L’usage à grande échelle de traitements efficaces contre le paludisme pourrait enfin devenir possible en Afrique, où cette maladie est la première cause de mortalité infantile. L’organisation humanitaire Médecins Sans Frontières (MSF) met cependant en garde : faute de moyens financiers mis immédiatement à disposition pour accélérer la production des traitements ACT, des combinaisons de médicaments à base d’artémisinine (« Artemisinin-based Combination Therapy », ou ACT), ceux-ci risquent de ne pas être disponibles en quantité suffisante.
«<cite> L’ACT est un véritable espoir pour l’Afrique. De plus en plus de pays avec des taux de résistances importants aux anciens traitements commencent à l’utiliser et ceci avec des résultats excellents</cite>, » explique le Dr. Jean-Marie Kindermans, Président de MSF-Belgique, et un des principaux experts MSF dans la lutte contre le paludisme. « <cite>Il est urgent toutefois que les bailleurs de fonds et les producteurs prennent des mesures afin d’éviter une rupture dans l’approvisionnement des traitements ACT. Comme les composants essentiels de ces combinaisons sont extraits de plantes, il faut que les commandes en médicaments soient passées aujourd’hui pour qu’il y ait suffisamment de plantes à disposition pour répondre à l’énorme augmentation des besoins en traitements prévue pour l’année prochaine</cite>. »
Les traitements ACT sont utilisés depuis plus que 10 ans en Asie, mais sont nouveaux pour l’Afrique. Ils sont dès lors un élément essentiel du programme « Roll Back Malaria » de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) sur le continent africain. Quatorze pays africains ont déjà officiellement changé leurs protocoles nationaux et inclus l’ACT. Cinq autres pays (l’Afrique du Sud, le Burundi, les Comores, la Zambie et la Tanzanie) l’utilisent déjà dans leurs cliniques publiques. Beaucoup d’autres pays sont en train de revoir leurs politiques nationales afin d’étudier si un changement à l’ACT s’impose.
En octobre 2002, MSF a décidé d’utiliser l’ACT partout où c’était possible. Aujourd’hui, 50% des patients souffrant du paludisme et traités par MSF le sont avec de l’ACT. Tous les jours, MSF traite en Afrique en moyenne 3.000 personnes affectées par le paludisme, c’est à dire plus de 1,1 million de patients par an.
«<cite> Chaque jour, nous voyons la différence</cite> », raconte Dominique Fouché, coordinateur du programme malaria de MSF à Makamba, au Burundi, un pays qui vient d’inclure l’ACT dans son protocole national. « <cite>Avec les ACT, nos patients se rétablissent plus vite et s’ils reviennent, c’est avec moins de symptômes potentiellement mortels. Lorsque le programme s’étendra sur une plus large échelle au Burundi, nous allons voir chuter le nombre de patients – surtout les enfants - affectés par le paludisme.</cite> »
L’OMS estime qu’en 2005, 132 millions de traitements seront nécessaires, dont 92 millions pour l’Afrique uniquement. Pour éviter une rupture des stocks d’ACT, les bailleurs de fonds internationaux doivent immédiatement stimuler la production de l’Artemisia annua, l’extrait de la plante utilisée. Cette plante est cultivée en Chine et au Vietnam. La prochaine saison pour planter (décembre 2004) sera l’occasion d’augmenter la culture. Il faut donc très prochainement en informer les paysans.
La recherche pour la malaria est 1.000 à 10.000 fois moins financée que la recherche sur le SIDA, et à l’exception de l’ACT, très peu d’avancées ont été enregistrées pour de nouvelles molécules. Il y a donc un besoin urgent de plus de recherche et de développement pour de nouveaux traitements anti-paludisme. Trouver une solution à ces problèmes urgents nécessitera un engagement beaucoup plus conséquent de la part de la communauté