MSF cesse tout effort pour ouvrir un programme de prise en charge de la tuberculose résistante en Mongolie Intérieure.
© Sam Faulkner
Après avoir essayé, pendant près de deux ans, de parvenir à un accord avec le programme de contrôle de la tuberculose en Chine, MSF abandonne tout effort d’ouverture d’un projet basé en Mongolie Intérieure pour la prise en charge médicale de personnes souffrant de tuberculose multi-résistante (TB-MDR). Alors qu’initialement, le programme de contrôle de la tuberculose en Chine avait demandé à MSF de mettre en place un tel projet dans la préfecture de Chifeng, à ce jour, aucun accord n’a pu être établi. MSF estime donc qu’il n’y a plus de raisons de continuer à allouer des ressources à l’ouverture d’un projet qui ne verra probablement pas le jour.
« Les négociations ont été extrêmement frustrantes », explique Luc Van Leemput, responsable de programme à Bruxelles, anciennement chef de mission en Chine. « On sait que les processus administratifs prennent du temps en Chine, mais après presque deux ans d’avancées et de reculs, sans issue concrète, nous devons accepter que nous sommes empêchés d’apporter des soins médicaux plus que nécessaires et vitaux aux patients souffrant de TB-MDR en Mongolie Intérieure. Dans cette région, où le taux de tuberculose résistante est élevé, c’est une très mauvaise nouvelle pour les malades qui restent sans soins. »
Les points d’achoppement concernent les questions de contrôle du budget et des moyens financiers de MSF, le droit d’utiliser des médicaments ayant déjà fait preuve de leur efficacité dans d’autres projets MSF, ainsi que le dépistage des crachats dans des laboratoires. Par deux fois, MSF et les autorités sanitaires chinoises sont parvenues à un accord oral sur tous les points. Et pourtant, aucun accord n’a pu être mis en place et signé.
La TB-MDR ne répond plus aux traitements habituels de la tuberculose. La soigner est complexe, long, coûteux et les effets secondaires sont nombreux. La propagation de la TB-MDR est considérée par les experts en santé publique comme l’un des plus sérieux défis épidémiologiques actuels.
Avec environ 140.000 cas de TB-MDR rapportés, la Chine est au premier rang des pays les plus touchés par l’infection, avant l’Inde (87.000 cas) et la Fédération de Russie (34.000 cas). L’Organisation Mondiale de la Santé estime que 39% des cas mondiaux sont en Chine (Anti Tuberculosis Drug Resistance in The World Report Nr 4, February 2008). En Mongolie Intérieure, 6,5% des gens testés positifs à la tuberculose, et qui n’ont pas reçu de traitement avant, sont diagnostiqués comme étant déjà multi-résistants ; parmi ceux qui ont déjà reçu un traitement, 36% sont multi-résistants.
MSF a lancé les négociations avec les autorités chinoises en avril 2007 et a, depuis cette date, engagé des discussions à un très haut niveau national, provincial et préfectoral. « Nous avons épuisé toutes les possibilités », déplore Luc. « Nous avons soumis, modifié, soumis à nouveau des propositions. Nous avons envoyé des spécialistes et des hauts responsables de notre organisation à Beijing et Chifeng ; au mieux ils ont participé à des réunions sans conclusion - au pire, ils n’ont vu personne. Pendant ce temps, des malades restent sans traitement. »
MSF a pourtant une expérience certaine en matière de traitement de la TB-MDR dans de nombreux autres pays dont l’Afrique du Sud, le Kenya et l’Inde. En Chine, l’organisation continue de mener son programme VIH/sida situé à Nanning, dans la province du Guanxi et son programme de soins de santé mentale dans la province du Sichuan.