menée en partenariat par la DNDi (Drugs for Neglected Diseases initiative) et Sanofi-Aventis. Il montre qu'un nouveau médicament peut être mis directement dans le domaine public pour un accès le plus large possible dans les pays pauvres.
"Combiner ces deux médicaments en un seul comprimé représente un net progrès dans le traitement du paludisme", explique le Dr Michel Queré, le coordinateur médical MSF au Tchad, dont les équipes ont soigné près de 80.000 malades en 2006. "Les enfants, par exemple, prendront un seul comprimé par jour pendant trois jours, contre 4 pendant 3 jours pour les traitements existants. En le simplifiant, il facilite le suivi du traitement et limite les risques de résistance chez les malades."
L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande les combinaisons à base d’artémisinine pour traiter le paludisme. Mais ce traitement vital reste peu accessible: moins de 80 millions de traitements ont été rendus disponibles dans le monde en 2006, alors que l’on compte entre 400 et 500 millions de cas chaque année. En 2006, MSF a traité près de 1,7 million de patients avec de l’artésunate et de l’amodiaquine pris séparément.
L'accès aux dérivés d’artémisinine est fortement limité par leur prix. Or, la nouvelle combinaison à dose fixe ASAQ coûtera moins de 38 centimes d'euro pour les enfants de moins de 5 ans et moins de 77 centimes d'euro pour les adolescents et les adultes, soit près de deux fois moins cher que les médicaments existants. Une baisse de prix supplémentaire restera toutefois nécessaire pour rendre le nouveau médicament le plus accessible possible.
"L’ASAQ est le premier produit lancé par la DNDi et ses partenaires et démontre la validité d’une nouvelle approche dans le domaine de la recherche et développement, centrée sur les besoins des malades des pays pauvres. Que ce médicament ne soit protégé par aucun brevet en fait un modèle intéressant pour de futures recherches sur les maladies négligées", explique le Docteur Christophe Fournier, président du Conseil international de MSF. "En effet, il sera possible à tout fabricant de produire l'ASAQ, permettant d’avoir plusieurs sources de production, de générer de la concurrence, donc d’en diminuer le prix et de le rendre plus accessible."
Médecins Sans Frontières s'apprête à utiliser ce nouveau médicament et à le substituer aux comprimés d’artésunate et d’amodiaquine pris séparément dans les zones où cette combinaison est recommandée et où son efficacité reste élevée. ASAQ est la seconde combinaison à dose fixe à base d’artémisinine à être lancée sur le marché après l’association artéméther/luméfantrine mais d’autres combinaisons devront être développées.
Drugs for Neglected Diseases (DNDi)
Une initiative pour des médicaments pour les maladies négligées
La DNDi est une organisation de recherche indépendante et à but non lucratif créée en 2003 par MSF, l'Institut Pasteur, l'Oswaldo Cruz Foundation (Brésil), l'Indian Council for medical research, le Kenyan medical research institute et le Ministère de la Santé malaisien.
ASAQ est le premier médicament développé par la DNDi. Avec un portefeuille de 22 projets, la DNDi vise à développer de nouveaux médicaments pour les maladies négligées, comme le paludisme, la leishmaniose, la trypanosomiase africaine et la maladie de chagas.