Rougeole et vaccination
Rougeole: continuons la vaccination
© Spencer Platt/Getty Images
On la croit bénigne. Elle l’est pour la très grande majorité des enfants de nos pays qui ne souffrent pas de malnutrition. Pour les autres, tous ceux qui sont fragilisés par le manque de nourriture ou la mauvaise qualité des aliments à leur disposition, la rougeole est encore trop souvent mortelle.
La lutte contre la maladie passe par la vaccination. Avec des résultats spectaculaires puisque les nombreuses campagnes menées depuis 2000, ont fait chuter le nombre de décès de près de 70%. MSF a ainsi mené de larges campagnes de vaccination contre la maladie au Niger, au Tchad et en République démocratique du Congo.
Mais il en reste encore 250.000 ! 250.000 enfants qui meurent chaque année, faute d’avoir pu bénéficier d’un vaccin qui ne coûte que 0,23 euro.
Niger: 700.000 enfants vaccinés
© Nico Heijenberg / MSF
Seule la vaccination protège contre la rougeole. Pour contrer une flambée de la maladie, MSF est intervenu auprès d’environ 700.000 enfants nigériens âgés de 6 mois à 15 ans. Durant 7 semaines, les équipes médicales ont procédé à une vaccination de masse auprès de cette population cible et ont soignés les enfants souffrant de rougeole.
Depuis le début de l'année, près de 1’900 cas de rougeole ont été reportés par les autorités sanitaires au Niger. Pourtant, ces dernières avaient mis en place diverses mesures de prévention. Ainsi, les enfants âgés de 9 mois à 5 ans ont été vaccinés en masse au début de l’année. En dépit de cette campagne nationale, la rougeole a fait une nouvelle percée au sud du pays. MSF est donc intervenue dans les régions de Zinder et Maradi, frontalières au Nigéria. Après 1 mois et demi d’intervention, l’épidémie a été contenue et la couverture vaccinale est aujourd’hui supérieure à 91% chez les enfants âgés de 6 mois à 15 ans.
Aucun traitement efficace contre la rougeole
« On la croit bénigne. Et pourtant, la rougeole reste une importante cause de mortalité chez l'enfant avec près de 250’000 décès par an. Ces chiffres sont d'autant plus choquants qu'un vaccin efficace et peu coûteux (moins de 0,30 euros) existe depuis 30 ans. » rappelle Gérard Bedock, chef de mission au Niger.
Le moyen le plus efficace de prévenir les épidémies de rougeole et de lutter contre la flambée actuelle passe donc par une couverture vaccinale élevée de la population. Aujourd'hui, il n'existe aucun traitement du virus impliqué dans la rougeole. Seuls les symptômes (fièvre notamment) peuvent être endigués.
La vaccination, non obligatoire, permet donc de se prémunir efficacement contre la maladie. Cette prévention est d'autant plus importante que plus la couverture vaccinale est élevée dans la population, moins il y a de risques de contamination collective. Généralement, les épidémiologistes estiment qu'un pourcentage inférieur ou égal à 85% est insuffisant. De plus, la maladie peut faire des ravages chez les enfants malnourris, déjà affaiblis. Le taux de mortalité peut alors atteindre un enfant sur quatre. Or, au Niger, le contexte alimentaire est difficile et les enfants de moins de cinq ans sont les premiers touchés par la malnutrition.
Vacciner les moins de 15 ans
Le gouvernement du Niger a conduit une campagne de vaccination de rougeole des enfants de moins de 5 ans en janvier 2008 avec une bonne couverture vaccinale. Pourtant, 1’893 cas de rougeole ont été notifiés depuis le début de l’année dans les régions de Zinder et Maradi. Parmi eux, de nombreux patients avaient entre 5 et 15 ans. Etendre l’age cible de vaccination jusqu’au quinzième anniversaire permet de diminuer de manière beaucoup plus importante la transmission.
Les études réalisées par MSF et Epicentre ont montré que l’extension de la classe d’âge vaccinée à 15 ans a beaucoup plus d’impact qu’une couverture vaccinale optimale jusqu’à 5 ans, même si après l’intervention de MSF, la couverture vaccinale atteignait 91 % pour les 6 mois à 15 ans. Enfin, l’éventuelle deuxième dose reçue par les enfants âgés de 6 mois à 5 ans permet d’étendre dans le temps leur protection contre la rougeole. Ce sont pour ces raisons que MSF a décidé d’intervenir en urgence durant 7 semaines au Niger.
Deux axes stratégiques de vaccination
Les régions de Zinder et Maradi sont découpées en aires de santé, elles même composées d'une partie urbaine et d'une partie périurbaine, en fait très rurale. Ces deux contextes géographiques et démographiques très différents demandent d’adapter les stratégies de vaccination selon deux axes : d’une part une vaccination de masse dans les villes pour éviter au plus vite toute transmission du virus, et d’autres part, une intervention plus mobile dans chaque village.
177 cas de rougeole ont été pris en charge par MSF depuis le début de l'intervention. Environ 10 nouveaux malades étaient découverts chaque jour, et parmi eux, environ 3 nécessitaient un isolement. Début mai, le centre de soins comptaient encore 18 enfants. Mais depuis 15 jours, aucun nouveau cas positif à la maladie n’a été reporté et la campagne de vaccination est terminée.
Tchad: Vaccination à la frontière
© Dieter Telemans
A Adré, petite ville tchadienne écrasée de chaleur située à la frontière avec le Soudan à la hauteur de Al Geneina, MSF a achevé le 16 mai une campagne de vaccination contre la rougeole pour les enfants de moins de quinze ans.
Le temps pressait pour les équipes de finir cette intervention qui se déroule avec une participation importante des autorités locales. En effet, le sentiment d’insécurité est de plus en plus pesant aux confins du Darfour soudanais et de l’est tchadien. La saison des pluies est attendue par tous avec impatience, synonyme de relative accalmie pour les actions des groupes armés que seule la montée des eaux dans les « ouadis » semble désormais pouvoir contenir.
Les premiers cas de rougeole étaient apparus à Adré dans un quartier de personnes déplacées de la périphérie de la ville pendant la seconde semaine d’avril. Cette ville frontière, hautement militarisée –ici une personne sur dix est un militaire - a vu converger au cours des trois années qui viennent de s’écouler des personnes déplacées en quête de protection, appartenant aux divers groupes de peuplement présents dans cette région du Ouaddaï : les Massalit, les Tamas et les Arabes.
Pendant la première semaine, 7 jeunes enfants malades avaient été accueillis au centre de soins soutenu par MSF, puis 3 nouveaux la semaine suivante, puis 5, puis à nouveau 7. Devant le danger représenté par la propagation de cette maladie hautement contagieuse pour les enfants et les adolescents, la décision fut alors prise, en accord avec les autorités locales de la santé, de vacciner l’ensemble des enfants de la ville. Outre le fait que l’issue de la maladie peut être fatale chez des patients vulnérables ou souffrant d’autres pathologies, la rougeole peut aussi provoquer de sérieuses complications, dont des encéphalites, chez des enfants ou de jeunes adultes à l’état de santé fragile ou souffrant de malnutrition.
Cette décision de vacciner était aussi renforcée par le fait que l’on pouvait s’attendre, à Adré, à une très faible couverture vaccinale. Les moyens du programme élargi de vaccination –2 vaccinateurs et une moto pour une population de 52’000 habitants- sont trop insuffisants pour assurer une couverture vaccinale correcte. Plus de 23’000 enfants de 6 mois à 15 ans étaient ainsi concernés.
Compte tenu de la situation d’insécurité qui prévaut actuellement dans l’est du Tchad –rappelons que le chef de mission de « Save the Children » a été tout dernièrement assassiné à quelques dizaines de kilomètres de Adré - de l’éloignement de cette localité et de la température extrême –le thermomètre ne descend pas pendant la journée au dessous de 43°C -, réaliser cette vaccination en urgence devenait un défi logistique et organisationnel auquel les autorités locales allaient largement s’associer.
Une fois les vaccins et le matériel de vaccination acheminés en toute sécurité par voie aérienne depuis les stocks MSF à Bordeaux, la stratégie se met en place : 6000 enfants sont ainsi vaccinés en 2 jours dans les 12 écoles et lycées de la ville grâce à une mobilisation importante de l’inspection académique et des directeurs des établissements scolaires.
6 autres jours seront nécessaires pour vacciner dans les quartiers les 17’000 enfants et jeunes restant, en dispatchant les équipes sur 4 sites principaux de vaccination et en envoyant des équipes légères dans des quartiers périphériques éloignés où vivent des populations particulièrement vulnérables. Malgré les restrictions de déplacement nocturnes et l’impossibilité de sortir d’un périmètre de sécurité autour de la ville à cause du banditisme, la centaine de personnes locales mobilisées sur la vaccination – vaccinateurs, logisticiens, chauffeurs, crieurs et sensibilisateurs etc. - aux cotés des 4 expatriés de MSF pourra atteindre l’objectif visé au soir du 16 mai.
Un budget de près de 20’000 € dont un quart pour les primes accordées aux personnels locaux aura été nécessaire, sans compter le fret aérien, pour réaliser cette intervention à la frontière du Tchad et du Soudan. A l’heure où d’autres fléaux guerriers semblent malheureusement bien proches de s’abattre à nouveau sur ces populations déjà épuisées, réaliser ainsi de telles actions, a non seulement pour vocation première de protéger les personnes vulnérables contre la maladie, mais aussi de leur montrer qu’elles ne sont pas oubliées.
R.D. Congo: vaccination en zone totalement isolée
© Serge Pfister/MSF
Depuis quelques jours, le Pool d'Urgence Congo vaccine tous les enfants de six mois à 15 ans, dans une aire de santé située au cœur de la forêt, uniquement accessible à pied.
Le 16 mai 2008, le Pool d'Urgence Congo (PUC) de MSF a démarré une campagne de vaccination contre la rougeole au cœur de la Province orientale, en République Démocratique du Congo. Située à 80 km de Kisangani, chef- lieu de la province, la zone ciblée par cette campagne est particulièrement isolée.
Depuis plusieurs semaines, cette zone de santé, appelée Tshopo, et plus précisément l'aire de santé de Makutano, est touchée par la rougeole, maladie très contagieuse et hautement mortelle chez les enfants de moins de cinq ans. "Lorsqu'une équipe du PUC est partie pour évaluer la situation, les données dont nous disposions étaient très faibles," explique Bertrand Perrochet, responsable du PUC. "Nous savions que la rougeole sévissait dans la zone, et que seulement environ 15% des enfants étaient vaccinés contre cette maladie. »
Ce faible taux de couverture vaccinale s'explique notamment par les problèmes énormes d'accessibilités que présente cette région. En effet, la plupart des villages, disséminés dans la forêt qui recouvre les lieux, sont uniquement joignable à pied. "Les conséquences de cet isolement en terme d'accès aux soins sont très graves," poursuit Berrtand Perrochet. "C'est pourquoi nous avons pris la décision de déployer les moyens logistiques nécessaires, et conséquents, pour vacciner tous les enfants de six à 15 ans habitant l'aire de santé de Makutano."
Depuis plus d'une semaine, trois équipes du PUC, composées de médicaux, de logisticiens et de porteurs pour le matériel, sillonnent la forêt, vaccinant les enfants de village en village. La prise en charge des enfants atteints par la rougeole, gratuite tout comme la vaccination, est également assurée par un médecin du PUC.
Autre conséquence de l'isolement de ces populations, le nombre d'enfants ciblés par cette campagne de vaccination est difficile à définir. "Nous avons reçu le chiffre global de 2.300 enfants à vacciner", détaille Bertrand Perrochet. "Mais après une semaine de vaccination, nous avons déjà vaccinés plus de 1.800 enfants, tout en ne visitant que la moitié des villages prévus. Aucun recensement n’est disponible pour cette zone."
Le défi majeur de cette campagne est l'aspect logistique de sa mise en place. Certains villages se situent à plusieurs jours de marche en forêt. Outre le transport de caisses contenant le matériel médical, de l'eau, du matériel de campement pour les équipes, les vaccins doivent rester au frais durant ces périodes de marche, les "cool boxes", doivent être transportées par des locaux engagés par nos équipes. La rotation d'accumulateurs de froid, qui maintiennent fraîches ces "cool boxes", doit être effectuée, demandant des allées et venues de porteurs entre la base arrière du PUC et les équipes en forêt. En outre, les équipes et les porteurs doivent s'enfoncer à pied dans la forêt, de village en village, traverser des ponts, des ruisseaux. En bref, franchir beaucoup d'obstacles pour atteindre cette population, dont l'accès aux soins est extrêmement limité.
A ce jour, la première phase de cette campagne de vaccination est terminée. Toute la zone nord de l'aire de Makutano a été visitée par nos équipes. Dans cette partie, tous les enfants âgés de six mois à 15 ans ont été vaccinés par nos équipes. La deuxième phase peut démarrer, afin d'assurer dans les plus brefs délais une couverture vaccinale correcte pour ses enfants, nés dans une des nombreuses régions de la RDC où l'accès aux soins de santé demeure une illusion. Et où les maladies "banales", comme la rougeole, tuent au quotidien.
Actualité
17/06/2008
Le conflit dans la province du Nord Kivu, à l'est de la République Démocratique du Congo (RDC), a forcé des centaines de milliers de personnes à fuir leurs villages. Aujourd'hui, ces personnes déplacées vivent dans des camps ou dans des familles d’accueil. Tant les populations déplacées que les familles d’accueil manquent des standards de vie de base: ils vivent dans des conditions d'hygiène très mauvaises, manquent d'eau potable, de nourriture et de soins médicaux.
17/06/2008
Plus de quatre mois après les accords de paix signés au terme de la conférence de Goma, Joséphine et ses sept enfants livrent toujours une lutte quotidienne pour leur survie dans le camp de déplacés de Masisi.
04/04/2008
Depuis le mois de janvier, 2200 enfants atteints de rougeole ont été recensés au Niger, malgré la mise en place d’une campagne de vaccination nationale.
19/03/2008
Malgré sa quasi-éradication dans les pays développés, la rougeole reste une préoccupation de taille pour la santé publique dans plusieurs pays.
17/11/2006
L’absence de recommandation ouvrant la possibilité de vacciner massivement en cas d’épidémie de rougeole ralentit les progrès contre cette cause de mortalité majeure en Afrique. A l’occasion de la 55ème réunion annuelle de la Société Américaine de Médecine Tropicale et d’Hygiène (ASTMH), à Atlanta, Médecins Sans Frontières appelle de nouveau l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) à revoir sa politique sur le sujet. La vaccination pendant une épidémie permet de réduire le nombre de victimes de la rougeole.