Femmes et santé
Introduction
| La santé des femmes: problématiques spécifiques
| L'approche opérationelle de MSF
Introduction
© Julie Rémi
Trop peu connue, la santé maternelle et reproductive recouvre tous les aspects de la santé de la femme de sa grossesse, à l’accouchement jusqu' au postpartum. Consciente de l'importance que revêt la santé maternelle et reproductive, MSF s’est investie dans 50 projets proposant un panel d’activités et de soins variés (soins obstétricaux d’urgence, consultations pré- et post-natales, services de planification familiale, VIH/sida, etc.) avec tout récemment une attention particulière au problème des fistules obstétricales.
Force est cependant de constater que, dans nos contextes d’intervention, la grande majorité des femmes n’a toujours pas accès à ces soins répondant à leurs besoins de santé spécifiques. Une négligence de la prise en charge des femmes qui est à l’origine de leur extrême vulnérabilité. Que ce soit dans des zones de conflit ou de post-conflit, dans des camps de réfugiés ou de déplacés, mais aussi dans des zones rurales reculées ou des zones urbaines précarisées comme les bidonvilles ou simplement la rue, les femmes font face à un paradoxe: être très vulnérables, tout en jouant un rôle central dans la prise en charge de leur famille.
En plus d’une réponse insuffisante à leurs besoins spécifiques en matière de santé, les femmes peuvent être fragilisées du fait de leur place dans la société. Aussi bien dans les situations d'urgence que dans les contextes stables, les femmes sont de plus en plus exposées à toutes formes de violence et encourent des risques importants de contracter des infections sexuellement transmissibles, dont le virus du sida. Par ailleurs, les conséquences médicales lors de la grossesse, de l’accouchement ou de la période postpartum de certaines pratiques traditionnelles, comme les mutilations génitales, peuvent parfois les mener à la mort, ou être au moins, très invalidantes pour les femmes.
La lutte contre la réduction de la mortalité maternelle constitue l'objectif opérationnel principal qui guide MSF au sein de ses différents projets en santé maternelle et reproductive. Cette mission apparaît d'ailleurs comme vitale quand on sait que le nombre de femmes qui décèdent est 100 fois plus élevé sur le continent africain qu'en Belgique.
La santé des femmes: problématiques spécifiques
Soins obstétricaux d’urgence
Selon les estimations près de 529.000 femmes, soit une femme chaque minute dans le monde, meurent chaque année dans le monde en développement de complications qui surviennent pendant la grossesse et l’accouchement.
Dans les zones instables, il n’est pas rare que les femmes doivent accoucher sans assistance le long des routes ou en pleine brousse. Dans les zones de conflit, les taux de mortalité maternelle peuvent atteindre des records vertigineux. Pour les femmes qui accouchent seules ou avec l’aide d’une sage-femme traditionnelle, le retard pour accéder à des soins obstétricaux peut leur être fatal.
MSF est témoin du fait que certaines femmes arrivent bien souvent trop tard : elles doivent parfois choisir entre le risque de parcourir de longues distances, dans des contextes potentiellement dangereux, ou celui de donner naissance là où elles se trouvent, sans disposer du strict nécessaire pour un accouchement dans de bonnes conditions d’hygiène.
Les pathologies qui tuent les femmes sont identiques dans tous les pays. Il s’agit le plus souvent de cas d’hémorragie, de septicémie, de (pré-)éclampsie, d’avortement non-médicalisé ou de conséquences d’un travail bloqué. C’est le manque d’accès à des soins obstétricaux dans les pays en développement qui les tuent. MSF oeuvre ainsi à travers des programmes de santé maternelle pour que les femmes soient assistées lors de leur grossesse et de l’accouchement par du personnel de santé qualifié, qu’elles aient accès à des soins obstétricaux d’urgence en cas de complications et aide à améliorer le service de référence vers les services obstétricaux.
Les fistules obstétricales: évitables et curables mais toujours négligées
Les fistules résultent le plus souvent d’un accouchement anormalement long. Il s’agit d’un orifice entre le vagin et la vessie et/ou le rectum. Les femmes atteintes de fistules souffrent d’incontinence et sont le plus souvent rejetées par leur famille ou par leur communauté. Selon les estimations, elles sont plus de 2 millions à vivre avec des fistules obstétricales.
La lutte contre les fistules passe par la prévention (accès à des soins obstétricaux d’urgence) et le traitement par intervention chirurgicale. En Côte d’Ivoire, MSF a traité quelque 130 femmes atteintes de fistules. Aujourd’hui, une équipe "volante" permet d’étendre ces interventions à d’autres pays.
Le paludisme pendant la grossesse
Chaque année, près de 10.000 femmes et 200.000 de leurs nourrissons meurent des suites du paludisme. En effet, l’immunité des femmes enceintes est affaiblie, surtout en fin de grossesse, ce qui les rend plus sensibles à des infections, accroissant ainsi le risque de maladie, d’anémie sévère et de mort.
Dans de nombreux pays où la malaria constitue une menace à la fois pour les femmes enceintes et leurs enfants à naître, MSF met l’accent sur la prévention et la prise en charge de la maladie pendant la grossesse.
La violence (sexuelle)
En plus d’une réponse insuffisante à leurs besoins spécifiques en matière de santé, les femmes peuvent être fragilisées du fait de leur place dans la société. Aussi bien dans les situations d'urgence que dans les contextes stables, les femmes sont de plus en plus exposées à toutes formes de violence.
Les conséquences d'un conflit armé affectent en effet davantage les femmes et les jeunes filles du fait de leur statut social et de leur sexe. ”La violence à caractère sexiste est un phénomène qui s'accentue de manière endémique lors de conflits”, remarque le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Les femmes et les jeunes filles sont l'objet de cibles potentielles et sont victimes de violences sexuelles traumatisantes, aux conséquences physiques et psychologiques les plus souvent irrémédiables. Le meurtre, la torture, l'esclavage sexuel, la grossesse forcée, l’exploitation sexuelle, sont là autant d'autres formes de violences commises envers les femmes dans certains conflits.
Pour MSF, la prise en charge des victimes de viols et autres violences sexuelles dans les zones de conflit est à la fois une priorité mais également un énorme défi.
Bien que le phénomène de violence est plus connu en période de conflit, MSF constate qu’il s’exerce également dans des contextes plus stables et que les victimes sont de plus en plus jeunes. Il s’agit d’une atteinte profonde à la dignité humaine avec des conséquences en termes de santé publique importantes (blessure physique et mentale, grossesses non désirées, maladies infectieuses dont le VIH/sida). MSF apporte un soutien aux victimes de ces violences. Ce volet médical inclut l’administration d’une prophylaxie contre les infections sexuellement transmissibles (dont le VIH). Si la victime se présente à temps, elle bénéficiera d’une contraception d’urgence. MSF prévoit également un volet psychosocial.
La féminisation du VIH/sida
Les taux d’infection du VIH/sida sont en progression constante parmi les femmes. En Afrique, les femmes représentent 59% des adultes vivant avec le virus du sida. Ce pourcentage croissant s’observe également en Asie.
La section belge de MSF a développé des activités et des projets de lutte contre le VIH/sida dans 17 pays. Plus de 62% de nos patients sous ARV sont des femmes. MSF inclut également une composante permettant de prévenir la transmission du virus de la mère (la femme enceinte) à l’enfant.
L'approche opérationelle de MSF
Si MSF vient en aide à toutes les populations, sans distinction ni discrimination. Elle intègre, néanmoins, la vulnérabilité spécifique des femmes dans son approche opérationnelle. Dans ses différentes zones d'intervention, MSF constate quotidiennement que la santé des femmes est particulièrement exposée lors d’une crise humanitaire. Différentes raisons expliquent que les femmes sont nombreuses à ne pas obtenir de soins ou de traitements adéquats: la réponse médicale à leurs besoins spécifiques est insuffisante, voire négligée, soit pour des raisons financières, sécuritaires, socioculturelles, ou tout simplement d’absence de structures de santé à des distances acceptables.
Pour pallier à ce manque, MSF s'engage en faveur des femmes en tentant de leur fournir des soins spécifiques et adéquats. Les défis dans la prise en charge de la santé de la femme sont nombreux: que ce soit pour le suivi des victimes de violences sexuelles; pour trouver du personnel médical féminin dans des contextes où il en manque cruellement, pour construire ou aménager des espaces qui respectent l’intimité des femmes; ou tout simplement pour les inciter à venir accoucher dans nos structures de santé afin d'éviter d'éventuelles complications souvent mortelles.
Dans les camps, 70% à 80% des personnes réfugiées ou déplacées sont des femmes et des enfants. Ce chiffre pouvant atteindre 90% pour certaines populations de réfugiés. MSF porte une attention particulière aux femmes vivant dans ces camps en adaptant ses infrastructures logistiques (abris, localisation des sanitaires, distribution d’eau et de nourriture). Par ailleurs, malgré les difficultés (peur de représailles, stigmatisation et loi du silence), MSF organise la prise en charge médicale et psychologique des personnes victimes de violences sexuelles.