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Récits du Pakistan

Matinée mouvementée au service des urgences de l’hôpital de Dargai

© Jobi Bieber

Dans le district du Malakand, dans la province pakistanaise de la Frontière du Nord-Ouest (NWFP), la population locale est affectée par le conflit qui oppose l’armée gouvernementale et des groupes d’opposition armés.

MSF l’une des seules organisations internationales présentes dans la région, a apporté depuis 2006 son soutien à l’hôpital de Tehsil Headquarters (THQ), situé dans la ville de Dargai. L’équipe médicale de MSF (composée de médecins, de chirurgiens, d’un anesthésiste, d’un infirmier et d’un gynécologue) travaille, en collaboration avec le personnel du ministère de la Santé, au service des urgences, au bloc opératoire et dans le service d’hospitalisation de l’hôpital.

Autrefois, cet hôpital était considéré par les locaux comme un lieu où il ne valait pas la peine de s’arrêter pour recevoir des soins, à moins de ne pouvoir faire autrement. Deux ans plus tard, pour les habitants de Dargai, la capitale du district de Malakand, il est possible de recevoir des soins en toute confiance dans l’hôpital de Tehsil Head Quarters (THQ).

Preuve de cette confiance, le nombre de personnes alignées sur les bancs de la salle d’attente de l’hôpital qui se pressent chaque jour à la suite d’un accident de la route, de tirs ou simplement à cause d’une maladie.

Médecins Sans Frontières a commencé à travailler à Dargai en décembre 2007, avec la mise en place d’un service des urgences et peu après, d’un bloc opératoire où sont effectuées des interventions de chirurgie traumatologique et élective. Une clinique de santé materno-infantile a également vu le jour pour prendre en charge les accouchements compliqués. De plus, un service d’hospitalisation d’une capacité de 40 lits a également été mis en place en renfort.

En face du modeste hôpital de Dargai, se dresse la façade squelettique de trois étages d’un hôpital d’une capacité d’accueil de 120 lits, toujours en construction après presque un an. Pour l’instant, ce nouvel hôpital n’est d’aucun secours pour personne.

C’est bien dans la salle des urgences de l’hôpital de Dargai que des vies sont sauvées, qu’il s’agisse de patients grièvement malades ou de blessés stabilisés avant d’être référés par ambulance vers des hôpitaux régionaux plus importants et mieux équipés à Peshawar ou Islamabad, respectivement situées à une et deux heures de route.

Ce matin a été particulièrement agité dans la salle des urgences, où deux jeunes garçons blessés dans des accidents de la route sont soignés par les infirmiers et les médecins. Les couloirs du service sont bondés de patients et de leurs proches.

Au même moment, à la porte à côté de la salle d’opération, Lynette Dominquez, chirurgienne MSF, pose les derniers points de suture après une opération de l’appendicite, avant de s’occuper d’un autre patient.

Bien que la plupart des interventions chirurgicales relèvent de procédures électives – comme ce patient âgé de 35 ans qui vient de subir une opération de l’appendicite –38 % des patients qui passent par le bloc opératoire relèvent de l’urgence et de la traumatologie.

Le patient suivant de Lynette est un jeune fermier âgé de 25 ans, en attente d’une amputation de la main droite ainsi que d’une intervention de chirurgie réparatrice après qu’une grenade a explosé dans sa main.

« Il était en colère contre son épouse et a lancé sur elle une grenade. Mais une seconde après avoir dégoupillé l’explosif, son enfant est entré dans la pièce. L’homme a tenté de refermer la grenade, mais c’était trop tard », explique Lynette tout en poursuivant son travail.

La mère et son enfant ont survécu à l’accident et ne souffrent que de blessures légères. Mais la puissance de l’explosion a tranché la main droite de l’homme, tandis que des éclats ont touché sa joue et blessé grièvement son pied droit.

Si l’opération avait dû être menée ailleurs, elle aurait coûté au fermier et à sa famille entre 20 000 et 40 000 roupies (160 à 320 euros environ). Et ce pour la première intervention seulement.

La plupart des patients de Lynette et de l’anesthésiste Margarita Quilala, toutes deux originaires des Philippines, doivent faire face à des histoires aussi tragiques. « Mais quand on essaie de sauver des vies, il ne s’agit pas de juger ce qui amène les patients sur la table d’opération. On fait face à chaque cas, au fur et à mesure qu’ils arrivent », conclue Margarita.

De retour dans la salle des urgences, le Dr Jonathan Starke, originaire d’Afrique du Sud, tente de définir la meilleure manière de réanimer une jeune fille du nom de Rubina qui vient tout juste d’être amenée. En dépit des efforts de son oncle qui transporte avec lui un sac rempli de médicaments, d’ordonnances et autres documents médicaux, Jonathan et ses collègues du ministère de la Santé peinent à diagnostiquer ce dont souffre la jeune fille.

Quand Rubina a eu des convulsions, sa famille l’a d’abord emmenée au dispensaire local où elle a reçu une injection à la demande de sa famille. Suite à cela, la petite a vomi, s’est évanouie et a fini par perdre connaissance.

« Nous ignorons totalement ce qu’on lui a injecté et il est extrêmement difficile de déterminer si c’est cette injection qui a causé son état où s’il s’agit de toute autre chose. Il s’agit d’un cas très délicat », dit Jonathan.

Comme souvent au Pakistan, les patients se voient prescrire plus de médicaments que nécessaire. Il arrive souvent que ce soit les patients eux-mêmes qui réclament des injections et plusieurs prises de médicaments, pensant qu’une large offre de traitements est le signe d’une médecine de qualité.

La prescription excessive d’antibiotiques est particulièrement inquiétante car elle conduit presque toujours à des résistances chez les patients ce qui signifie que ces médicaments finissent par avoir peu d’effet contre une infection.

« La résistance aux antibiotiques est un énorme problème. Car cela implique que certaines bactéries demeurent totalement résistantes à absolument tout. Et lorsque le patient est de nouveau malade, plus rien ne permet de le soigner en raison du nombre limité d’antibiotiques disponible », explique Jonathan.

Plus tard, Jonathan doit retrouver son collègue MSF le Dr Asmatullah Sayyed pour faire la tournée des patients admis à l’hôpital. C’est là que se trouve Karim, un jeune homme âgé de 17 ans qui, souffrant de tuberculose, est soigné dans une chambre isolée.  Karim a développé une toux persistante depuis quatre mois. Il a brutalement perdu beaucoup de poids  et alors qu’il travaillait aux champs avec son père, a commencé à se sentir très faible.

Tandis que les deux médecins l’examinent, les yeux verts de Karim s’illuminent. Il dit se sentir déjà mieux bien qu’il soit toujours alité. « J’en sais plus sur ma maladie et je sais grâce aux docteurs à quel point mon traitement est important. Mon père est un homme fort et j’espère être comme lui dès que j’irai mieux », dit le jeune homme.

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